Fifigrot 2019 : Journal de bord

Dolores : À 17 h 30 pétantes, je suis le groupe Houba RockNDrums direction le GroVillage pour retrouver Listener. Le défilé donne déjà le ton : le Fifigrot en impose avec sa statue du dictateur-président, son groupe de punk rock qui “nique le système” et son dress code noir. Mais pas le temps de s’attarder beaucoup sur le GroVillage, pourtant particulièrement rutilant cette année avec ses toilettes customisées, ses bannières “Votez Fifigrot” et ses guirlandes en forme de bites : l’assemblée générale de l’asso m’attend ! A demain pour de plus grandes aventures ! 

Fifigrot 2019
© L’Ecran

Listener : 18h, me voici au Gro’Village pour y retrouver Dolores qui a pu suivre le cortège présidentiel. Ambiance fifigrotienne assurée ! Après avoir fait la rencontre de Maxime Lachaud, l’excellent programmateur du festival, et récupéré nos accréditations, nous filons ensuite, direction notre assemblée générale, que je quitte à 20h30 pour rejoindre leJour 1 – Lendi 16

 Gaumont. Au programme pour ce premier film du festival : Knives and Skin(Jennifer Reeder, 2019). Si vous suivez le fil de certains de mes articles, vous comprendrez que j’ai un faible pour les teen movies, je m’étais donc réservée cette séance, très curieuse de découvrir le film. Le résultat n’était pas exactement un coup de coeur, mais définitivement une très belle entrée dans cette édition ! 

Jour 2 : Môrdi 17

Dolores : Motivée et à peine mon sandwich avalé, direction un film japonais des sixties dans une ambiance queer. Et honnêtement j’étais pas prête. Tellement pas prête que, fait rare dans ma vie de cinéphile, je suis partie avant la fin… Les Funérailles des Roses raconte donc la vie d’un bar queer au Japon, où femmes trans, travestis et hommes gays se retrouvent pour partager une bonne soirée. On suit plus particulièrement Eddie, une employée du bar, et Leta la patronne. Les deux ne s’entendent pas, et le film va monter en tension. Enfin, “monter en tension”… Façon de parler, parce que qu’est ce que c’est mou ! Et pourtant j’aime les films qui prennent leur temps, mais là… En plus de prendre son temps ça ne mène finalement pas à grand chose, et la relecture du mythe d’Oedipe intervient si tardivement dans la diégèse que j’avais totalement oublié qu’il en était propos. 

Mais des films chiants, ça arrive. Au moins les images étaient belles, et la réalité des milieux queers bien dépeinte, les personnages attachants, les scènes burlesques et absurdes au milieu très plaisantes… Non, ce qui m’a définitivement convaincue de partir, c’est les rires gras de l’assistance à chaque passage qui montrait Eddie torse nu (et donc, avec un torse “masculin”), la moquerie envers les mimiques maniérées et appuyées d’un des personnages, les rires étouffés quand Leta se rase les jambes ou quand Eddie se maquille, laissant entrevoir sa repousse de moustache… Des passages qui ne sont en aucune manière destinés à nous faire rire mais plutôt à montrer le quotidien des personnes trans se sont transformés pour la salle en une comédie qui leur donnait le droit de rire de ces personnages. J’ai trouvé ça détestable, et bien indigne du public du Fifigrot qui n’a pas brillé ici par son ouverture d’esprit ! 

© tout droit réservé

Direction ensuite le Gaumont pour y voir Le Fantôme de la Liberté, mon premier Bunuel sur grand écran, ça se savoure ! Etrangement, alors qu’il est censé être déconstruit et loufoque, surréalisme oblige, je l’ai trouvé bien plus cohérent que Les Funérailles de la Rose. Sans doute parce que l’aspect “choral” du film fait que l’on s’attache très vite à ses personnages, et que lorsque l’on en perd un de vue, on en suit naturellement un autre qui est lié au premier. La progression se fait aisément dans la narration et on déguste chacune des histoires comme autant de séquences individuelles. Le film a presque un aspect “film à sketch”, et arrive tout de même à garder de la profondeur et de la richesse d’écriture pour chacune des histoires. Non, vraiment, il n’y a rien à reprocher à ce film qui n’a pas pris une ride, si ce n’est sur les tenues et coiffures des personnages qui viendront ajouter une petite aura kitsch sur l’ensemble loin d’être malvenue. Absurde, parfois comique, parfois terriblement dramatique, interprété avec brio, Le Fantôme de la Liberté a bien mérité son statut de classique du cinéma. 

Listener : Il est 16h15 au Cratère (figurez-vous que c’est la première fois que je vais au Cratère ! N’hésitez pas à y faire un tour !) et je balbutie un “Assassination Nation” à l’accueil. Essayez chez vous de prononcer ce titre à voix haute, vraiment, ce titre n’est pas facile à prononcer ! A fortiori quand notre accent anglais a tout d’un accent franc-comtois. Passé ce léger instant de ridicule, je retrouve Stella et nous nous installons dans la salle. Autant le dire: moi, Assassination Nation, je l’attendais de pied ferme. J’ai vu et adoré Euphoria du même réalisateur (clique clique pour lire ma critique), et… j’aurai vu et adoré Assassination Nation ! Bien que je me sois demandée si je n’étais pas un peu « dérangée » de l’avoir aimé, surtout dans sa dernière partie féroce et violemment jubilatoire. Ce à quoi Stella me répond qu’elle a vraiment bien aimé aussi. Rassurée ! Ou bien nous sommes deux personnes un peu dérangées. Quoi qu’il en soit, j’y suis allée de mon petit mot, à découvrir ici ! 

Stella : Première séance du Fifigrot pour moi et grosse claque avec Assassination Nation. Dérangées ou pas, cela fait en tout cas plaisir de voir à l’écran des personnages féminins aussi badass ! Le tout dans un portrait de l’amérique d’aujourd’hui a la fois très pertinent et délirant dans sa deuxième partie. Je me note de regarder la série Euphoria très prochainement. 

Jour 3 – Credi 18

Listener : Réveil aux aurores (oui, à 8h30), pour préparer avec Dolores notre interview de Sébastien Marnier ! Chamboulée par L’Heure de la sortie (2018), je dois admettre que j’étais un tantinet nerveuse. Nous avons pu profiter, dans l’attente, de l’exposition de Putevie (ça ne s’invente pas) à l’ABC et de ses oeuvres souvent crues, souvent trash, et fortement référencées. Quant à notre rencontre avec Sébastien Marnier… un plaisir ! À peine sorti d’une séance avec les scolaires, il nous rejoint dans le hall de l’ABC et nous échangeons autour de ses films, de sa vision du cinéma de genre en France et de son nouveau projet. Pour en savoir plus, direction l’interview !

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Dolores : Mon petit coeur de groupie s’emballe à l’idée d’avoir la chance d’interviewer Sebastien Marnier, réalisateur de l’Heure de la Sortieun de mes films préféré de l’année 2019. Une sacré rencontre très enrichissante. Sebastien Marnier est un auteur, un vrai, engagé dans toutes les phases de création de son film. Une création qu’il ne peut concevoir que sous le prisme du collectif qui compte énormément pour lui. Une vision personnelle et très intéressante du travail de réalisateur, qui me donne encore plus envie de soutenir son travail. Car des mecs aussi sincères, engagés corps et âmes dans leur art et aussi consciencieux de ce que signifie créer un film, il y en peu, surtout dans le cinéma de genre en France. Et merci beaucoup au cinéma l’ABC pour son accueil et sa disponibilité, on a squatté le hall un bon moment avec notre matériel ! 

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Dolores : J’étais terriblement intriguée par le projet de L’Éloge du Rien de Boris Mitic. Comment peut-on filmer le rien, le vide, dans un film ? Et je dois dire que pour un film qui se veut être du Rien, je trouve qu’il dit beaucoup de choses ! Les images sont sublimes, contemplatives et travaillées; un vrai travail de réalisation. Les choix de bande sonore et de commentaire audio fait par Iggy Pop sont radicaux et transcrivent un vrai point de vue, bien loin de la volonté d’être sans discours de Boris Mitic. Le résultat est beau, surprenant, humain par moments, naturaliste par d’autre, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit d’un semi – échec par rapport au projet de départ. Il m’est arrivée de voir dans des galeries d’art des films bien plus vides que ça ! Finalement, on est presque sur un “4:33” du cinéma. En voulant en effet créer une pièce silencieuse, John Cage a prouvé que le silence n’existe pas, car il existe toujours des frottements de vêtements dans la salle, une toux passant par-ci, un grincement de dents par-là… L’Éloge du Rien, finalement, tendrait à prouver que le Rien n’existe pas. Car n’importe où que l’on filme, n’importe comment que l’on filme, n’importe quoi que l’on filme, il y aura toujours quelque chose à en dire. Et je trouve ça terriblement intéressant. 

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Listener : J’étais moi aussi très intriguée par L’Éloge du rien (2017). Un peu fatiguée, je me rends à l’American Cosmograph vers 21h30 pour y découvrir le film dans les conditions de la salle obscure… quasiment comble ! Vraiment, je suis toujours ravie de voir le succès des festivals de cinéma sur le public toulousain, on imagine difficilement qu’un documentaire d’1h18 sur… le Rien aurait forcément attiré les foules ! Boris Mitic n’est pas encore arrivé, mais on nous informe qu’un “motard” ira le chercher à Blagnac et qu’il sera donc présent en fin de séance pour répondre à nos questions. Ouf. Nous profitons finalement de la web-série Cartes blanches (que vous pouvez regarder librement sur le site d’arte), en guise d’avant-goût, mais pour être honnête, et sûrement pour la première fois, je me suis demandée si ce format était bien adapté à la projection en salle. Des animations en noir sur un grand écran blanc, la voix de Denis Lavant qui rime et rythme les épisodes… Pour ma part, je trouverais ça presque plus adapté à un visionnage “mobile”, sur smartphone ou tablette, et pas nécessairement à la suite. Eh oui, la poésie mobile-écran, ça existe aussi ! Quant au film même, me voilà partagée. Figurez-vous que le Rien, en réalité, a beaucoup de choses à raconter, comme dit Dolores. Et figurez-vous même que l’effet de cette voix rauque d’Iggy Pop, de ces images des quatre coins du monde, de cette litanie poétique, m’a plus évoqué l’incarnation d’une figure divine, que celle du Rien ! Dieu, c’est donc Rien ? À méditer ? 

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Jour 4 – Joudi 19

Listener : Alors que j’essaie bon gré mal gré de mettre le point final à ma critique d’Assassination Nation et à l’interview de Sébastien Marnier, me voilà repartie, direction le Gro’Village ! Nous y avons rendez-vous pour rencontrer Boris Mitic mais, malheureusement, le réalisateur de L’Éloge du rien n’aura pu être là aujourd’hui. Comme nous courons les rues et que pour ma part, ma connexion est fortement limitée, nous passons à côté de l’annonce de cette annulation publiée sur la page Facebook du Fifigrot. Conférence et interview reportées ! Nous en avons profité pour arpenter le Gro’Village et découvrir l’exposition de Clovis Trouille, peintre français du XXe, anarchiste et manifestement très fifigrotien. Un plaisir de découvrir ses œuvres ! Nous enchaînons avec… une crêpe au caramel beurre salé (très bonne ma foi, merci au Sherpa), histoire de procrastiner de la meilleure des façons. 

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Dolores : Je confirme pour la crêpe ! Très déçue en effet de ne pas pouvoir interviewer Mitic à qui nous avions énormément de choses à dire. De plus, nous avons transporté tout notre matériel, car nous n’avons pas été prévenues à temps de l’annulation, et il était trop tard pour se rattraper sur des séances cinéma… Moyen cool sur ce coup !

Je flâne en ville pour digérer ma crêpe et me rend à 19h30 au Gaumont Wilson pour LA fameuse soirée OSS 117, présentée par Jean Dujardin en personne ! N’ayant encore jamais vu ces films que l’on présente comme des monuments de la comédie française (oui oui, lapidez moi, je ne mérite que ça !), je me suis dit que les découvrir sur grand écran et en si belle compagnie était l’occasion ou jamais.

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Jean Dujardin s’est montré affable, à l’aise et sympathique, loin de l’image d’un mec “showbiz” et prétentieux que je me faisais de lui. Il a pris le temps de trainer dans les rangs, de discuter avec le public et de se plier au jeu des photos avec beaucoup de naturel, n’hésitant pas à nous avouer qu’il était bourré au moment de la présentation.

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Quant aux films, si j’ai trouvé le premier OSS sympathique et vraiment drôle avec des pointes d’humour absurdes et un humour engagé contre la mentalité beauf de son époque, je trouve le second beaucoup plus lourd et mal dosé. Quelques scènes (celle du début, avec les noms, et celle à l’ambassade allemande) sont vraiment hilarantes, mais le reste respire déjà le film de trop, beaucoup plus maladroit, lourdingue (les blagues sur les chinois, sérieux…) et scénaristiquement moins bien géré (la partie dans la jungle est terriblement longue). On verra ce que ça donne pour la suite, car OSS troisième du nom est en route, avec Dujardin toujours dans le rôle éponyme ! 

Jour 5 – Dredi 20

Listener : C’est parti pour la lucha libre ! Cette année, Fifigrot met à l’honneur quelques films militants, résolument actuels : entre Indianara (Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa, 2019), Nos défaites (Jean-Gabriel Périot, 2018) et Notre Dame de la Zad (Xavier Delagnes, 2018), je fais le choix du premier. Un documentaire sur la militante révolutionnaire Indianara, qui lutte pour la survie des personnes trans au Brésil. Je suis très vite frappée par la radicalité de ce militantisme, plus habituée à voir en France des documentaires nettement plus lisses, notamment sur la question des travailleuses du sexe. Je vous encourage à le découvrir, ne serait-ce que pour suivre au plus près les conséquences des derniers bouleversements politiques qui ont frappé le Brésil. 

Complètement fan du film Dans ma peau (2002) de Marina de Van, j’ai l’intention de voir Ma nudité ne sert à rien de la même réalisatrice, présenté également dans la rubrique du Rien. J’ai toutefois quelques heures à tuer entre-temps, j’en profite donc pour me balader dans Toulouse et surtout rejoindre les Abattoirs pour découvrir l’exposition Mondo Cannibalis. Avertissement : cette exposition est déconseillée aux moins de 18 ans. Rassurant. Pour ma part, vous aurez peut-être noté que j’évite scrupuleusement tous les films trash, gore et dégueulasses de la programmation du Fifigrot car je suis une âme sensible, contrairement à ce cher Gonzobob qui a regretté de ne pas pouvoir être disponible pour la prog’ mondo. Toutefois, je suis également intéressée par les reprises graphiques et autres opérations artistiques de la culture populaire, d’où ma curiosité pour cette sélection d’œuvres de Nils Bertho. Car c’est bien de ça qu’il s’agit : une collection d’affiches inspirées du cinéma Mondo ! Merci à la bénévole qui m’a également présenté l’exposition !

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18h ! Je m’installe au Gaumont pour Ma nudité ne sert à rien (2019), présenté par l’un des producteurs. Ce documentaire d’autofiction montre sa réalisatrice, le plus souvent nue, chez elle et avec son chat, presque désoeuvrée (au sens propre ?). C’est une manière saugrenue, et pourtant jamais voyeuriste, de montrer un moment de vie en creux, et d’interroger sans doute aussi bien le “rien créatif” que les “riens de la vie”. Bien entendu, l’autofiction a ce quelque chose de potentiellement déconcertant, a fortiori quand il s’agit d’une réalisatrice qui se filme et se raconte en voix-off : les limites entre réalité et mise en scène ne sont même plus sensibles. Mais j’ai été touchée, surtout, par la manière d’approcher le corps, qui évoque même Dans ma peau, et s’est avérée presque bien étrangement réconfortante. Pour autant, je dois dire que le choix de voir deux documentaires le même jour, et deux documentaires à ce point opposés dans le principe, a provoqué chez moi quelques interrogations sur le “sens” du cinéma documentaire, sa vanité ou au contraire, sa puissance politique. Peut-être que cette association d’un docu militant puis d’un docu sur le rien n’a pas fait grand bien à mon expérience de Ma nudité ne sert à rien… 

Dolores : Journée hyper chargée de mon côté avec pas moins de 4 films au programme, c’est parti ! 

Direction le Gaumont Wilson à 14 h 30 pour Trainé sur le Bitume, l’occasion ou jamais de le voir en salles car il est sorti uniquement en Direct to DVD en France… Si le style du polar noir m’attire fortement, j’ai été quand même un peu déçue par cette proposition. Certes Mel Gibson y est excellent, certes le film est très beau avec des jeux de contraste sublimes, certes la scène de standhoff a une tension remarquable… Mais 2h40 de film pour ça ? On termine la séance avec une sensation de “à quoi bon” à cause du classicisme de l’ensemble, et un sale arrière goût de film qui, à force d’être nostalgique d’une époque, en devient un peu réac dans son discours de fond… Plutôt dispensable ! 

https://youtube.com/watch?v=DKrF6VM6jCQ%3D

Direction ensuite l’ABC pour, enfin, voir le premier film de la compet’ avecBraquer Poitiers. J’y retrouve des collègues de Cinélatino complètement par hasard (Coucou Maurane, coucou Juliette !), dont une qui fait partie de l’équipe de production du film ! Braquer Poitiers c’est un film totalement improbable, sans script, où les acteurs sont laissés en roue libre, et pourtant quel résultat ! Le film est absurde, drôle, mais aussi terriblement touchant. Mais ça je vous en parle plus dans l’article dédié, bien sûr 😉 Je souhaite en tous cas une belle carrière à ce film qui mérite d’être vu tant la proposition est originale. Et je croise les doigts pour l’amphore d’or ! 

Émoustillée par la critique positive de Listener, je découvre ensuite Knives and Skin au Gaumont. Et quelle belle surprise ! Je ne vais pas redire tout ce que ma collègue a si brillament exposé dans son article, mais ce film répond à énormément de mes critères cinématographiques : ambiance visuelle magnifique, inspirations rétro, ambiance fantastique et étrange, engagement et pensée politique, sans oublier excellence de l’écriture des personnages et de leur interprétation. Allez, si je devais chipoter sur un point : je trouve les parties “comédie musicale” beaucoup plus faibles que le reste,notamment à cause de l’écriture tout juste médiocre des chansons. Mais pour le reste c’est un sans faute ! 

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Une soirée décidément riche, puisque ma prochaine séance signe enfin THE coup de coeur du Fifigrot de mon côté, et même le meilleur film de mon année cinéma jusqu’à présente : THE LIGHTHOUSE, le dernier chef d’oeuvre de Robert Eggers qui nous avait déjà régalé avec The Witch en 2016. Dans ce film on suit Robert Pattinson et Willem Dafoe dans des rôles de gardiens de phare au début du XXè siècle. Perdus au milieu de la mer et livrés à eux même durant un mois avant que ne vienne le changement d’équipe, ils doivent apprendre à cohabiter avec un environnement qui leur est totalement hostile. 

Ce film est magistral. Immensément, puissamment, intensément magistral. Le qualifier de “chef d’oeuvre” n’est pas usurper son titre tant The Lighthouse est un film riche de sens. Tourné à la pellicule dans un noir et blanc soigné, le film est glacial, angoissant, claustrophobe. Le film est une longue hallucination de 2 heures qui nous laisse épuisés en sortant de la séance par tant de tension. Un tel film mérite bien son article à lui seul, et bénéficiera bien sûr d’un deuxième, voire plus, visionnage de ma part lors de sa sortie en salle le 18 décembre prochain. 

Stella : Je sors de The Lighthouse à cours d’énergie, comme si j’avais rêvé ou assisté à un rituel chamanique. La programmation du film à minuit y est pour quelque chose, mais pas que. Willem Dafoe et Robert Pattinson sont méconnaissables et incroyables. Pas sûre d’avoir tout saisi, mais les images restent longtemps en tête. Je compte bien revoir le film pour comprendre ce qui m’est arrivé !

Jour 6 – Sadi 21

Listener : Il est 13h30 à l’American Cosmograph (et partout ailleurs en France vous me direz), je m’installe pour voir Dogs don’t wear pants (J.-P. Valkeapää, 2018), l’un des films en compétition de cette édition de Fifigrot. Une histoire de deuil et de sadomasochisme, soit une nouvelle rencontre improbable digne du festival le plus improbable qui soit. Benoît Delépine nous rejoint dans la salle et s’assied à côté de moi (diffusant une légère odeur de… raisin), tandis que Jean Dujardin prend place également dans la salle. Alors que ça parle rugby (Toulouse oblige, je présume), la petite séquence introductive du festival se lance, sous les rires sonores de Delépine. Quant au film, je dois confier qu’il ne m’a pas entièrement conquise, étrangement froid malgré l’extrême sensibilité de son sujet, et du traitement de celui-ci. C’est l’histoire d’un homme qui perd sa femme et fait quelques années plus tard la rencontre avec le SM. Il y a quelque chose de réellement touchant dans l’idée qu’un homme ne parvient à faire son deuil qu’en acceptant, au fond, d’être vulnérable. Et je dois dire que l’ultime scène du film est un immense moment de cinéma, sublime, déjà, et vaut à elle seule le déplacement. 

Je prends le temps de grignoter avant de me rendre à Jeanne d’Arc, d’où le bus grolandais fait son grand départ. Il y a foule déjà, autour de Jean Dujardin, Benoît Delépine et Antoine de Caunes également présent à l’occasion, accompagnés par les mêmes artistes qui ont inauguré le festival. Je tente de me faufiler tant bien que mal pour prendre quelques clichés et m’amuse des “Jean je t’aime !!!” ou autres “Il est trop beau…”. La propagande dictatoriale du Fifigrot est diablement efficace. Le dictateur du jury est dans son rôle et vraisemblablement, s’amuse de cette expérience grolandaise… singulière, d’autant plus que nous sommes samedi et que la manifestation des gilets jaunes est en cours quelques mètres plus loin ! 

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Stella : A 16h, je sors au métro Jeanne D’Arc pour attraper First Love à l’ABC et croise le bus grolandais, sans savoir que Jean est à quelques mètres parmi la foule ! Tant pis, le dernier film de Takashi Miike n’attend pas. Une sorte de comédie romantique sur fond de baston entre yakuza et mafia chinoise, ca ne se voit pas tous les jours. Un film délicieusement parodique, je vous raconte tout ca ici !

Jour 7 – Gromanche

Listener : C’est l’heure de la cérémonie de clôture ! L’ABC est plein à craquer pour accueillir l’équipe fifigrotienne et connaître les lauréats de cette édition. Je réalise presque à regret que je n’ai finalement vu qu’un seul film en compétition cette année : c’est à la fois l’avantage et l’inconvénient de n’être “que” rédactrice bénévole, nous composons notre programme en totale liberté et faisons nos choix, globalement, par curiosité, affinités et disponibilité. Mais rien ne dit que je ne rattraperai pas tout cela ! Découvrez tout de même le  palmarès de cette édition. Maintenant, quant à la cérémonie elle même… que dire si ce n’est qu’elle fut infiniment grolandaise ? Représentants municipaux accueillis sous les huées taquines, personnages costumés, sobriété douteuse, roulage de pelle imprévu… Il faut le vivre.

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Mention spéciale à cette formidable lecture de la lauréate du concours de “poésie servile”, Isabelle Gaspar, adressée et en présence de Dujardin qui reprend son rôle de dictateur à l’occasion. 

La cérémonie terminée, je n’écoute pas le Pap 40 qui encourage le public à quitter la salle pour aller regarder TF1 parce que ça suffit la culture à un moment donné, et me prépare à voir Bacurau (Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, 2019), présenté en avant-première. Le film a fait parler de lui, en faisant encore récemment la couverture des Cahiers du cinéma, tant il semble en effet dire quelque chose du cinéma brésilien à l’ère Bolsonaro (bien qu’il ait été réalisé avant son arrivée au pouvoir). Pour ma part, il me semble qu’il prolonge dans cette édition mon visionnage d’Indianara. Malheureusement pour moi, Bacurau est, comme l’ABC nous l’annonce, un “western sous acide”, malheureusement pour moi parce que figurez-vous que les westerns m’ennuient comme la mort ! Je n’irai pas jusque là pour Bacurau, qui réinvente aussi le genre avec une légère folie fantastique et une gravité politique évidente, tout en s’appuyant sur des fulgurances esthétiques surprenantes. En somme, une très belle et puissante conclusion à cette édition de Fifigrot pour moi !  

© IMDB

Dolores : Après un week end en famille ultra chargé de mon côté, je prends mon courage à deux mains pour aller voir le dernier film de mon planning, Tous les Dieux du Ciel. Un projet que je suis depuis longtemps car l’actrice principale, Melanie Gaydos, est une mannequin engagée dans la lutte pour la diversification des corps à l’écran. J’étais donc très intriguée par ce film qui se voulait étrange, tragique et poétique, tout en ayant une esthétique très film d’horreur old school.. Et je n’ai pas été déçue. A vrai dire, si The Lighthouse n’avait pas été programmé, Tous les Dieux du Ciel aurait été THE film du Fifigrot à mon sens. Mais je vous en dis plus dans l’article dédié 😉 (linker l’article une fois écrit et en ligne)

Cette édition du Fifigrot aura été moins riche de mon côté en terme de découvertes mais aussi de temps passé au cinéma : le fait que le festival soit raccourci de quelques jours se ressent énormément, et c’est bien dommage. J’ai le sentiment que la programmation m’a moins parlé dans la compétition officielle, dont je n’ai finalement vu qu’un seul film. Pour le reste, le Fifigrot est toujours à la hauteur : supers expos, supers concerts, supers animations, super ambiance, films toujours totalement improbables… Un plaisir répété !

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