Climax, le nanar à la française


À chaque nouveau film de Gaspar Noé, le critique game français s’enflamme plus facilement qu’une polémique Twitter. Génie pour certains, gros fumiste pour d’autres, Gaspar Noé bouleverse, choque, bref, il suscite suffisamment d’intérêt pour créer une tornade sur son passage. Des scandales qui ne font que conforter son image d’artiste controversé et qui font consensus : qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Gaspar Noé compte. En parler en bien ou en mal, c’est le légitimer dans son statut d’auteur. 

Un statut qui pourrait être totalement remis en question avec Climax. Dans ce film fatigant, Gaspar Noé passe 2 heures à enfiler tous les poncifs de la misanthropie contemporaine sur fond de stroboscopes hallucinés. Climax nous plonge au cœur d’une troupe de danseurs qui, après une répétition, organise une petite sauterie agrémentée de drogues hallucinogènes qui font basculer la soirée dans le cauchemar. Sang, viol, meurtre, et matières fécales sont au rendez vous dans cette fresque qui se veut dissidente. Gaspar Noé essaie de créer une ambiance angoissante avec cette histoire de boisson maudite. Le scénario réduit à sa plus simple essence aurait pu devenir une expérience viscérale et angoissante du Huis Clos de Sartre version 2018 où l’angoisse corporelle vient rejoindre l’angoisse verbale. Et sans doute que ce grand message méta très claustrophobe était le dessein premier de Gaspar Noé. Mais voilà, le but est magistralement raté tant le film prête à rire plus qu’à se questionner. 


Il y a un soin incontestable dans Climax au niveau de l’image, des décors, des lumières. L’une des premières scènes est un plan-séquence de près de 30 minutes au milieu de danseurs en transe, une scène d’une rigueur technique irréprochable. Cependant, c’est justement en reconnaissant ces qualités que l’aspect nanardesque est d’autant plus présent. Autant d’efforts, de rigueur, de temps, d’énergie et d’argent insufflés dans un résultat aussi risible ? Les acteurs, tous non professionnels, miment plus qu’ils ne jouent. La douleur ? Ils tentent de l’imiter à grands renforts de miaulements plaintifs. L’inconscience ? On continue à les voir bouger, petit sourire aux lèvres en arrière-plan. Et même les fausses larmes n’arrivent pas à susciter une quelconque empathie tant les pleurs qui les accompagnent semblent tout droit sortis du pire soap opera possible. À leur décharge, les dialogues sont si mauvais qu’il serait difficile même pour des comédiens professionnels d’en tirer quelque chose de convenable. Le sérieux avec lequel ils jouent aux acteurs vient agrémenter le film d’une touche prétentieuse qui ne rend ses ratés qu’encore plus délicieux.


Gaspar Noé est connu pour son aspect “subversif”, son goût du choquant. Tel un Lars Von Trier sous coke, Gaspar Noé aime la surenchère. Quand il ne se gargarise pas du viol de Monica Bellucci dans Irréversible, il exploite le trope de la drogue jusqu’à plus soif dans Climax. Cette drogue semble révéler les travers des personnages, et reste une idée simple et efficace pour susciter le malaise. Mais l’angoisse est ici bien loin tant les mimiques exagérées des acteurs, les effets visuels éculés (fisheye, déformation d’image, couleurs flashy), le son déformé et la musique insupportables cochent tous les clichés nécessaires. Le film n’est pas choquant, il est grotesque. Ni dégoût, ni subversion ici. Juste une profonde lassitude. Allons Gaspar, le sexisme outrancier, la violence et le sang, cela fait belle lurette que ce n’est plus vendeur ! Aujourd’hui, voir une femme enceinte tabassée, assister à une scène de viol ou d’automutilation ne choquent plus personne. Au mieux ça fait rire, au pire ça lasse. Choisissez votre camp. 


Et si, finalement, tous ces dérapages, ce rire nerveux et incontrôlable qui surgit de cette immense farce n’étaient pas juste le reflet jouissif d’un artiste qui dit “merde” à tous ceux qui le cataloguent trop vite ? N’est-ce pas justement une manière pour Gaspar Noé de revendiquer son appartenance à la série Z, de remettre le mauvais goût sur le devant de la scène en déconstruisant son statut d’auteur pour emmerder ces critiques qui surintellectualisent ses films ? J’en veux pour preuve son intermède étrange au milieu du film, où le générique résolument pop arrive sur fond de musique kitschissime agrémentée de typographies de très mauvais goût. Dans ma grande naïveté, j’ose espérer que ce nanar est en fait un dérapage contrôlé, un grand doigt d’honneur adressé aux critiques qui le rangent déjà au rang des auteurs classiques. Et vous savez quoi ? Que ce dérapage soit volontaire ou non, que l’on tienne la grosse plantade d’un artiste surcoté ou la profession de foi d’un dissident qui clame sa liberté, le résultat est le même : j’ai passé un excellent moment devant Climax. Et se payer une bonne tranche de rire sincère au cinéma, c’est franchement déjà pas mal en terme d’expérience, non ? 

Dolores

Critique du film Leto (Лeто)

Copyright Weltkino Filmverleih

Pour entrer dans de bonnes conditions dans ce festival grolandais, rien de tel que la programmation GRO’Zical et ses petites pépites de la contre-culture ! Aux côtés du documentaire Queercore : How to Punk a Revolution de Yony Leyser et de la soirée Paris Underground, nous avons cette année l’opportunité de découvrir Leto (L’Été en français) en avant-première. Présenté au festival de Cannes en sélection officielle, le film avait chamboulé la croisette de son énergie rock venue tout droit de la scène underground soviétique des années 80. Son réalisateur, Kirill Serebrennikov n’a pu se rendre ni à Cannes, ni à Toulouse, étant toujours assigné à résidence en Russie.

Si Leto s’inspire bien de la vie de Viktor Tsoï (chanteur du groupe Kino) et de Mike Naumenko (leader du groupe Zoopark), le film n’a rien d’un biopic musical académique et se rapprocherait davantage d’autres variations du genre comme Control (Anton Corbijn, 2007) ou I’m Not There (Todd Haynes, 2007). À partir de ces deux figures du rock de la scène underground de Leningrad, Kirill Serebrennikov dramatise une relation entre un jeune compositeur et mentor et un triangle amoureux qui, certainement, fait le principal fil rouge d’un film qui ne s’embarrasse pas franchement d’autres enjeux narratifs.

Et pour cause : Leto est davantage l’expérience – d’un concert, d’un album, d’une période de vie – que l’écriture convenue d’une histoire vraie ou l’exposé explicatif de l’histoire du rock soviétique. Il ne faut pas se laisser tromper par le noir et blanc ; ce faux signal du “passé”, du déjà fait, déjà vu, déjà connu et déjà vécu, opère en réalité comme un cadre que Leto n’a de cesse de briser par son inventivité permanente. Au rang des tentatives de rébellion formelles, on compte ainsi quelques fulgurances de couleur, de la surimpression de texte et de dessin et des épisodes-clips musicaux fantaisistes.

Rien de tout cela n’est gratuit ou vain, à mesure qu’on progresse dans le film, on peut y cerner entre autres choses une réflexion sur la création et ses contraintes qui dépasse même le cadre musical. Les épisodes musicaux, qui sont ainsi des reprises de tubes par des passants devenus chanteurs (malgré eux !), rappellent aussi avec quelque ironie la manière dont la “chanson”, une fois terminée, enregistrée, distribuée, n’appartient jamais plus à son créateur. De là semble se justifier la préférence de Kirill Serebrennikov pour un film hommage et mémoire qui n’a de sens qu’à condition qu’on veuille bien le vivre comme une expérience musicale totale.

Leto compose sa bande-originale en mêlant tubes internationaux (Talking Heads, Iggy Pop, Velvet Underground…) et chansons de Kino et Zoopark moins connues du public français. En hommage à cette scène underground, le film ne manque pas de force émotionnelle et peut s’appuyer sur un casting impressionnant : Teo Yoo et Roman Bilyk incarnent avec une sorte de nonchalance habitée Victor Tsoï et Mike Naumenko tandis que les seconds rôles excentriques, en peu de mots, en deviennent vite très attachants. Sans surprise, c’est avec  Natalia, la femme de Mike Naumenko et seule “non-artiste”, que le film peine à s’élever au-delà des attentes simplistes d’une intrigue de triangle amoureux.

Pour peu qu’on espère de Leto une peinture fidèle et convaincante de la scène rock dans le contexte du régime communiste, on risque d’être déçu et déstabilisé par l’espèce de décalage vis-à-vis de ces enjeux politiques, entr’aperçus ici et là dans un écran de télévision en arrière-plan ou au détour d’une scène de visite médicale avant le départ pour la guerre en Afghanistan. En revanche, Kirill Serebrennikov trouve par le biais d’un personnage de “sceptique”, sorte de chœur antique qui brise le quatrième mur, le rappel incessant de l’étrangeté du film. Alors qu’il répète après les séquences les plus excessives que “rien de tout ceci n’est réel” (ce dont, très franchement, on se doute), il prend à charge de signifier la qualité de “contre-culture”, presque malgré eux, de ces figures du rock underground dont même les spectateurs sont surveillés dans la salle de concert. Assumant totalement sa lecture rétrospective de l’histoire de Viktor Tsoï et Mike Naumenko, le cinéaste parle manifestement plus de ce qu’ils représentent à leur époque comme aujourd’hui que de ce qu’ils étaient probablement.

Leto est une expérience grisante et singulière dont l’identité et la cohérence esthétique parfois à la limite du cartoonesque tient alors à la musique même, naturellement très présente et bien mise en valeur par le travail sonore. C’est avec elle que le film s’assure son atmosphère douce-amère, souvent mélancolique, et confirme la sincérité de sa démarche artistique jusque dans chacune de ses imperfections.

Carnet de bord : Fifigrot 2018

Cette année, Listener et Dolores ont parcouru la 7e édition (et oui, déjà !) du festival du film Grolandais de Toulouse. Elles vous présentent leurs avis jour par jour dans ce carnet de bord bien personnel...

Dolores : Avant même d’entamer le Fifigrot cette année, j’ai été étonnée des choix de programmation qui s’orientent beaucoup moins vers le potache, le “trashos” et la série B que d’habitude. On a certes une magnifique soirée “sacs à vomi” de prévue et une soirée “pornos bavarois”, mais j’ai l’impression que l’orientation est bien plus sérieuse et sociale que les autres années. Une conséquence de la mort du président qui rend la prog plus sérieuse ? À voir…

Samedi

Dolores : Bien occupée la veille et à peine remise de la sainte cuite du Vendredi, je me dirige à potron-minet (c’est à dire 11h30 dans mon langage) vers le Cosmo pour entamer ma première projection du Fifigrot avec Roar, un film des années 80 qui promet une expérience ‘ahurissante’. Eh bien foutre Dieu, nous y sommes en plein ! Pendant 2 heures nous assistons à la débâcle d’un projet qui partait déjà mal (faire tourner des acteurs avec des fauves non apprivoisés). Chaque personne sur le set lutte littéralement pour sa vie, et le sang sur les mains et les bras des comédiens est lui, bien réel… On a hurlé sur Cannibal Holocaust et son vrai-faux côté snuff, mais Roar en est un pur, un vrai. Bien plus inquiétant… Et aussi foutrement hilarant. Du bon vrai Fifigrot, en somme.

Changement d’ambiance ensuite pour La Tendre Indifférence du Monde, un film kazakh dont le réalisateur nous dit en introduction qu’il est “une ode à l’amour, au vrai”. Pas très Fifigrotesque dans l’esprit, et pourtant. Dans le développement et le ton, très tragi-comique et cynique, le film se démarque et sait trouver cette pointe d’originalité qui fait la caractéristique du festival. Magnifique, puissant, poétique et pourtant si drôle, La Tendre Indifférence du Monde est déjà un immense coup de cœur pour moi.

La Tendre Indifférence du Monde, source IMDB

Après une sieste bien méritée et armée de mes M&M’s je me dirige enfin à 18h au Gaumont pour découvrir L’Affaire Marvin, un mockumentaire merveilleux sur la mégalomanie d’un homme et de son chat persan qui vont, à eux deux, changer la face du monde et faire crasher des milliers d’entreprises en bourse… Un délire à la sauce “Il est revenu” drôle, frais, bien réalisé mais qui n’oublie pas pour autant de nous questionner sur les dérives des réseaux sociaux, des hoax et des “buzz” qui ont aujourd’hui plus de poids que le travail de la justice sur des affaires sensibles… Actuel et donc indispensable !

Listener : Peu disponible cette année, je me suis contrainte à un programme malheureusement restreint…Trop sensible pour subir un Lars Von Trier sur grand écran (et je remercie Dolores de s’être généreusement sacrifiée), je me concocte un programme à la GRO’zical ! En guise d’entrée en matière, je me rends au Gaumont pour l’avant-première de Leto (Kirill Serebrennikov, 2018). Visiblement, j’ai l’habitude de commencer les festivals par un coup de cœur ! Comme pour Cinélatino, je sors de cette première séance sous le charme et heureuse d’avoir pu découvrir une partie de la scène punk underground de Leningrad. 

Dimanche

Dolores : Sortir d’un film en faisant un doigt d’honneur à l’écran : prendre le boulot d’un réalisateur trop à cœur, ou preuve d’un vrai manque de respect ? C’est la question que je me pose toujours après avoir vu The House that Jack Built, une horreur cinématographique pondue par Lars Von Trier qui m’a mise hors de moi au point de partir avant la fin de la séance… J’aimerais faire plaisir à monsieur Von Trier en prétendant avoir été choquée par son film, pire, ulcérée. Il aurait ainsi réussi son pari, puisque sa seule volonté cinématographique passe par le choc. Le fait est que la seule chose révoltante est l’égo surdimensionné de ce réalisateur qui est obligé d’auto-citer des parties de ses propres films pour donner du crédit à son nouveau long métrage. Ce film est à l’image de la carrière de cet homme : du vent. Bien heureuse d’avoir eu une accréditation, car payer pour cette daube aurait encore plus décuplé ma colère !

The House that Jack Built, source IMDB

Lundi

Dolores : Ce lundi exceptionnellement ensoleillé pour un mois de septembre signe le début d’une nouvelle journée de projections toutes plus différentes les unes que les autres. Je me dirige d’abord vers Utoya, film norvégien retraçant le massacre perpétré par un criminel d’extrême droite en 2011. Intense, glaçant, le film est un long plan-séquence d’une heure et quart qui nous plonge au cœur du chaos sans nous laisser une seconde de répit. Mais je vous en dis plus dans l’article écrit à ce sujet… Sortie française prévue pour le 12 décembre 2018 à ne surtout pas manquer ! 

Ressortir d’un film aussi éprouvant ne fut pas chose aisée, aussi c’est toute chose que je me suis rendue vers la conférence sur la banalyse organisée à la Cave Poésie. De la banalyse, je ne savais pas grand chose si ce n’est que son principe était d’élever au rang d’œuvre d’art toute chose qui ne raconte rien, n’est ni belle ni prenante, bref, toute chose banale. La conférence tenue par Yves Le Pestipon ce soir-là était au-dessus de ce que nous, simples mortels, pouvons concevoir de la vie. Entre Pinelisation du monde, éloge de la banalité et concepts se tenant à la limite de la fumisterie et du génie, la banalyse a trouvé une place tout à fait appropriée au sein du Fifigrot où le décalage est une profession de foi… Merci, M. Le Pestipon !

Dernier film de ma soirée, Headbang Lullaby m’a évidemment attirée à cause de son titre. Parlez de headbang à une métalleuse, et elle foncera au galop ! Raté pourtant, car à part une vieille voiture rouillée en guise de fier destrier, rien ne vient évoquer le metal dans ce film… Et ce n’est pas bien grave, car ce qu’il a à offrir est tout aussi satisfaisant. Drôle, décalé, et très “punk” dans son esprit, Headbang Lullaby est un film qui surprend tant il s’émancipe des codes cinématographiques. Parfois hélas pour les mauvaises raisons : sa narration déconstruite, les pistes scénaristiques avortées ainsi que les scènes surréalistes quasi lynchiennes plombent le film. Dommage, car le reste de la proposition est excellent. Nous avons eu la chance de voir ce film en compagnie du réalisateur qui nous expliquait vouloir à tout prix sortir des sentiers battus, briser les codes pour ne pas se contenter de la banalité qu’il trouve “confortable mais ennuyante”. Le film est inégal, mais réussit largement son pari en ce qui concerne la surprise, et il est assez rare aujourd’hui de se dire que l’on vient de voir un film qui ne ressemble à aucun autre… Un univers cinématographique qui manque encore un poil de maturité, mais qui est définitivement à suivre !

Source : IMDB

Mercredi

Listener : GRO’zical, séance 2 ! Je traverse les festivités grolandaises qui animent la cour de l’ESAV et attends Dolores pour voir Queercore : How To Punk A Revolution (Yony Leyser, 2017). Du docu queer comme on aime, rien de tel pour conclure une longue journée de travail ! Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu… Non seulement, un grand jeune homme cache le centre de l’écran, mais en plus, les sous-titres sont décalés de vingt bonnes secondes ! C’est avec beaucoup d’énergie mentale que je m’accroche pour tout suivre, et je remercie mes années d’anglais et toutes les séries que j’ai suivies qui m’ont au moins permis de comprendre la majorité du film. Comme avec Leto, je sors de Queercore convaincue de la chance que j’ai eue de voir ce film sur grand écran. En guise d’entrée dans ce mouvement musical, ce film fait son affaire et rétablit la vérité de l’histoire du punk, dont on oublie bien souvent les intrications avec la scène queer.

Bande-annonce de Queercore

Dolores : J’étais aussi présente à cette soirée et malgré mon signalement à l’équipe technique du décalage de sous-titres, aucune rectification n’a été faite, ni une proposition de remboursement du public… Je profite d’ailleurs de cette partie pour faire un bémol général sur le festival. De nombreux soucis techniques et problèmes d’organisation ont hélas gâché mon expérience. Par exemple, je me suis rendue à des films aux horaires indiqués par le catalogue, et j’apprends une fois sur place qu’en fait tous les films sont décalés d’une demi-heure car le festival n’a pas pris en compte le temps des génériques de début et de fin des films projetés… De même pour la conférence sur la banalyse du mardi de laquelle j’ai dû partir en plein milieu car l’horaire indiqué n’était pas le bon ! Lorsque l’on prévoit plusieurs jours en avance son programme et qu’on est mis face au fait accompli, il est très ennuyeux de devoir tout reprendre à 0 pour des erreurs d’organisation internes. Et d’ailleurs, ma première séance du mercredi, Climax, était une séance imprévue car je devais voir un autre film, projeté en retard ! … Et j’ai ainsi pu assister à cet immense nanar cinématographique à gros budget. Un film ridicule et à mourir de rire, qui a au moins le panache de ne pas se prendre trop au sérieux. Et tant mieux, car il n’aurait absolument pas de quoi. Aussitôt consommé, aussitôt oublié !

Quand au documentaire sur le Queercore, si l’on excepte le souci technique qui demandait un effort de concentration supplémentaire, l’expérience était plutôt agréable. Bien fourni et complet, le documentaire nécessitait quand même une bonne connaissance préalable des mouvements punks LGBTQ+ et j’ai souvent eu le sentiment de manquer de matière pour tout comprendre. Mais un film qui remue les méninges et donne envie de faire des recherches en sortant de la séance, ça fait aussi du bien !

Vendredi

Listener : Il est 16h30 et je cours, je vole pour traverser Toulouse et rejoindre l’ESAV à 17h. Le rendez-vous du jour, ce n’est pas un film, mais une masterclass. Yann Gonzalez, le réalisateur du récent Un couteau dans le cœur (2018), sublime film queer et grande déclaration d’amour au cinéma, est en place dans la salle de projection pour évoquer son parcours et son style. Ce fut l’occasion d’en savoir plus sur son goût pour les “images interdites”, sa passion quasiment militante pour la pellicule et la manière dont il vit ses films comme des mondes utopiques pour mieux renverser une société encore hétéronormée. Alors que je comptais en rester là, voilà qu’il présente rapidement les séances de sa carte blanche à la Cinémathèque et nous persuade, Dolores et moi, d’aller voir à 19h Équation à un inconnu (Dietrich De Velsa, 1979), un film porno gay. Évidemment.

Dolores : Comme Listener, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Un couteau dans le cœur sorti cette année, à mi-chemin entre un porno gay et Phantom of the Paradise… Rencontrer Yann Gonzalez après avoir découvert ses films apparaît comme une évidence tant le discours qu’il tient sur le cinéma se ressent à l’écran : subversion, décadence et érotisme (il fera une thèse sur le cinéma érotique gay lors de ses années d’études), utilisation de la pellicule, passion pour des personnages fascinants, goût pour le thriller et la série B policière… Intriguée par les films qu’il avait à nous présenter, j’ai suivi Listener vers la Cinémathèque pour découvrir un porno gay… 

Un couteau dans le coeur – source : IMDB

Listener : Équation à un inconnu, salle 1, premier étage. Si j’avais su que je me retrouverais un jour à voir un porno gay à la Cinémathèque… Forcément, c’est à cause de Yann Gonzalez ! Sans surprise, Dolores et moi sommes en minorité féminine dans la salle. “Ce n’est pas grave d’avoir une petite érection”, prévient Gonzalez. Juste, soyez “propres”. Pendant la séance, on entend les dossiers grincer à mesure que des spectateurs font leurs allers-retours aux toilettes. Quant au film, étrangement, on reconnaît rapidement ce qui fait que Gonzalez en pense beaucoup de bien, jusqu’à le qualifier de chef-d’œuvre et confier espérer en faire un blu-ray. Outre les scènes pornographiques, la mise en scène de la drague silencieuse, de ces regards, le jeu de couleurs, certains éléments de costume (les masques et les gants en cuir) et l’étrangeté de son atmosphère onirique, presque cruelle dans son final orgiaque, en font une expérience esthétiquement mémorable.

Dolores : J’ai toujours rêvé de voir un porno au cinéma. Fantasme cinéphile accompli grâce à Yann Gonzalez ! C’est toujours un plaisir de voir des objets cinématographiques improbables sacralisés et présentés dans des hauts lieux intellectuels comme la Cinémathèque, quand ils ne sont pas du tout prévus pour cette fonction à la base… Yann Gonzalez se met à nu en nous présentant ce film qui a visiblement marqué son cinéma, et c’est une grande preuve d’humilité de sa part que de nous présenter un objet aussi intime. Dommage qu’un concert (de metal, évidemment), m’ait forcée à quitter la salle avant la scène finale que Listener n’a cessé de me décrire comme incroyable !

Dimanche

Listener : Fin de festival matinale avec Diamantino (Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt, 2018) ! Direction l’American Cosmograph pour y voir le film lusophone dont vous trouverez la critique enthousiaste sur le site. Une fois de plus, je mets fin à un festival avec un coup de cœur. Et une fois de plus, mon coup de cœur va vers un film des plus improbables et inclassables qui soient. Le genre de films qui met en scène un joueur de football international, en pleine action dans un stade de foot, entouré de “petits chiens” qui courent dans une brume rose. Il faut le voir pour y croire. Et vous savez quoi ? Moi, je suis au Fifigrot pour cette raison précise : pour y voir des films que je n’aurais jamais vus autrement. Et si ça veut dire se lever un dimanche matin, ça en vaut bien la peine. 

Assassination Nation – “You may kill me, but you can’t kill us all”

BANZAÏ !!! Voici bien l’effet d’Assassination Nation.

Fin de la critique, remballez l’Écran, remballez Fifigrot, remballez l’Amérique.

Non, je plaisante. Par où commencer ? Récemment, j’ai écrit quelques mots sur Euphoria, que j’ai humblement qualifiée de meilleure série de l’année, en concluant ma critique d’un “je vais donner sa chance à Assassination Nation”, du même réalisateur : Sam Levinson. Comme à Toulouse, le hasard fait toujours bien les choses, je découvre peu de temps après que le festival du cinéma grolandais a programmé le film ! 

De quoi ça parle ? Simple (non) : un hacker dévoile la vie privée et souvent compromettante des habitants de la ville de Salem (oh !). Ensuite ? Ça tourne mal. 

Légende : Ça tourne mal : illustration. 

Le film de Sam Levinson évoque rapidement une sorte d’épisode de Black Mirror, dans le principe, en ce qu’il propose un véritable miroir noir, déformé et déformant, de la réalité. Plus acide et chargé que de la simple satire, Assassination Nation réussit toutefois là où Black Mirror ne brille décidément plus : il prend de la hauteur et soulève des enjeux politiques et moraux résolument actuels et, attention gros mot, il assume de prendre position ! (Un peu comme Fifigrot, non… ?)

Soyez averti : Assassination Nation commence donc en satire de la société américaine, piquante, mais somme toute déjà vue, si ce n’est qu’elle intègre davantage les usages des réseaux sociaux. Mais le film bascule, et bascule, et re-bascule, jusqu’à devenir ce film de genre improbable, démesuré et jubilatoire, un home invasion, un film de guerre, un film de super-héroïnes, un revenge movie… Une véritable montagne russe générique et hyper référencée dont chacun des moments de bascule est un choc visuel. Le genre qui provoque des rires surpris ou des “oh putain” dans la salle. Et, cerise sur le gâteau, Sam Levinson expérimente dans tous ces glissements, jusqu’à vous mettre KO grâce à ce (faux?) plan-séquence de home invasion dont l’intensité nerveuse est à couper le souffle. 

Tout cela, semble-t-il, illustre encore à la perfection ce que Jennifer Reeder disait à propos de son propre film, Knives and Skin : la nécessité de “l’amitié féminine en stratégie de survie”. Parce que oui, attention, nouveau gros mot, mais Assassination Nation propose un discours… féministe. Et pas gentillet-féministe, non… plutôt, “f*ck youall féministe, enfilons nos capes et costumes, sortons les armes et reprenons les rues, “levons nous et brisons nos entraves, debout, debout” ! Mais je m’emporte. En vérité, c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une stratégie de résistance, associée à un discours réellement “empowering”, diffusé… sur les réseaux sociaux ! S’il ne fait clairement pas dans la dentelle, le film est plutôt malin dans sa charge, parce qu’en compilant les maux d’une certaine Amérique actuelle (CSP+, essentiellement), il en fait remonter à la surface la culpabilité profonde et consentie. Tandis qu’on croit avoir droit à une réflexion superficielle sur l’aspect néfaste des réseaux sociaux et les condamnations rapides sur base de quelques tweets remontés à la surface, on réalise peu à peu qu’Assassination Nation décale son propos pour éclairer les victimes éternelles : les minorités. 

Légende : Soirée de revanche sur le patriarcat, n’oubliez pas votre masque et votre cape !

Assassination Nation n’a ainsi pas pour vocation, tout comme Euphoria, de verser dans une technophobie déconnectée (ah) de la réalité politique et sociale. Cette réappropriation se fait dans la violence (de réaction) et s’élabore ainsi avec et pour toutes les femmes, présentes chez Levinson : femmes noires, blanches, trans et cis, notamment. Pour autant, il se joue ici également un conflit strictement générationnel, qui rappelle que le film est aussi un teen movie et annonce, surtout dans sa première partie, l’excellente Euphoria. Radical, Assassination Nation prend la mesure de l’exploitation, du voyeurisme et des abus, en général, des figures d’adultes et surtout paternelles vis-à-vis des jeunes adolescentes. 

Radical, le film de Sam Levinson l’est aussi dans ses audaces formelles et narratives. Jouant d’une voix-off en flashback, voix-off de Lily Collins, figure classique de bimbo revisitée et nuancée à l’occasion, Assassination Nation ne prend pas autant de libertés qu’Euphoria, mais dispose toutefois d’une sorte de chapitrage marqué et alterne ici et là avec des séquences davantage “clipesques”, un procédé simple, pas le plus original, mais définitivement efficace. L’intérêt du film tient aussi dans sa dimension méta, qui fait de l’ensemble de ces appels au clipesque, au ralenti, au format instagram, entre autres choses, l’expression d’un certain rapport à la culture populaire actuelle, bien plus qu’un exercice de style facile. Lequel est, au fond, aussi conflictuel, contradictoire, que symbiotique et intime. Le méta n’est pas qu’allusif : le film fait clairement dans l’adresse au spectateur, adresse-invective, adresse-complice, pour enfoncer le clou de sa charge et donner la parole à celles à qui on l’a volée, jusqu’au regard caméra.

Bella Thorne pose pour la pochette de son prochain album : destroy the patriarchy. (non, évidemment c’est tiré du film)

Alors, bien sûr, on peut interroger la portée… jubilatoire d’un dernier acte violent de revenge porn : cela ne risque-t-il pas de tenter, au fond, ce même voyeurisme des spectateurs ? De donner raison à cette petite voix : “ils l’ont bien mérité” ? Il y a quelque chose qui se joue, dans l’expérience pure du film, et qui fait que la réception de celui-ci dépendra aussi, très certainement, de… là où on se situe / s’imagine se situer. Quoi qu’il en soit, c’est bien une proposition radicale, actuelle, et réjouissante dans sa férocité. 

Stella

Fifigrot 2019 : Journal de bord

Dolores : À 17 h 30 pétantes, je suis le groupe Houba RockNDrums direction le GroVillage pour retrouver Listener. Le défilé donne déjà le ton : le Fifigrot en impose avec sa statue du dictateur-président, son groupe de punk rock qui “nique le système” et son dress code noir. Mais pas le temps de s’attarder beaucoup sur le GroVillage, pourtant particulièrement rutilant cette année avec ses toilettes customisées, ses bannières “Votez Fifigrot” et ses guirlandes en forme de bites : l’assemblée générale de l’asso m’attend ! A demain pour de plus grandes aventures ! 

Fifigrot 2019
© L’Ecran

Listener : 18h, me voici au Gro’Village pour y retrouver Dolores qui a pu suivre le cortège présidentiel. Ambiance fifigrotienne assurée ! Après avoir fait la rencontre de Maxime Lachaud, l’excellent programmateur du festival, et récupéré nos accréditations, nous filons ensuite, direction notre assemblée générale, que je quitte à 20h30 pour rejoindre leJour 1 – Lendi 16

 Gaumont. Au programme pour ce premier film du festival : Knives and Skin(Jennifer Reeder, 2019). Si vous suivez le fil de certains de mes articles, vous comprendrez que j’ai un faible pour les teen movies, je m’étais donc réservée cette séance, très curieuse de découvrir le film. Le résultat n’était pas exactement un coup de coeur, mais définitivement une très belle entrée dans cette édition ! 

Jour 2 : Môrdi 17

Dolores : Motivée et à peine mon sandwich avalé, direction un film japonais des sixties dans une ambiance queer. Et honnêtement j’étais pas prête. Tellement pas prête que, fait rare dans ma vie de cinéphile, je suis partie avant la fin… Les Funérailles des Roses raconte donc la vie d’un bar queer au Japon, où femmes trans, travestis et hommes gays se retrouvent pour partager une bonne soirée. On suit plus particulièrement Eddie, une employée du bar, et Leta la patronne. Les deux ne s’entendent pas, et le film va monter en tension. Enfin, “monter en tension”… Façon de parler, parce que qu’est ce que c’est mou ! Et pourtant j’aime les films qui prennent leur temps, mais là… En plus de prendre son temps ça ne mène finalement pas à grand chose, et la relecture du mythe d’Oedipe intervient si tardivement dans la diégèse que j’avais totalement oublié qu’il en était propos. 

Mais des films chiants, ça arrive. Au moins les images étaient belles, et la réalité des milieux queers bien dépeinte, les personnages attachants, les scènes burlesques et absurdes au milieu très plaisantes… Non, ce qui m’a définitivement convaincue de partir, c’est les rires gras de l’assistance à chaque passage qui montrait Eddie torse nu (et donc, avec un torse “masculin”), la moquerie envers les mimiques maniérées et appuyées d’un des personnages, les rires étouffés quand Leta se rase les jambes ou quand Eddie se maquille, laissant entrevoir sa repousse de moustache… Des passages qui ne sont en aucune manière destinés à nous faire rire mais plutôt à montrer le quotidien des personnes trans se sont transformés pour la salle en une comédie qui leur donnait le droit de rire de ces personnages. J’ai trouvé ça détestable, et bien indigne du public du Fifigrot qui n’a pas brillé ici par son ouverture d’esprit ! 

© tout droit réservé

Direction ensuite le Gaumont pour y voir Le Fantôme de la Liberté, mon premier Bunuel sur grand écran, ça se savoure ! Etrangement, alors qu’il est censé être déconstruit et loufoque, surréalisme oblige, je l’ai trouvé bien plus cohérent que Les Funérailles de la Rose. Sans doute parce que l’aspect “choral” du film fait que l’on s’attache très vite à ses personnages, et que lorsque l’on en perd un de vue, on en suit naturellement un autre qui est lié au premier. La progression se fait aisément dans la narration et on déguste chacune des histoires comme autant de séquences individuelles. Le film a presque un aspect “film à sketch”, et arrive tout de même à garder de la profondeur et de la richesse d’écriture pour chacune des histoires. Non, vraiment, il n’y a rien à reprocher à ce film qui n’a pas pris une ride, si ce n’est sur les tenues et coiffures des personnages qui viendront ajouter une petite aura kitsch sur l’ensemble loin d’être malvenue. Absurde, parfois comique, parfois terriblement dramatique, interprété avec brio, Le Fantôme de la Liberté a bien mérité son statut de classique du cinéma. 

Listener : Il est 16h15 au Cratère (figurez-vous que c’est la première fois que je vais au Cratère ! N’hésitez pas à y faire un tour !) et je balbutie un “Assassination Nation” à l’accueil. Essayez chez vous de prononcer ce titre à voix haute, vraiment, ce titre n’est pas facile à prononcer ! A fortiori quand notre accent anglais a tout d’un accent franc-comtois. Passé ce léger instant de ridicule, je retrouve Stella et nous nous installons dans la salle. Autant le dire: moi, Assassination Nation, je l’attendais de pied ferme. J’ai vu et adoré Euphoria du même réalisateur (clique clique pour lire ma critique), et… j’aurai vu et adoré Assassination Nation ! Bien que je me sois demandée si je n’étais pas un peu « dérangée » de l’avoir aimé, surtout dans sa dernière partie féroce et violemment jubilatoire. Ce à quoi Stella me répond qu’elle a vraiment bien aimé aussi. Rassurée ! Ou bien nous sommes deux personnes un peu dérangées. Quoi qu’il en soit, j’y suis allée de mon petit mot, à découvrir ici ! 

Stella : Première séance du Fifigrot pour moi et grosse claque avec Assassination Nation. Dérangées ou pas, cela fait en tout cas plaisir de voir à l’écran des personnages féminins aussi badass ! Le tout dans un portrait de l’amérique d’aujourd’hui a la fois très pertinent et délirant dans sa deuxième partie. Je me note de regarder la série Euphoria très prochainement. 

Jour 3 – Credi 18

Listener : Réveil aux aurores (oui, à 8h30), pour préparer avec Dolores notre interview de Sébastien Marnier ! Chamboulée par L’Heure de la sortie (2018), je dois admettre que j’étais un tantinet nerveuse. Nous avons pu profiter, dans l’attente, de l’exposition de Putevie (ça ne s’invente pas) à l’ABC et de ses oeuvres souvent crues, souvent trash, et fortement référencées. Quant à notre rencontre avec Sébastien Marnier… un plaisir ! À peine sorti d’une séance avec les scolaires, il nous rejoint dans le hall de l’ABC et nous échangeons autour de ses films, de sa vision du cinéma de genre en France et de son nouveau projet. Pour en savoir plus, direction l’interview !

© L’Ecran

Dolores : Mon petit coeur de groupie s’emballe à l’idée d’avoir la chance d’interviewer Sebastien Marnier, réalisateur de l’Heure de la Sortieun de mes films préféré de l’année 2019. Une sacré rencontre très enrichissante. Sebastien Marnier est un auteur, un vrai, engagé dans toutes les phases de création de son film. Une création qu’il ne peut concevoir que sous le prisme du collectif qui compte énormément pour lui. Une vision personnelle et très intéressante du travail de réalisateur, qui me donne encore plus envie de soutenir son travail. Car des mecs aussi sincères, engagés corps et âmes dans leur art et aussi consciencieux de ce que signifie créer un film, il y en peu, surtout dans le cinéma de genre en France. Et merci beaucoup au cinéma l’ABC pour son accueil et sa disponibilité, on a squatté le hall un bon moment avec notre matériel ! 

© L’Ecran

Dolores : J’étais terriblement intriguée par le projet de L’Éloge du Rien de Boris Mitic. Comment peut-on filmer le rien, le vide, dans un film ? Et je dois dire que pour un film qui se veut être du Rien, je trouve qu’il dit beaucoup de choses ! Les images sont sublimes, contemplatives et travaillées; un vrai travail de réalisation. Les choix de bande sonore et de commentaire audio fait par Iggy Pop sont radicaux et transcrivent un vrai point de vue, bien loin de la volonté d’être sans discours de Boris Mitic. Le résultat est beau, surprenant, humain par moments, naturaliste par d’autre, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit d’un semi – échec par rapport au projet de départ. Il m’est arrivée de voir dans des galeries d’art des films bien plus vides que ça ! Finalement, on est presque sur un “4:33” du cinéma. En voulant en effet créer une pièce silencieuse, John Cage a prouvé que le silence n’existe pas, car il existe toujours des frottements de vêtements dans la salle, une toux passant par-ci, un grincement de dents par-là… L’Éloge du Rien, finalement, tendrait à prouver que le Rien n’existe pas. Car n’importe où que l’on filme, n’importe comment que l’on filme, n’importe quoi que l’on filme, il y aura toujours quelque chose à en dire. Et je trouve ça terriblement intéressant. 

© L’Ecran

Listener : J’étais moi aussi très intriguée par L’Éloge du rien (2017). Un peu fatiguée, je me rends à l’American Cosmograph vers 21h30 pour y découvrir le film dans les conditions de la salle obscure… quasiment comble ! Vraiment, je suis toujours ravie de voir le succès des festivals de cinéma sur le public toulousain, on imagine difficilement qu’un documentaire d’1h18 sur… le Rien aurait forcément attiré les foules ! Boris Mitic n’est pas encore arrivé, mais on nous informe qu’un “motard” ira le chercher à Blagnac et qu’il sera donc présent en fin de séance pour répondre à nos questions. Ouf. Nous profitons finalement de la web-série Cartes blanches (que vous pouvez regarder librement sur le site d’arte), en guise d’avant-goût, mais pour être honnête, et sûrement pour la première fois, je me suis demandée si ce format était bien adapté à la projection en salle. Des animations en noir sur un grand écran blanc, la voix de Denis Lavant qui rime et rythme les épisodes… Pour ma part, je trouverais ça presque plus adapté à un visionnage “mobile”, sur smartphone ou tablette, et pas nécessairement à la suite. Eh oui, la poésie mobile-écran, ça existe aussi ! Quant au film même, me voilà partagée. Figurez-vous que le Rien, en réalité, a beaucoup de choses à raconter, comme dit Dolores. Et figurez-vous même que l’effet de cette voix rauque d’Iggy Pop, de ces images des quatre coins du monde, de cette litanie poétique, m’a plus évoqué l’incarnation d’une figure divine, que celle du Rien ! Dieu, c’est donc Rien ? À méditer ? 

© L’Ecran

Jour 4 – Joudi 19

Listener : Alors que j’essaie bon gré mal gré de mettre le point final à ma critique d’Assassination Nation et à l’interview de Sébastien Marnier, me voilà repartie, direction le Gro’Village ! Nous y avons rendez-vous pour rencontrer Boris Mitic mais, malheureusement, le réalisateur de L’Éloge du rien n’aura pu être là aujourd’hui. Comme nous courons les rues et que pour ma part, ma connexion est fortement limitée, nous passons à côté de l’annonce de cette annulation publiée sur la page Facebook du Fifigrot. Conférence et interview reportées ! Nous en avons profité pour arpenter le Gro’Village et découvrir l’exposition de Clovis Trouille, peintre français du XXe, anarchiste et manifestement très fifigrotien. Un plaisir de découvrir ses œuvres ! Nous enchaînons avec… une crêpe au caramel beurre salé (très bonne ma foi, merci au Sherpa), histoire de procrastiner de la meilleure des façons. 

© L’Ecran

Dolores : Je confirme pour la crêpe ! Très déçue en effet de ne pas pouvoir interviewer Mitic à qui nous avions énormément de choses à dire. De plus, nous avons transporté tout notre matériel, car nous n’avons pas été prévenues à temps de l’annulation, et il était trop tard pour se rattraper sur des séances cinéma… Moyen cool sur ce coup !

Je flâne en ville pour digérer ma crêpe et me rend à 19h30 au Gaumont Wilson pour LA fameuse soirée OSS 117, présentée par Jean Dujardin en personne ! N’ayant encore jamais vu ces films que l’on présente comme des monuments de la comédie française (oui oui, lapidez moi, je ne mérite que ça !), je me suis dit que les découvrir sur grand écran et en si belle compagnie était l’occasion ou jamais.

© L’Ecran

Jean Dujardin s’est montré affable, à l’aise et sympathique, loin de l’image d’un mec “showbiz” et prétentieux que je me faisais de lui. Il a pris le temps de trainer dans les rangs, de discuter avec le public et de se plier au jeu des photos avec beaucoup de naturel, n’hésitant pas à nous avouer qu’il était bourré au moment de la présentation.

© L’Ecran


Quant aux films, si j’ai trouvé le premier OSS sympathique et vraiment drôle avec des pointes d’humour absurdes et un humour engagé contre la mentalité beauf de son époque, je trouve le second beaucoup plus lourd et mal dosé. Quelques scènes (celle du début, avec les noms, et celle à l’ambassade allemande) sont vraiment hilarantes, mais le reste respire déjà le film de trop, beaucoup plus maladroit, lourdingue (les blagues sur les chinois, sérieux…) et scénaristiquement moins bien géré (la partie dans la jungle est terriblement longue). On verra ce que ça donne pour la suite, car OSS troisième du nom est en route, avec Dujardin toujours dans le rôle éponyme ! 

Jour 5 – Dredi 20

Listener : C’est parti pour la lucha libre ! Cette année, Fifigrot met à l’honneur quelques films militants, résolument actuels : entre Indianara (Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa, 2019), Nos défaites (Jean-Gabriel Périot, 2018) et Notre Dame de la Zad (Xavier Delagnes, 2018), je fais le choix du premier. Un documentaire sur la militante révolutionnaire Indianara, qui lutte pour la survie des personnes trans au Brésil. Je suis très vite frappée par la radicalité de ce militantisme, plus habituée à voir en France des documentaires nettement plus lisses, notamment sur la question des travailleuses du sexe. Je vous encourage à le découvrir, ne serait-ce que pour suivre au plus près les conséquences des derniers bouleversements politiques qui ont frappé le Brésil. 

Complètement fan du film Dans ma peau (2002) de Marina de Van, j’ai l’intention de voir Ma nudité ne sert à rien de la même réalisatrice, présenté également dans la rubrique du Rien. J’ai toutefois quelques heures à tuer entre-temps, j’en profite donc pour me balader dans Toulouse et surtout rejoindre les Abattoirs pour découvrir l’exposition Mondo Cannibalis. Avertissement : cette exposition est déconseillée aux moins de 18 ans. Rassurant. Pour ma part, vous aurez peut-être noté que j’évite scrupuleusement tous les films trash, gore et dégueulasses de la programmation du Fifigrot car je suis une âme sensible, contrairement à ce cher Gonzobob qui a regretté de ne pas pouvoir être disponible pour la prog’ mondo. Toutefois, je suis également intéressée par les reprises graphiques et autres opérations artistiques de la culture populaire, d’où ma curiosité pour cette sélection d’œuvres de Nils Bertho. Car c’est bien de ça qu’il s’agit : une collection d’affiches inspirées du cinéma Mondo ! Merci à la bénévole qui m’a également présenté l’exposition !

© L’Ecran
© L’Ecran

18h ! Je m’installe au Gaumont pour Ma nudité ne sert à rien (2019), présenté par l’un des producteurs. Ce documentaire d’autofiction montre sa réalisatrice, le plus souvent nue, chez elle et avec son chat, presque désoeuvrée (au sens propre ?). C’est une manière saugrenue, et pourtant jamais voyeuriste, de montrer un moment de vie en creux, et d’interroger sans doute aussi bien le “rien créatif” que les “riens de la vie”. Bien entendu, l’autofiction a ce quelque chose de potentiellement déconcertant, a fortiori quand il s’agit d’une réalisatrice qui se filme et se raconte en voix-off : les limites entre réalité et mise en scène ne sont même plus sensibles. Mais j’ai été touchée, surtout, par la manière d’approcher le corps, qui évoque même Dans ma peau, et s’est avérée presque bien étrangement réconfortante. Pour autant, je dois dire que le choix de voir deux documentaires le même jour, et deux documentaires à ce point opposés dans le principe, a provoqué chez moi quelques interrogations sur le “sens” du cinéma documentaire, sa vanité ou au contraire, sa puissance politique. Peut-être que cette association d’un docu militant puis d’un docu sur le rien n’a pas fait grand bien à mon expérience de Ma nudité ne sert à rien… 

Dolores : Journée hyper chargée de mon côté avec pas moins de 4 films au programme, c’est parti ! 

Direction le Gaumont Wilson à 14 h 30 pour Trainé sur le Bitume, l’occasion ou jamais de le voir en salles car il est sorti uniquement en Direct to DVD en France… Si le style du polar noir m’attire fortement, j’ai été quand même un peu déçue par cette proposition. Certes Mel Gibson y est excellent, certes le film est très beau avec des jeux de contraste sublimes, certes la scène de standhoff a une tension remarquable… Mais 2h40 de film pour ça ? On termine la séance avec une sensation de “à quoi bon” à cause du classicisme de l’ensemble, et un sale arrière goût de film qui, à force d’être nostalgique d’une époque, en devient un peu réac dans son discours de fond… Plutôt dispensable ! 

https://youtube.com/watch?v=DKrF6VM6jCQ%3D

Direction ensuite l’ABC pour, enfin, voir le premier film de la compet’ avecBraquer Poitiers. J’y retrouve des collègues de Cinélatino complètement par hasard (Coucou Maurane, coucou Juliette !), dont une qui fait partie de l’équipe de production du film ! Braquer Poitiers c’est un film totalement improbable, sans script, où les acteurs sont laissés en roue libre, et pourtant quel résultat ! Le film est absurde, drôle, mais aussi terriblement touchant. Mais ça je vous en parle plus dans l’article dédié, bien sûr 😉 Je souhaite en tous cas une belle carrière à ce film qui mérite d’être vu tant la proposition est originale. Et je croise les doigts pour l’amphore d’or ! 

Émoustillée par la critique positive de Listener, je découvre ensuite Knives and Skin au Gaumont. Et quelle belle surprise ! Je ne vais pas redire tout ce que ma collègue a si brillament exposé dans son article, mais ce film répond à énormément de mes critères cinématographiques : ambiance visuelle magnifique, inspirations rétro, ambiance fantastique et étrange, engagement et pensée politique, sans oublier excellence de l’écriture des personnages et de leur interprétation. Allez, si je devais chipoter sur un point : je trouve les parties “comédie musicale” beaucoup plus faibles que le reste,notamment à cause de l’écriture tout juste médiocre des chansons. Mais pour le reste c’est un sans faute ! 

© L’Ecran

Une soirée décidément riche, puisque ma prochaine séance signe enfin THE coup de coeur du Fifigrot de mon côté, et même le meilleur film de mon année cinéma jusqu’à présente : THE LIGHTHOUSE, le dernier chef d’oeuvre de Robert Eggers qui nous avait déjà régalé avec The Witch en 2016. Dans ce film on suit Robert Pattinson et Willem Dafoe dans des rôles de gardiens de phare au début du XXè siècle. Perdus au milieu de la mer et livrés à eux même durant un mois avant que ne vienne le changement d’équipe, ils doivent apprendre à cohabiter avec un environnement qui leur est totalement hostile. 

Ce film est magistral. Immensément, puissamment, intensément magistral. Le qualifier de “chef d’oeuvre” n’est pas usurper son titre tant The Lighthouse est un film riche de sens. Tourné à la pellicule dans un noir et blanc soigné, le film est glacial, angoissant, claustrophobe. Le film est une longue hallucination de 2 heures qui nous laisse épuisés en sortant de la séance par tant de tension. Un tel film mérite bien son article à lui seul, et bénéficiera bien sûr d’un deuxième, voire plus, visionnage de ma part lors de sa sortie en salle le 18 décembre prochain. 

Stella : Je sors de The Lighthouse à cours d’énergie, comme si j’avais rêvé ou assisté à un rituel chamanique. La programmation du film à minuit y est pour quelque chose, mais pas que. Willem Dafoe et Robert Pattinson sont méconnaissables et incroyables. Pas sûre d’avoir tout saisi, mais les images restent longtemps en tête. Je compte bien revoir le film pour comprendre ce qui m’est arrivé !

Jour 6 – Sadi 21

Listener : Il est 13h30 à l’American Cosmograph (et partout ailleurs en France vous me direz), je m’installe pour voir Dogs don’t wear pants (J.-P. Valkeapää, 2018), l’un des films en compétition de cette édition de Fifigrot. Une histoire de deuil et de sadomasochisme, soit une nouvelle rencontre improbable digne du festival le plus improbable qui soit. Benoît Delépine nous rejoint dans la salle et s’assied à côté de moi (diffusant une légère odeur de… raisin), tandis que Jean Dujardin prend place également dans la salle. Alors que ça parle rugby (Toulouse oblige, je présume), la petite séquence introductive du festival se lance, sous les rires sonores de Delépine. Quant au film, je dois confier qu’il ne m’a pas entièrement conquise, étrangement froid malgré l’extrême sensibilité de son sujet, et du traitement de celui-ci. C’est l’histoire d’un homme qui perd sa femme et fait quelques années plus tard la rencontre avec le SM. Il y a quelque chose de réellement touchant dans l’idée qu’un homme ne parvient à faire son deuil qu’en acceptant, au fond, d’être vulnérable. Et je dois dire que l’ultime scène du film est un immense moment de cinéma, sublime, déjà, et vaut à elle seule le déplacement. 

Je prends le temps de grignoter avant de me rendre à Jeanne d’Arc, d’où le bus grolandais fait son grand départ. Il y a foule déjà, autour de Jean Dujardin, Benoît Delépine et Antoine de Caunes également présent à l’occasion, accompagnés par les mêmes artistes qui ont inauguré le festival. Je tente de me faufiler tant bien que mal pour prendre quelques clichés et m’amuse des “Jean je t’aime !!!” ou autres “Il est trop beau…”. La propagande dictatoriale du Fifigrot est diablement efficace. Le dictateur du jury est dans son rôle et vraisemblablement, s’amuse de cette expérience grolandaise… singulière, d’autant plus que nous sommes samedi et que la manifestation des gilets jaunes est en cours quelques mètres plus loin ! 

© L’Ecran
© L’Ecran
© L’Ecran

Stella : A 16h, je sors au métro Jeanne D’Arc pour attraper First Love à l’ABC et croise le bus grolandais, sans savoir que Jean est à quelques mètres parmi la foule ! Tant pis, le dernier film de Takashi Miike n’attend pas. Une sorte de comédie romantique sur fond de baston entre yakuza et mafia chinoise, ca ne se voit pas tous les jours. Un film délicieusement parodique, je vous raconte tout ca ici !

Jour 7 – Gromanche

Listener : C’est l’heure de la cérémonie de clôture ! L’ABC est plein à craquer pour accueillir l’équipe fifigrotienne et connaître les lauréats de cette édition. Je réalise presque à regret que je n’ai finalement vu qu’un seul film en compétition cette année : c’est à la fois l’avantage et l’inconvénient de n’être “que” rédactrice bénévole, nous composons notre programme en totale liberté et faisons nos choix, globalement, par curiosité, affinités et disponibilité. Mais rien ne dit que je ne rattraperai pas tout cela ! Découvrez tout de même le  palmarès de cette édition. Maintenant, quant à la cérémonie elle même… que dire si ce n’est qu’elle fut infiniment grolandaise ? Représentants municipaux accueillis sous les huées taquines, personnages costumés, sobriété douteuse, roulage de pelle imprévu… Il faut le vivre.

© L’Ecran
© L’Ecran
© L’Ecran

Mention spéciale à cette formidable lecture de la lauréate du concours de “poésie servile”, Isabelle Gaspar, adressée et en présence de Dujardin qui reprend son rôle de dictateur à l’occasion. 

La cérémonie terminée, je n’écoute pas le Pap 40 qui encourage le public à quitter la salle pour aller regarder TF1 parce que ça suffit la culture à un moment donné, et me prépare à voir Bacurau (Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, 2019), présenté en avant-première. Le film a fait parler de lui, en faisant encore récemment la couverture des Cahiers du cinéma, tant il semble en effet dire quelque chose du cinéma brésilien à l’ère Bolsonaro (bien qu’il ait été réalisé avant son arrivée au pouvoir). Pour ma part, il me semble qu’il prolonge dans cette édition mon visionnage d’Indianara. Malheureusement pour moi, Bacurau est, comme l’ABC nous l’annonce, un “western sous acide”, malheureusement pour moi parce que figurez-vous que les westerns m’ennuient comme la mort ! Je n’irai pas jusque là pour Bacurau, qui réinvente aussi le genre avec une légère folie fantastique et une gravité politique évidente, tout en s’appuyant sur des fulgurances esthétiques surprenantes. En somme, une très belle et puissante conclusion à cette édition de Fifigrot pour moi !  

© IMDB

Dolores : Après un week end en famille ultra chargé de mon côté, je prends mon courage à deux mains pour aller voir le dernier film de mon planning, Tous les Dieux du Ciel. Un projet que je suis depuis longtemps car l’actrice principale, Melanie Gaydos, est une mannequin engagée dans la lutte pour la diversification des corps à l’écran. J’étais donc très intriguée par ce film qui se voulait étrange, tragique et poétique, tout en ayant une esthétique très film d’horreur old school.. Et je n’ai pas été déçue. A vrai dire, si The Lighthouse n’avait pas été programmé, Tous les Dieux du Ciel aurait été THE film du Fifigrot à mon sens. Mais je vous en dis plus dans l’article dédié 😉 (linker l’article une fois écrit et en ligne)

Cette édition du Fifigrot aura été moins riche de mon côté en terme de découvertes mais aussi de temps passé au cinéma : le fait que le festival soit raccourci de quelques jours se ressent énormément, et c’est bien dommage. J’ai le sentiment que la programmation m’a moins parlé dans la compétition officielle, dont je n’ai finalement vu qu’un seul film. Pour le reste, le Fifigrot est toujours à la hauteur : supers expos, supers concerts, supers animations, super ambiance, films toujours totalement improbables… Un plaisir répété !

© L’Ecran

Rencontre avec Boris Mitic

Intriguées par ce surprenant Éloge du rien, nous souhaitions rencontrer Boris Mitic afin d’échanger autour de ce projet fou (huit ans pour le réaliser !) de filmer le rien, dans plus de soixante-dix pays et avec plus de soixante réalisateurs différents. Le tout raconté par… Iggy Pop ! 

L’Écran : L’année dernière, nous avions eu la chance au Fifigrot de découvrir le mouvement de la banalyse (prendre des endroits vide de sens et les sublimer) qui est aussi une sorte d’éloge du rien. Vous sentez-vous proche de ce mouvement ?

Boris Mitic : Humoristiquement oui, humanistiquement aussi, mais je trouve que le Rien se décline bien au-delà du banal. Certaines des images du film correspondent peut-être à un point de vue banalytique, mais ces mêmes images pourront être lues sur d’autres niveaux dans le contexte du film. Mais chapeau quand même – la banalité et le Rien sont tous deux grandioses, subversifs et inspirants. La narratrice de Sans Soleil (Chris Marker) le disait déjà en 1982 : “J’ai tout vu… il n’y a plus que la banalité qui m’intéresse.”

L’Écran : Dans une interview sur Arte, vous dites que la conversation, la création du discours, vous intéresse plus que les réponses. Comment réussir à créer ça au cinéma ?

Boris Mitic : Toutes les informations sont aujourd’hui disponibles, il n’y a plus de place au cinéma pour des découvertes et du sensationnalisme. Au mieux, on ne montre que des exemples ou des variations aux thèmes. Par contre, il reste beaucoup d’espace pour le raffinement du discours sur chacun des sujets existants, que ce soit au niveau d’une mise à jour de ce qui a été dit, ou d’une interprétation plus riche, plus complexe et plus “réalpolitique”. C’est surtout là que devrait s’exercer le rôle des auteurs cinématographiques contemporains. Dans le cinéma documentaire, cela se fait par la valorisation de la complexité des choses, que les autres médias tendent toujours à trop simplifier. Ca se fait aussi par la préservation de l’intégrité du point de vue personnel de l’auteur(e), ce qui est de moins en moins évident de nos jours, surtout au niveau de l’autocensure inconsciente et du désir de plaire et/ou profiter.

https://www.arte.tv/fr/videos/081765-007-A/boris-mitic/

‍‍L’Écran : L’éloge du rien est-il une sorte de 4’33  cinématographique, qui tendrait à prouver que le rien n’existe pas ? (NB : 4’33 est une pièce créée par John Cage souvent décrit comme “ 4’33 ” mais qui est en fait constitué de sons de l’environnement que les auditeurs entendent ou créent lorsque le morceau est interprété. )

Boris Mitic : Au contraire, mon film cherche à faire valoir le rôle constructif, nécessaire et négligé du Rien dans nos vies ; que celui-ci existe ou pas importe peu. C’est une sorte de catalyseur philosophique pour une perspective plus déflatoire et plus consolante sur l’existence en général. La pièce de John Cage peut être interprétée au niveau technique comme une négation du Rien, mais au niveau métaphysique, c’est un geste important dans l’histoire de l’art par le débat ultérieur et par l’espace de réflexion en temps réel qu’il crée.

L’Écran : Lors de la projection à l’American Cosmograph, vous disiez que le film était né d’une blague, pourtant vous avez également voulu éviter l’humour. Pourquoi ?

Boris Mitic : L’idée d’un documentaire sur le Rien dessine d’affilée un sourire au coin des lèvres. Mon but était de le préserver jusqu’à la fin du film, et je pense que le pari est réussi. Mais j’ai tout de suite voulu aller bien au-delà de la simple blague, d’autant plus que mon film précédent, Goodbye, How Are You ? (2009), traitait directement des bénéfices d’un point de vue satirique sur la vie. Dans son paradoxe et dans son reality check, le Rien devient toujours un peu drôle, mais ceci n’est qu’un encadrement pour un réflexion plus sérieuse, et j’espère plus constructive, sur l’équilibre des choses.

L’Écran : Pourriez-vous nous en dire plus des conditions de production du film, qui est tout de même un projet titanesque ?

Boris Mitic : C’est un projet qui m’a tellement envoûté que je ne me suis rendu compte de sa complexité qu’a posteriori. Au fil des années, ce n’était qu’une liste interminable des problèmes à résoudre, chacun plus intrigant que le précédent. Stanley Kubrick disait que le cinéma, c’est de la résolution de problèmes ; quelqu’un d’autre a dit que la résolution des problèmes est la définition même du bonheur. Moi, j’adhère aux deux, et j’avoue ressentir un plaisir assez excitant dans tous ces défis dramaturgiques et financiers. 

Au départ, le projet n’était qu’une proposition loufoque, mais la blague a porté racine, dans le sens où tous mes financeurs précédents m’ont donné une chance, ce à quoi j’ai répondu en leur livrant un produit qui dépassait largement leurs attentes, avec 62 chefs op filmant dans 70 pays, avec Pascal Comelade et les Tiger Lillies comme compositeurs et avec une narration — toute en rimes – d’Iggy Pop.

© Wikipédia

‍Au total, le film, tout impossible qu’il paraissait au départ, a reçu un montant record du Centre du cinéma serbe, le soutien minoritaire du politiquement antagoniste Centre audiovisuel croate, un double soutien de la part du très compétitif CNC, le premier investissement de Creative Europe et Serbie, le préachat de 8 chaînes européennes, et le soutien de plusieurs fondations et musées d’art. Pas mal, pour un Rien, mais dans l’esprit du film – pas étonnant non plus. 

L’Écran : Vous disiez avoir un projet, une « suite », ou tout autre chose ? 

Boris Mitic : Oui, maintenant que j’ai une belle affiche peinte à la main pour mon film précédent, la seule chose qu’il me reste pour devenir un vrai réalisateur, c’est de compléter une trilogie. Mais comme il me paraît très difficile de trouver trois nouvelles idées tout à fait originales et motivantes, j’ai cherché ce qu’il y avait en commun dans mes deux films précédents, et j’ai trouvé : les deux traitent non pas de sujets particuliers, mais de points de vue différents sur la vie. Il me fallait donc trouver une troisième variante de « vérité inverse” — après la vérité satirique et la vérité du Rien, j’ai choisi la vérité la plus inverse qui soit – la vérité parentale. Je prépare donc une ode totale à l’enfance, contée par mes trois enfants et filmée en un plan-séquence de 90 minutes, avec des effets spéciaux très “timburtonesques.”

© L’Ecran

‍Nous espérons que cet échange aura attisé votre curiosité ! Nous vous conseillons également, en guise d’avant-goût, de jeter un coup d’œil à la web-série Une brève histoire du rien diffusée sur Arte. Merci encore au Fifigrot pour cette programmation dense et éclectique !

– Dolores & Listener

Braquer Poitiers de Claude Schmitz

Braquer Poitiers de Claude Schmitz, avecWilfrid Ameuille, Francis Soetens, Thomas Depas, Lucie Guien, Hélène Bressiant, Marc Barbé, Olivier Zanotti, Bilal Aya. Distribué par Capricci Films – Production : Les films de l’Autre Cougar – En coproduction avec Le Fresnoy – Studio National des Arts contemporains. Producteur associé Chevaldeuxtrois

Braquer Poitiers est le premier film à avoir été sélectionné pour la compétition officielle du Fifigrot. Et quand on voit l’improbabilité du projet, on comprend en quoi il a séduit le festival de Groland. Imaginez plutôt : un film sans script ni scénario, avec des acteurs qui improvisent en permanence, le tout porté par un budget dérisoire. Tout était propice à l’échec. Et pourtant, Braquer Poitiers s’impose comme une des créations les plus intéressantes du festival Grolandais. 

Un pari osé 

Le début du projet a de quoi faire sourire. On dirait presque une blague : alors que Claude Schmitz, le réalisateur, tourne un film dans la région de Poitiers, Wilfrid Ameuille, directeur d’une station de car wash, lui propose de venir faire un film dans sa propriété non loin. En blaguant, le cinéaste accepte, à condition que Wilfrid lui même joue dedans. Le projet est ainsi lancé : le temps de réunir une équipe de comédiens (Francis Soetens, Thomas Depas, Hélène Bressiant, Lucie Guien) et Braquer Poitiers naît, sans script, sans scénario, seulement tenu par un prétexte scénaristique : Une bande de voyous bras cassés braquent Wilfrid Ameuille pour lui voler l’argent du car wash. Contre toute attente, Wilfrid accepte le braquage et leur présence dans sa demeure.

© Allociné

Le projet a donné lieu à un moyen métrage de 59 minutes déjà applaudi en festivals, mais l’aventure ne s’arrête pas là. Riche de cette première création, Claude Schmitz a décidé d’enrichir son projet et d’aller quérir des producteurs pour faire de son moyen métrage un long métrage. L’idée : raconter la suite de cette aventure, et “accoler” un nouveau moyen métrage à celui déjà existant afin de boucler la boucle. 

Une ambiance nostalgique

Si je m’attarde autant sur la genèse du film, c’est parce que sa singularité vient, à mon sens, à l’origine de son ambiance si particulière. Lorsque l’on regarde Braquer Poitiers, on a parfois l’impression de plonger dans de vieilles vidéos de vacances retrouvées dans les cartons au grenier. Le format, du 4:3 tourné à la pellicule, augmente cette impression nostalgique. S’en dégage une atmosphère estivale, presque irréelle, où l’on a l’impression de suivre une bande de potes. Mieux : on a l’impression de déjà les connaître et d’éprouver pour eux une sympathie sans borne. Impression renforcée par la caméra immersive, très proche de ses personnages.

© Allociné

Perdus dans un bled paumé, au milieu d’une ancienne ferme et avec un aspect presque naturaliste, Braquer Poitiers sent une ambiance camphrée et diaphane sans pour autant être ringard, rétro ou passéiste. Le choix des comédiens, pour la plupart non professionnels à part les deux personnages féminins, donne une grande sincérité au film. On a l’impression de suivre une bande de potes qui s’éclate avec naturel plus que des acteurs en train d’incarner en rôle, et cette impression est très agréable. 

Un film humaniste ? 

Avec cette volonté de filmer ses sujets en impro, au plus naturel possible, le film a un aspect profondément empathique avec ses personnages. Cette bande de bandits de grand chemin au grand coeur, et ce Wilfrid poète et solitaire, sont autant de déclaration d’amour à toute l’absurdité et la beauté de la condition humaine. Une impression renforcée par le fait que les personnages pourraient être des caricatures : les deux cagoles à l’accent marqué, les deux belges loosers et paumés… Mais la manière très humaine de filmer l’ensemble fait que le film ne vire jamais à la moquerie gratuite. 

© Allociné

Si Braquer Poitiers débute comme une farce avec le ton adéquat (scènes absurdes, comédie appuyée, blagues potaches), la seconde partie est beaucoup plus sérieuse. Elle se situe quelques mois après la fin du tournage. Wilfrid Ameuille y évoque le vide laissé par l’équipe une fois le tournage terminé. Finie la diégèse, le film brise le quatrième mur, les comédiens ne jouent plus un rôle. Ils redeviennent des acteurs qui parlent de leur travail, des humains qui parlent des conditions de tournage, et le film prend un tournant quasi – documentaire où chaque protagoniste revient faire une apparition pour évoquer son rapport au film.  Le plan final, qui se termine après la lecture d’un poème écrit par Wilfrid lui même, est d’ailleurs très touchant, jusqu’à, chose étonnante étant donné le départ du film, tirer des larmes. 

Que retenir de ce film alors ? Un projet fou, tenu et réussi. Un film qui reste cohérent, plaisant à suivre et lourd de sens. Des comédiens, professionnels ou non, qui respirent l’authenticité et un amusement sincère devant la caméra. Un film, enfin, comme vous n’en verrez pas d’autres, totalement libre, improbable, déroutant, et à voir absolument.

Dolores

First Love de Takashi Miike

Le titre est presque trompeur. First Love raconte la première nuit de deux amoureux, nuit qui pourrait être fleur bleue si elle ne se résumait à se faire courser par toute une clique de mafieux, flots de sang et déchirures d’entrailles au programme. Il faut dire qu’une histoire d’amour réalisée par Takashi Miike, ça s’accompagne forcément de quelques membres coupés. Réalisateur très prolifique depuis les années 90 (presque une centaine de films à son actif), Miike a su imposer son œuvre qui verse autant dans la violence provocatrice que dans la comédie. D’abord par le biais du V-cinéma (films sortis directement en vidéo au Japon) puis sur grand écran, on le connaît surtout pour ses films de Yakuza où il dépeint une violence loufoque et sans tabous (Les affranchis de Shinjuku, Dead or Alive, Ichi the killer). Miike semble s’être fait plaisir avec First Love, qui mélange sans ménagement la romance adolescente et le film de baston riche en hémoglobine.

ça ne rigole pas chez les Yakuza © Allociné

Leo, un jeune boxeur qui n’a plus que quelques jours à vivre, croise brutalement la route de Monica, esclave d’un couple de malfrats pour rembourser les dettes de son père. Un peu à la True Romance (Tony Scott, 1993), le jeune homme au coeur pur décide de s’enfuir avec elle. Sans savoir que Monica est le jouet d’une combine secrète au sein d’un clan Yakuza, et que la mafia chinoise ne va pas tarder à se mêler à l’affaire… Les pauvres amoureux vont passer la nuit la plus épique de leur vie. 

Présenté à la quinzaine des réalisateurs de Cannes cette année, l’idée de First Love était de sortir au cinéma un film du style V-cinéma. Si Miike dit ne pas s’être pris la tête lors de la réalisation, qui n’a d’ailleurs pas bénéficié d’un gros budget, le résultat est une œuvre délicieusement foutraque et parodique, avec quelques touches d’émotion. Miike s’amuse avec les codes des genres pour tromper nos attentes, avec une affiche et un casting décalés (Pour jouer Leo, Miike a choisi Masataka Kubota, l’idole des ados, soucieux que les jeunes découvrent (accidentellement) des films de Yakuza). Tout le film verse ainsi dans l’inattendu, mixant burlesque, horreur, comédie et combats épiques. Il y a même de l’animation, dans la séquence la plus grandiose du film, qu’il aurait été difficile de tourner en prise de vues réelles…

First Love, la romance toute douce de ton automne 

Ce côté décalé se retrouve aussi dans les dialogues qui jouent sur les quiproquos, une des meilleures idées du film. Comme il est question d’une conspiration au sein des Yakuza, les personnages ne savent pas toujours qui est qui, et cela amène des scènes hilarantes de méprises ou de mensonges téléphoniques, servies par des acteurs excellents, notamment Shôta Sometani qui jure comme personne. Ce second degré s’accorde à merveille avec le scénario du film, qui paraît au départ complexe mais part petit à petit en vrille, pour dérapper en grosse baston générale. On sent un réalisateur qui a envie de s’amuser, et on ne boude pas notre plaisir.

Mais le film de Miike dévoile aussi, entre deux séquences de grand guignol parodiques, une réelle émotion. Si le second degré nous laisse avec des personnages un peu lisses, Monica, toxicomane hantée par son père, ancre le film dans quelque chose de plus vrai. On a ainsi droit à quelques séquences virtuoses, telles que l’hallucination d’un fantôme qui sort d’un drap, ou encore une course poursuite nocturne « enfumée »… Dommage finalement que son personnage n’ait pas une plus grande place dans le film. C’est le seul reproche que je fais a First Love : le parti pris parodique donne des rôles féminins clichés. Les femmes sont soit des hystériques, soit des êtres vulnérables qu’il faut protéger, une idée qu’on retrouve beaucoup dans les mangas shonen qui ont certainement nourri l’univers du film.

Malgré ce mauvais point, ce film mérite amplement le détour, ne serait-ce que pour l’audace créatrice de Miike et le divertissement plus que garanti.

‍Bande annonce youtube en sous titré anglais :

Stella

Tous les Dieux du ciel de Quarxx

Tous les dieux du ciel de Quarxx avec Jean-Luc Couchard, Mélanie Gaydos, Thierry Frémont, Zélie Rixhon. Production : To be Continued & Tobina Films – Distribution : Films Boutique

Tous les dieux du ciel est un projet que je suis depuis un sacré moment, et qui me fait envie depuis autant de temps. Je l’ai découvert par le biais de Mélanie Gaydos, modèle engagée pour la cause bodypositive et contre la discrimination envers les personnes handicapées, qui joue le rôle principal féminin du film. Intriguée par ce film de genre français qui avait l’air onirique, poétique et dérangeant, j’ai pourtant dû attendre plusieurs mois avant de pouvoir le voir puisqu’il n’a été distribué que dans quinze salles en France. Merci au Fifigrot et à l’American Cosmograph de nous avoir permis de le voir. Car ce film est une pépite, un véritable ovni dans le paysage cinématographique français. Et qu’est ce que ça fait du bien. 

https://youtube.com/watch?v=bUUOP66XF_o%3Fstart%3D20

On y suit Simon qui travaille dans une usine de métallurgie et vit seul dans la ferme familiale tombant en ruine avec sa soeur Estelle, lourdement handicapée à cause de lui. Seul et malade, il s’enferme dans une agressivité de plus en plus poussée, ne portant son espoir que dans les fameux “dieux du ciel” qui donnent leur titre au film. 

Rien de bien révolutionnaire en terme de discours, on est sur du classique “méfiez vous des apparences” et autres banalités. Pourtant, la manière dont le film est composé empêche la banalité. Tous les Dieux du Ciel réinvente ce propos sur “le monstre n’est jamais celui que l’on croit être” à grand renfort d’emprunts au cinéma fantastique, au cinéma d’horreur, mais aussi à la tragédie familiale. Lors de la rencontre orchestrée par le cinéma l’American Cosmograph à Toulouse, Quarxx a d’ailleurs dit “ne pas avoir voulu faire un film de genre”. On l’y a catalogué, mais sa volonté était avant tout de raconter une tragédie familiale et humaine, de conter la solitude, les angoisses. 

© L’écran

D’où l’idée pour lui de caster Mélanie Gaydos d’ailleurs. Il cherchait depuis longtemps une actrice qui incarnerait le drame, qui porterait en son corps les traces de souffrances, mais qui réussirait à être assez solaire pour irradier le film et réussir, à la fin, à surmonter cette apparence. Mélanie, dans son combat quotidien, incarne déjà tout cela. Quarxx nous a d’ailleurs confié qu’elle a refusé de nombreux scripts au cinéma, mais a tout de suite accepté celui de Tous les Dieux du Ciel, car il s’agissait du rôle qu’elle attendait pour se lancer au cinéma. Et il est vrai que par sa simple présence, Mélanie inonde le film. Muette, paralysée, elle est pourtant incroyable et terriblement expressive. La scène où elle se fait maquiller par Zoé est déchirante, une petite perle d’émotions pure suspendue dans l’irréalité du film.

© To Be Continued 2019

Mais si Mélanie Gaydos est clairement le meilleur élément du film, force est de constater que Jean Luc Couchard dans le rôle du frère paranoïaque et dépressif est tout aussi excellent. Une incarnation tout en force et en tripes qui prouve qu’il peut aller au delà des rôles comiques pour lequel on le connaît principalement. Et la petite Zélie Rixhon, qu’on avait déjà pu voir cette année dans L’incroyable Histoire du Facteur Cheval, est absolument ahurissante. Une telle maturité de jeu à son âge, ça ne se croise que chez des Natalie Portman période Léon. Si sa carrière est à la hauteur de son talent, il faudra compter sur elle comme vedette internationale dans les prochaines années sans faute. 

Il est à noter d’ailleurs que Quarxx a reçu une formation artistique et plasticienne avant d’être cinéaste. Influences qui ressortent énormément de la composition de ses cadres et du choix de ses couleurs. C’est bien simple, Tous les Dieux du Ciel est un régal visuel où chaque plan est travaillé comme un tableau. Un onirisme inattendu au milieu de tant de noirceur, qui font basculer le film dans le registre du merveilleux. Le film est terriblement violent, souvent sanguinolent, mais jamais gratuit ni vulgaire dans ce qu’il montre. Au contraire, tout y est prétexte à développement poétique. 

Quarxx a un talent certain pour filmer la monstruosité humaine sans tomber dans le glauque. Le film prend souvent des allures de fables, et la poésie presque naïve de l’ensemble empêchent le discours d’être misanthrope. Le film, à l’image de son personnage principal désoeuvré mais cherchant à racheter sa conscience, est porté par de bons sentiments qui offrent à l’ensemble une allure de parcours de rédemption initiatique bien loin du nihilisme que l’on pourrait attendre du genre. 

Alors oui, le film n’est pas parfait. On peut regretter des pistes scénaristiques avortées trop tôt (la relation entre Zoé et Estelle, la présence des voisins), quelques longueurs en milieu de film ainsi que des jeux d’acteur parfois limite (l’assistante sociale à la fin réussit l’exploit de ne sortir aucune réplique de manière juste). Mais l’ensemble est si original, si frais dans le paysage cinématographique français, si beau, si poétique, tout en étant profondément cruel et choquant par moments, qu’on ne peut que saluer l’existence de ce film. Et à titre personnel, je suis heureuse de vivre à une époque où j’ai la chance de pouvoir découvrir de tels petits bijoux à l’écran. 

Dolores

Interview Fifigrot 2019 – Sébastien Marnier

Nous avons eu la chance de rencontrer dans le cadre du Fifigrot – Festival Grolandais de Toulouse Sebastien Marnier, le réalisateur d’Irréprochable et de l’Heure de la sortie. Ça tombe bien, car nous avons toutes deux adoré ses films. L’occasion de faire un point sur ses volontés cinématographiques, sur ses influences et ses futurs projets pour le moins alléchants… 

Listener : On a revu vos deux films, Irréprochable et L’Heure de la sortie, et on a le sentiment d’une sorte de paradoxe entre d’un côté, une caméra très sensible voire sensuelle, et en même temps des personnages qui sont souvent très taiseux et qui cachent ou ne disent pas leurs sentiments…

Sebastien Marnier : Assez froids, ouais. Oui c’est vrai, aussi bien dans la mise en scène que dans ce que je demande aussi aux acteurs : c’est vraiment un engagement du corps, je trouve que le corps des acteurs, déjà j’ai très envie de filmer ça, mais en plus, je trouve que ça raconte tellement de choses. On a parfois le sentiment dans le cinéma français que les acteurs jouent seulement de là à là (il désigne le haut du corps).

C’est vrai que l’un des points communs entre les personnages de Marina Foïs et de Laurent Lafitte, c’est qu’ils sont extrêmement sportifs. Ce sont des personnages de taiseux qui ont quand même une vie intérieure très, très intense et c’est une manière aussi pour eux d’expulser, de sortir des choses de toute cette frustration. Toute cette chorégraphie des corps, même chez les jeunes de L’Heure de la sortie, c’est ce que j’aime le plus mettre en scène. Sur Irréprochable, j’adore cette histoire, mais vraiment ce qui était le plus important pour moi, c’était de filmer le corps de Marina Foïs dans des endroits, vraiment dans des lieux, c’est aussi bête que ça. 

Listener : C’est finalement proche d’un metteur en scène chorégraphique…

Sébastien Marnier : Oui, oui, puis c’est vraiment des tête-à-tête avec les comédiens, particulièrement avec Irréprochable, il n’y a pas un plan du film où elle n’est pas en fait. C’est comme ça, un corps-à-corps, une danse. 

Dolores : Puisque vous parlez de l’omniprésence des lieux, il y a un lieu particulier qu’on retrouve sur les deux films, c’est la nature, au sens très large. C’est à la fois un lieu de ressource pour le personnage, en même temps c’est un lieu destructeur, parce que dans les deux films, c’est l’endroit de la mort. Ça nous a fait penser, ce rapport à la fois urgent, de retour à la nature et en même temps ce rapport destructeur, à toutes les nouvelles théories autour de la collapsologie… Vous vous retrouvez là dedans ? 

Sébastien Marnier : Oui, oui, après, ce sont des choses qui se construisent en fait au fur et à mesure. C’est comme ce que je disais à l’instant sur les envies qui sont des choses très simples de pourquoi on veut faire un film, ben c’est vrai qu’au départ, avant de parler de collapsologie, de théorie de l’effondrement, et de tout ça, l’envie, c’est de filmer une nature luxuriante mais qui renferme tous les dangers. C’est comment filmer quelque chose qui a l’air si paisible et si régénérant, comment cette nature est à la fois empoisonnée par les psychologies des personnages, et traverse en même temps ces personnages. Après, L’Heure de la sortie, c’est le sujet du film, la destruction de la nature. 

Mais sur les envies de base… on va généralement trouver, dans les films qu’on adore, qui sont des références, plutôt des films très nocturnes, très poisseux, très pluvieux etc., et moi, dans les deux films le point commun c’est effectivement d’être dans une nature… comment trouver dans la mise en scène… comment réussir à faire ressentir une angoisse et vraiment utiliser des codes du film de genre dans une nature justement luxuriante, très estivale. Et en  même temps décalée dans les deux films, parce que dans les deux cas, on est en temps de canicule. Il y a quelque chose de très oppressant et c’était assez drôle, parce que dans les deux tournages, on était vraiment en temps de canicule. Il y a quelque chose que moi j’utilise et adore, c’est comment ça oppresse aussi les corps, comment on sent que tout le monde est un peu “en effort”. Et dans la classe de L’Heure de la sortie, il faisait réellement 50 degrés ! C’est quelque chose qu’on utilise aussi. Et quand Marina court des heures et des heures en pleine forêt, elle court sous 45 degrés en plein cagnard… et c’est quelque chose qui est difficile pour l’acteur et en même temps c’est important et ça donne vraiment une sensation très étrange. C’était intéressant récemment avec Midsommar, justement, tout le discours de Aster, c’est cette envie d’utiliser vraiment l’opposé de ce qu’il avait fait dans Hereditary, justement avec un truc très pastoral, et comment on peut faire naître l’angoisse dans de telles situations. 

Dolores : … Justement puisque vous parlez de cinéma de genre…

Listener : Ce sont deux films de genre, et on sait que le CNC a ouvert une nouvelle subvention pour favoriser le cinéma de genre est-ce que vous pensez que ça peut aider justement à favoriser sa place en France ? 

Dolores : Ou au contraire l’enfermer dans une case…

Sébastien Marnier : C’est exactement ce paradoxe. À la fois, tout ce qui va donner des impulsions est bienvenu, mais ça veut dire quoi aussi, que c’est pas des films comme les autres ? Et surtout, chaque année, c’est sur des thématiques différentes. La première année, c’était vraiment sur les films de genre, les thrillers, films noirs, même de science-fiction, et cette année… c’est sur la comédie musicale, donc c’est quand même assez particulier comme truc. 

Et à la fois c’est vrai que d’obtenir de l’avance sur recettes pour un film de genre, c’est pas facile, donc ça ouvre un nouveau guichet. Mais je trouve que c’est faire un schisme qui devrait pas exister. Toute la difficulté du financement de mes films, c’est que généralement à chaque guichet, on demande “c’est un film de genre ou c’est un film d’auteur ?” et cette question m’exaspère, parce qu’elle n’a aucun sens. Mes films sont à la fois des films d’auteur et des films de genre. Des films de genre d’auteur, qui ne sont pas non plus dans les clichés des films de studios américains. 

Je sais que c’est compliqué, on a aussi une lucidité sur le marché de ce genre de film mais en même temps je trouve qu’il se passe des choses qui sont hyper intéressantes. Moi je suis plutôt plus optimiste en fait, pas par rapport forcément au CNC même si c’est une première étape, mais de toute façon la question du genre en France elle sera centrale dans quelques années. Parce que déjà dans ma génération, on est plusieurs à se poser ces questions-là, on n’est pas obligé de faire des films de genre qu’on a déjà vus mille fois, on peut vraiment faire des films d’auteur et de genre. Mais par contre, particulièrement avec la nouvelle génération qui arrive, elle sera absolument centrale, parce que tous les jeunes ont envie de faire des films de genre. Même à la Femis aujourd’hui ils ne parlent que de ça. Et c’est très bien parce que de toute façon, il faut aussi, à un moment donné, qu’on renoue quelque chose avec le jeune public en fait, qui déserte quand même les salles du cinéma français. Quand je dis ça c’est pas simple, mais je pense que c’est la seule manière de les faire revenir en salle. 

Dolores : Vous voulez dire que les comédies genre les Tuche, ça ne suffit pas à faire venir le jeune public ! (rires)

Sébastien Marnier : Les Tuche est une bonne comédie, après je suis un peu perdu sur les jeunes générations, sur ce qu’ils vont voir au cinéma. En même temps, on a la preuve que les films d’horreur américains n’ont jamais aussi bien marché parce que (et c’est sur cette question les exploitants et notre petit monde du cinéma ne prennent pas du tout leurs responsabilités) les jeunes, l’expérience collective de la séance de cinéma, ils adorent ça encore ! C’est bien la preuve que le cinéma de genre ou la comédie permet ça de vivre une expérience collective, où on va avoir tous peur ensemble… parce que le film d’horreur où on est tout seul devant sa tablette, c’est beaucoup moins intéressant. Franchement, quand on va voir une comédie, le spectacle est aussi dans la salle : c’est jubilatoire de voir les gens rire autour de soi, et je crois que cette expérience est pas du tout terminée et que c’est à nous aussi de faire ce travail-là, de proposer et d’essayer aussi de prendre le public en compte dans nos films. Je trouve que le cinéma français parfois est un peu déconnecté du public. Et en même temps je dis ça, mais L’Heure de la sortie n’a pas bien marché en salle… il y a de vraies difficultés aussi, nos films seraient en anglais, ils seraient tout à fait traités différemment, je pense qu’il y a une question de langue, et d’acteur aussi, qui fait que pour les plus jeunes, il ya quelque chose de très très bourgeois et très déconnecté.

Dolores : Dans vos deux films, il y a une omniprésence de la musique, très “Carpenter-esque” dans l’influence, quelle est la place que vous lui accordez ? 

Sébastien Marnier : ça fait très cliché de dire que la musique est inspirée de Carpenter, mais en même temps c’est la réalité ! *rires*. Je trouve que la place de la musique et du son dans le cinéma français est extrêmement pauvre. J’ai toujours voulu faire du cinéma, et le cinéma, c’est 50% de mise en scène d’image, et 50% de mise en scène sonore. Dans tous les films que j’ai aimé, qui ont été au centre de ma cinéphilie, le son a une place très importante.

Même quand j’ai lu le livre dont L’heure de la Sortie est adapté, (NDLR : L’heure de la sortie de Christophe Dufossé), j’ai tout de suite pensé déjà à des sons. Mes deux films, ce sont des films d’ambiance, toute la création avec notre monteur son du sound design, où je lui dis que j’ai toujours besoin de bruits parasitaires, de décharges électriques, de choses qui donnent à ressentir vraiment viscéralement ce que traversent le personnage, c’est essentiel pour mon travail.

Pour la musique c’est très différent, parce que je ne peux pas du tout anticiper ce que vont faire les musiciens. Même si moi je leur donne des pistes, je reste assez profane. Je suis mélomane mais je ne compose pas du tout de musique, donc je vais leur parler par images, par sensations, par associations d’idées… C’est vrai que sur L’heure de la Sortie, vu qu’on avait déjà fait un film ensemble, j’avais déjà expérimenté quelques instruments avec eux, j’ai pu les diriger en disant “ça c’est super intéressant, j’aimerais qu’on aille plus loin avec ça”’… 

Ce que j’ai énormément aimé dans l’approche qu’on a eu avec Zombie Zombie, c’était aussi la volonté qu’ils créent toute la musique, c’est à dire même ce qu’on entend à la radio, ce qu’on entend dans la boîte de nuit… Et même si pour eux ça peut être proche d’un travail de commande, par exemple faire une musique de boite de nuit c’est pas forcément ce qui les habite profondément, ça reste des recherches qu’ils feraient pas si on faisait pas ce film ensemble et qui les enrichissent. Comme les scènes de chorale aussi dans l’Heure de la Sortie, on s’est quand même retrouvé à faire des chorales avec des gamins, c’était insensé ! Et en même temps le fait qu’ils composent l’intégralité de la musique, sur L’Heure de la Sortie par exemple y a 62 minutes de musique ce qui est absolument énorme, c’est ce qui donne aussi une sorte de cohérence en terme de sonorités. Ça vient à la base de problématiques financières parce que, de toute façon, on a pas suffisamment d’argent pour acheter de vraies musiques de boite de nuit, mais d’un seul coup de cette contrainte, on en fait une force ! 

Listener :  On a vu que vous aviez un projet de “thriller familial sur la fin du patriarcat”, ça nous a parlé. Est ce qu’on peut en savoir un petit peu plus ? 

Sébastien Marnier : Pas beaucoup plus que ça ! *rires*. Le scénario est fini, moi je suis en casting là, et effectivement c’est un thriller au sein d’une famille complètement dysfonctionnelle, surtout avec une figure de patriarche très toxique, mais tout le monde sera très toxique dans le film. J’avais très envie de chercher comment faire un film d’épouvante avec ce thème là, c’est comme si d’un coup Fête de Famillede Cédric Kahn devenait un truc de zombies en fait ! Bon ça va pas aller jusque là sinon on arrivera jamais à financer le film, mais l’idée c’est : comment on peut empoisonner des genres cinématographiques ? Un film de famille c’est un genre très codifié, et comment on peut le faire imploser ? 

Une autre rencontre pour comprendre le cinéma de Sébastien Marnier


Dolores : Surtout en France, où ce genre est très codifié et exploité 

Sébastien Marnier : Ouais, complètement. Et là arriver dans cette famille barjo, complètement horrible, avec un seul homme, ce sera le seul homme dans le film d’ailleurs, tous les figurants et les autres personnages seront des femmes, ce sera centré autour de portraits de femmes, et que tout implose… ça va être excitant. 

Listener  : On sait que vous écrivez aussi; vous êtes romancier en dehors de votre travail de scénariste. Quel est votre rapport à l’écriture dans un cas comme dans l’autre ? 

Sébastien Marnier : C’est vrai que la littérature j’y suis venu dans un moment de désespérance absolue, je réussissais pas à monter des films, j’avais écrit plusieurs scénarios et j’avais très envie de me coltiner un travail d’écriture qui soit pas codifié comme le scénario. Le scénario ça reste avant tout un outil de travail. J’ai rencontré beaucoup de gens dans tous les salons qu’on a pu faire, on rencontre plein d’auteurs, j’étais assez épaté, étonné, de découvrir qu’on écrivait pas du tout de la même manière tous, et qu’on pouvait tenir une histoire par une envie de mots.

Moi j’ai toujours eu besoin de construire un canevas, et à la fois j’avais besoin d’un endroit où je pouvais, si je le voulais faire une scène de 100 pages. Ça m’avait fait énormément de bien de m’éloigner du scénario balisé. Après c’est vrai que c’est une approche complètement différente, je suis pas sûr du tout maintenant d’avoir le courage de réécrire des livres parce que même si le scénario prend énormément de temps, c’est un travail très besogneux, laborieux, mais je sais que la finalité est l’expérience collective. Alors que la finalité du livre, elle reste complètement solitaire, même si on rencontre des gens et tout ça…

Maintenant comme idée, comme projet, j’aimerais essayer d’adapter mes propres livres. Certainement d’ailleurs que mes livres ont été envisagés par moi même comme des films sans que je me le dise consciemment à l’écriture. Mais c’est vrai que c’est une expérience très onaniste en fait, alors que dès qu’on est sur le tournage, là c’est la grosse partouze *rires*

Moi j’ai toujours voulu faire du cinéma pour ça, parce que c’était le seul art collectif. Et j’aime cette idée de prendre des collaborateurs qui sont tous, à leur échelle, des artistes.  Et c’est cette rencontre, cette alchimie de cette équipe là qui fait que le film il est ce qu’il est. C’est quelque chose que je trouve absolument magique et qui m’émerveille encore toujours. 

Dolores : Vous parliez tout à l’heure justement de votre rapport aux compositeurs de musique, mais ce rapport à ce collectif-là, ça fait que vous essayez de travailler avec les mêmes personnes, ou vous aimez au contraire explorer de nouvelles pistes ? 

Sébastien Marnier : Par exemple pour les musiciens j’ai tout de suite eu envie de retravailler avec eux parce que c’était absolument merveilleux. Sur L’Heure de la Sortie quand ils ont trouvé le thème musical central du film, c’est des émotions hyper intenses, on se dit “j’ai écrit, griffonné dans mon bureau ces trucs et d’un seul coup ils me proposent un truc opératique comme ça, incroyable “. Du coup ça amène énormément d’émotion, moi j’ai envie d’en être le premier spectateur. 

Ça a été le cas sur plusieurs postes en fait, par exemple sur la chef costumière avec qui je trouve qu’on fait un travail très singulier que j’adore, et j’ai très envie de retravailler avec elle. Parce que les gens, surtout aux cérémonies genre César, vont toujours reconnaître le travail de costumes historiques, mais créer et trouver une vraie esthétique de costumes quotidiens contemporains, c’est un vrai travail. Chaque vêtement de chaque gamin dans L’Heure de la Sortie ou la tenue de Marina Foïs dans Irréprochable vient raconter énormément de choses sur eux. Ça crée des figures qu’on oublie pas aussi grâce aux vêtements, ou sur les coiffures qui sont hyper importantes dans mes films. Pour moi ça raconte beaucoup de choses sur les personnages. Les racines noires de Marina dans Irréprochable qui grandissent progressivement au fur et à mesure de l’avancée de sa solitude, ça vient raconter son exclusion, son mal être…

Et puis c’est aussi des rencontres, par exemple le chef opérateur avec qui j’ai travaillé sur L’Heure de la Sortie, qui est pas le même que celui de Irréprochable, je pense qu’on va faire beaucoup de films ensemble parce que y a beaucoup d’accointance, de points communs qui font que je suis émerveillé quand je découvre le cadre qu’il a envisagé. Quand je vois l’image sur le plateau, je me dis “il a trouvé exactement l’endroit qu’on voulait” et ça, cet émerveillement, je veux pas le perdre. C’est pour ça aussi que le film prochain, qui est plus gros que mes précédents films, apporte plein de difficultés supplémentaires. Et je crois que ce sera la dernière fois que je travaillerais comme ça. Moi j’ai envie de revenir à des productions beaucoup plus petites, je crois que c’est vraiment quelque chose qui me correspond, j’ai pas envie de devoir faire des compromis pour X raisons parce que d’un seul coup on a un plus gros budget  Je suis le capitaine du navire mais en même temps j’ai envie d’être étonné, d’être bouleversé par ce que les gens vont me proposer.

Merci à Sébastien Marnier de nous avoir accordé du temps pour cette interview, et merci au festival Fifigrot – Festival Grolandais de Toulouse de nous avoir donné cette opportunité. Irréprochable et l’Heure de la Sortie, les deux films de Sébastien Marnier réalisés jusqu’à présent, sont à retrouver en DVD et Blu-Ray.

Entretien réalisé par Listener et Dolores