Microhabitat – Jeon Go-woon (Corée, 2018) – Sortie le 1 novembre 2018

Peut-être êtes-vous passés à côté de ce film que votre Doc du plat pays a découvert lors du Festival du Film Coréen de Bruxelles (https://www.galeries.be/6th-korean-film-festival/). En fait, il y a de grandes chances que vous soyez complètement passés à côté au vu de la très faible – voire inexistante – diffusion dans les salles françaises. 

Microhabitat raconte l’histoire de Mi-so, 31 ans, qui a trois plaisirs dans la vie : fumer, boire du whisky et passer du bon temps avec son petit ami. Vivant de ménages chez des particuliers, Mi-so ne roule pas sur l’or et se retrouve bien démunie le jour où le prix des cigarettes et celui du loyer augmentent. Refusant de renoncer à ses seuls plaisirs, elle décide, du jour au lendemain, d’abandonner son logement pour squatter chez ses anciennes ami.e.s de fac, réparti.e.s au quatre coins de Séoul. 

Bien qu’ayant des aspect comiques, le film est à l’image de la vie de ses protagonistes : dur et cruel. Il est difficile de ne pas ressentir la colère de sa réalisatrice face à ses compatriotes : là où Mi-so, figure banale de la travailleuse précaire, conserve au mieux un optimisme naïf, au pire une nonchalance face à l’adversité, ses anciennes condisciples d’université nagent dans l’amertume, l’inconscience ou le mind control. De l’enfant surprotégé par des parents (très) envahissants, de la mère parfaite emprisonnée dans son rôle d’employée modèle mais complètement droguée pour tenir le rythme, en passant par l’épouse étouffée par sa belle-famille (et sa vie en général), la réalisatrice ne rate pas une occasion pour se moquer des travers de la vie de ses contemporains. Et ne parlons pas du petit ami de Mi-so, étudiant brillant mais contraint de quitter le pays pour les Émirats arabes afin de gagner de quoi rembourser son prêt étudiant et qui promet à Mi-so de revenir, dans trois ans, pour l’épouser… 

Il n’y a guère que Mi-so qui, malgré sa situation, est à peu près heureuse ou du moins vit en accord avec elle-même. 

Si le film ne se présente pas comme étant ouvertement féministe, difficile de ne pas y voir une attaque en règle contre les carcans qui pèsent sur les femmes. Toutefois, si les protagonistes sont malheureuses, elles ne sont pas forcément des “victimes”. Le film montre des femmes dont les obligations sociales ont été si intégrées qu’elles sont devenues évidentes, et peu d’entre elles tentent vraiment de les remettre en question. La dernière amie chez qui atterrit Mi-so la jettera dehors, après que Mi-so aura tourné en dérision les frasques adolescentes de son amie, devant son mari. Terrifiée à l’idée de perdre son statut d’épouse idéale, elle préfèrera se débarrasser de Mi-so sans ménagement et avec beaucoup de mépris. La classe dépassera toujours le genre…

Toutefois, le véritable thème du film est l’enfermement : tous les personnages sont enfermés dans leurs situations sociales et financières et il n’y a guère que Mi-so qui, en quittant son appartement, est véritablement libre. Elle ne vit que pour ses plaisirs, aussi coupables soient-ils (boire, fumer et s’envoyer en l’air, quand elle le peut). Et les tentatives moralisatrices de ces ami.e.s n’y changeront rien. Mi-so en devient presque irréelle, elle est un prétexte pour nous montrer la tristesse de la vraie vie.  

Microhabitat est un film tranquillement militant, violent et acerbe dans sa critique, doux et léger dans sa réalisation. La vie quotidienne y est décrite simplement, sans grandiloquence, mais dans toute sa violence. On ne pardonne pas aux pauvres, surtout quand ces derniers s’en moquent. 

Bonus, un entretien avec la réalisatrice sur Cinésérie : https://www.cineserie.com/news/people/interviews/microhabitat-entretien-avec-la-realisatrice-jeon-go-woon-2110275/

Doc Aeryn

Family in the bubble, l’autre crise financière

Réalisé par Ma Min-ji (마민지)

Documentaire, 78min | Date de sortie en Corée : 2018/12/20

Family in the bubble
tout droit réservé

Family in the Bubble est un documentaire sur la propre vie de la réalisatrice ou plus exactement sur la gloire et la déchéance de ses parents, victimes comme des milliers de coréens de la terrible crise financière des années 1990 qui toucha toute l’Asie. Cette bulle est à la fois la bulle immobilière, mais aussi la bulle dans laquelle la réalisatrice a grandi. 

Les protagonistes sont au nombre de quatre : Ma Min-ji elle-même, sa mère, son père et leur chat, Pingpong. À travers l’histoire de sa famille, Ma Min-ji réussit le tour de force de parler en même temps de toute la classe moyenne coréenne de ces années-là ainsi de tous ces entrepreneurs en herbe qui avaient su profiter de cette bulle immobilière, avant que celle-ci n’éclate,avec pertes et fracas. 

Le film est à la fois un documentaire historique et une fresque familiale. C’est avec beaucoup d’humour et sans jamais s’apitoyer sur leur sort que Ma Min-ji retrace la grande aventure de ses parents, de mère au foyer et ouvrier d’usine à entrepreneurs immobiliers et architectes, jusqu’à leur chute en 1997. 

Le recours aux images d’archives, à la fois de la télévision coréenne mais aussi des propres films amateur de la mère de la réalisatrice, permet de s’identifier à cette famille et de voir aussi leur déchéance matérielle : les appartements successifs se font de plus en plus petits, les meubles de moins en moins luxueux tout comme les tenues vestimentaires de la mère. Une page se tourne dans le documentaire lorsque la mère de Min-ji se décide enfin à vendre ces mêmes meubles, beaucoup trop encombrants pour leur petit appartement initialement “temporaire” et ce, 22 ans après la crise. Cela nous montre à la fois la résignation, la mère acceptant le fait qu’ils ne seront plus jamais riche et en même temps, une façon d’enfin se tourner vers l’avenir. 

Le documentaire montre aussi l’incroyable résilience de cette famille : la mère notamment, enchaîne les petits boulots en plus de son travail pour payer les dettes de son mari et achète du terrain en cachette pour faire un héritage à sa fille. Le documentaire fait voler en éclat les petits secrets des uns et des autres. Le long-métrage dresse ainsi le portrait tendre mais sans concession de ces anciens riches qui sont prêt à tout pour retrouver leur confort de vie, ce qui n’est pas sans faire penser au film Parasite dans sa dépiction des classes populaires coréennes, avides d’ascension sociale et d’aisance matérielle.

Ma Min-ji
Ma Min-ji, la réalisatrice, dont c’est le premier film | © tout droit réservé

Le film montre aussi le poids des traditions familiales en Corée (ce qui est aussi un des motifs des films de Yeo Eun-a) : Min-ji se sent ainsi obligée d’abandonner son appartement – et sa liberté –  de l’autre côté de la rivière pour venir en aide à ses parents qui croulent sous les dettes. Une des phrases la plus terrible du documentaire est prononcée par Min-ji à ce moment-là : “À présent, ma vie est terminée”. Si on extrapole un petit peu sur cette phrase, on imagine assez bien que de nombreux jeunes coréens sont dans cette situation, privés d’avenir, emportés par l’avidité de leurs parents.

Si la réalisatrice n’épargne pas ses parents, on ressent une profonde tendresse pour ces derniers à qui la vie a tout donné puis tout repris. La fin du film notamment, et la reconstitution de leur photo de famille, montre une sorte de réconciliation entre ces deux générations. 

Family in the bubble est un excellent documentaire, drôle et très actuel, critique d’un système économique qui a broyé des milliers de coréens mais aussi une ode à la débrouillardise et à l’optimisme des petites gens. 

Doc Aeryn

Intimate Strangers – Lee JQ – 2018 : De l’Italie à la Corée, la comédie de moeurs bourgeoise

115 minutes, 2048, dcp, color

Yoo Hae-Jin, Cho Jin-woong, Yum Jung-ah & Kim Ji-soo

Intimate Strangers est un remake coréen du film italien Perfect Strangers, dont on compte 18 versions (la française étant Le Jeu de Fred Cavayé), sorti en 2016. Le principe est simple : lors d’un dîner entre ami, tous vont devoir poser leur GSM sur la table et faire partager à toute l’assemblée leurs messages, emails, discussions téléphoniques durant la soirée. Entre ami.e.s d’enfance, on a rien à se cacher, n’est-ce pas ? 

Le film est un huis clos qui n’est pas sans rappeler le film Le Prénom pour son côté révélations en série sur un petit groupe de personnages. Chaque appel ou message reçu permet de faire avancer l’intrigue et de découvrir la vie secrète de chacun des protagonistes. On se situe clairement chez la nouvelle bourgeoisie coréenne : chirurgien, avocat, psychiatre… tous les rôles sociaux sont représentés : mari conservateur, femme au foyer, jeune arriviste, auto entrepreneur… et tous sont au prise avec la même angoisse : sauver les apparences. 

Le film est une comédie de moeurs sans prétention, avec quelques moments touchants mais globalement plutôt drôle tant les angoisses des personnages sont tournées en dérision. Le film remet en cause le sacro-saint mariage comme objectif de vie et institution : aucun de ces couples d’amis ne sont heureux dans cette configuration, mais leur vie publique (et familiale) en dépend. Toutefois, à l’inverse de Motel Rose ou Microhabitat (oui Doc Aeryn adore ce film et tient à ce que vous le sachiez) le film ne s’attaque que très légèrement à ces même conventions sociales, du moins pas assez pour sortir vraiment bouleversé de la séance. On se trouve face à une satire assez bienveillante envers ses contemporains.

La force du film réside finalement dans son caractère universel – rappelez-vous, c’est un film italien adapté au contexte coréen – et si les protagonistes sont stéréotypés, c’est pour mieux dépeindre toutes les situations conjugales possibles. Énorme succès en Corée du Sud à sa sortie, le film n’est pas particulièrement féroce mais sans doute pertinent sur les situations qu’il décrit. Il compte énormément sur ses (excellents) acteurs qui font tenir l’intégralité du film. Comme une pièce de théâtre, il doit tout à leur interprétation et à l’évolution des sentiments qu’ils nous font avoir pour les personnages. 

La caméra navigue entre les personnages et les situations de façon plutôt gracieuse et fluide, nous retranscrivant avec aisance le malaise naissant entre les septs ami.e.s. La photographie se fait plus sombre et la réalisation plus brute. L’intrigue avance tout comme la détestation entre les personnages grandit. 

On aurait imaginé une fin à la Carnage, mais le film préfère une douce amère qui a laissé The Watcher sur sa faim. Par une habile référence à un des gros cartons du cinéma américain de ces dernières années, le film s’autorise à questionner le bien-fondé de la transparence totale entre ami.es, laissant encore plus de questions en suspens que l’on en avait au départ. Difficile de dire si nous avons été réellement surpris par l’issue du film. Certes le twist final est un choix étonnant, voire pour certain carrément frustrant, mais la banalité des situations décrites ne viennent pas bouleverser le spectateur, même occidental. Tout au plus peut-on mieux apprécier l’art du jeu des comédiens et la cuisine typiquement coréenne. 

Si vous ne connaissez rien à la Corée, ni au cinéma coréen, Intimate Strangers est une bonne mise en bouche pour comprendre la vie coréenne contemporaine (vous pouvez aussi regarder Misaeng, excellent drama sur le monde du travail). De même, si vous ne connaissez du cinéma coréen que les Park Chan-wook et autre Bong Joon-ho, Intimate Strangers est une agréable exception dans les productions habituellement diffusées en Europe, un peu comme Miss and Mrs Cops (en moins fendard cependant). 

Doc Aeryn & The Watcher

Soirée animation : Cruauté et conte pour enfant : Motel Rose & Cocoon – Yeo Eun-a, 2018 & 2015, Princesse Aya, Lee Sunggang, 2019

Deuxième jour du festival, retour à la réalité de la cruauté du cinéma coréen ! 

Le vendredi nous avons eu la chance de voir trois films d’animation coréens, tous trois en avant-première internationale, dont deux films d’animation de la même réalisatrice, Yeo Eun-a, qui nous a généreusement accordé une interview ! 

Cocoon & Motel Rose

On commence la soirée avec Cocoon : le filmraconte l’histoire de Mina et de sa vie avec sa mère, relation toxique et mortifère, dont vous anticipez déjà la fin. Il est difficile de pitcher le scénario sans dévoiler le twist final. Le film dure 13 minutes et est intégralement en noir et blanc, avec très peu de dialogues. Ce court-métrage est une bonne introduction à l’univers de Yeo Eun-a, qu’elle a eu l’occasion d’explorer plus en avant avec Motel Rose

Motel Rose quant à lui raconte l’histoire de Mina (même prénom mais personnage totalement différent selon les mots de la réalisatrice) et Hannah, deux (très) jeunes filles qui vont aller travailler dans une maison close vétuste pendant leurs vacances scolaires. Toutes deux sont fan d’une idol, Rose, personnage fictif vendant maquillage, vêtements, chaussures et autres accessoires, tous très girly et romantiques. Si Mina y travaille comme aide-ménagère pour aider sa famille, Hannah compte bien se prostituer pendant le temps des vacances et peut-être devenir elle aussi une idol

Le film se révèle être d’une cruauté rare et d’une violence incisive, à la fois visuellement (malgré une inspiration d’anime manga classique) mais aussi dans son propos, dans ce que la réalisatrice dénonce de la vie des femmes coréennes. Si on avait déjà eu un aperçu de cette violence avec Microhabitat, Motel Rose, par son approche fantastico-horrifique en rajoute une sacrée couche. Chaque personnage est l’incarnation d’un péché capital (on a pas trouvé la paresse, mais tous les autres y sont) et se retrouve prisonnier à la fois physiquement mais aussi psychologiquement. Tout se construit comme un immense piège qui ne peut que se refermer sur les personnages, aveuglés par leurs illusions et leur soif de liberté. 

Cocoon est plus expérimental, mais les thèmes chers à Yeo Eun-a semblent déjà présents, en sous-texte : la famille, l’enfermement, l’envie de s’échapper, la violence masculine et celle de la société, l’horreur qui jaillit de situations ordinaires (l’histoire de Motel Rose est issue d’un fait réel) composent un tableau glauque et pessimiste de notre monde que l’animation tend à la fois à atténuer mais qui permet aussi à Yeo Eun-a de glisser des éléments de fantastique et d’horreur. Le style graphique, proche de croquis au fusain, renforce l’aspect surnaturel du récit qui se veut une allégorie des relations toxiques que subissent les jeunes filles coréennes. On oscille entre Kafka (référence avouée de la réalisatrice) et Edgar Allan Poe. 

Motel Rose se démarque de Cocoon non pas dans les thèmes abordés mais dans son esthétique : coloré, bavard, visuellement plus attrayant et moins cru que le précédent. Le style s’adapte à son sujet : ainsi, pour  dépeindre le monde de la prostitution et le relier à celui fictif de l’idol Rose, le recours aux couleurs, à la fois criardes et flashy, était un détour nécessaire, contrairement à Cocoon, dont l’univers est plus resserré, nécessitant moins de détails. Dans Motel Rose, l’effet de réel est bien présent : tout est crédible dans ce monde, même le plus tragique. 

La soirée s’est terminée avec le dernier film d’animation : Princesse Aya.

Princesse Aya

Princesse Aya est un film d’animation en cell-shading 3D réalisé en 2019 par Lee Sunggang. Il raconte l’histoire d’Aya, princesse du Royaume Sabi, victime d’une malédiction la condamnant à se transformer en animal sauvage. Elle la cache grâce à un bracelet magique fait à partir d’une feuille de l’équivalent de l’arbre Mojo dans Zelda (le film ressemble souvent à des cinématiques de Breath of the Wild) et peut ainsi vivre sa vie de princesse. Mais un conflit latent mené par le royaume Vatar menace le Royaume Sabir, et la seule solution pour empêcher la guerre est qu’Aya épouse le cruel prince de Vatar, le Prince Bari… 

Une fois n’est pas coutume, Princesse Aya est un film pour enfant, qui n’est pas sans nous faire penser à un Disney coréen : princesse à l’esprit indépendant, personnages orphelins élevés par leurs oncles, acolyte animalier humoristique, méchants qui disparaissent dans les flammes, chansons, tout y est. Les personnages principaux sont d’ailleurs doublés par les chanteurs de K-pop Baek A-yeon et GOT7’s Park Jin-young. 

Si l’animation est un peu à la traîne sur certain passage de foule et manque parfois d’inventivité, le film reste de bonne facture et saura plaire aux adultes comme aux enfants. Prenant la forme du conte, on devine assez bien le déroulé des événements, sans que cela ne devienne pour autant ennuyeux. Le décor est atypique – au moins pour un public occidental – ce qui aide à renouveler en quelque sorte le genre. Prenant place dans un monde fictif, distant dans le temps comme dans l’espace, on passe de la forêt luxuriante au désert aride, dont le rendu est plutôt convaincant. Cet univers de conte mériterait des développements plus approfondis que ce soit au niveau de l’histoire des différents royaumes aux éléments magiques et leurs fonctionnements notamment par rapport à la mémoire du sang animal. Grâce à tous ces éléments, Princesse Aya prouve le potentiel très fort du cinéma coréen et sa capacité à assimiler les codes des différents genres sans perdre pour autant son identité. Si le domaine de l’animation est dominé par l’affrontement Disney/Ghibli avec l’outsider Dreamworks épisodiquement, il serait plus que souhaitable de voir de nouveaux acteurs prendre plus d’importance et offrir plus de diversité. En matière de cinéma, on est jamais trop nombreux

Doc Aeryn & The Watcher

Miss and Mrs. Cops (Geol Kapseu) – Jung Da Won, 2019 : Un nouveau classique du cinéma de genre ?

Miss and Mrs. Cops (Geol Kapseu) – Jung Da Won, 2019 : Un nouveau classique du cinéma de genre ?

Miss and Mrs. Cops (Geol Kapseu) – Jung Da Won, 2019 – 107 minutes

Miss and Mrs Cops est un film coréen de 2019 réalisé par Jung Da-Wong. Nous avons eu la chance de le voir en première européenne au Festival du Film Coréen de Bruxelles

Korean Film Festival
© Korean Cultural Center

Le film raconte l’histoire de deux policières qui luttent contre un trafic de sex-cams volées, servant de couverture à un trafic de drogue. Mi-young (Ra Mi-ran), ancienne flic de terrain surdouée et première cheffe d’une unité d’assaut exclusivement féminine, se retrouve au bureau des plaintes du commissariat civil, ayant abandonné sa carrière pour fonder une famille. L’incapacité de son adulescent de mari à trouver un emploi l’oblige à faire ce travail bien en deçà de ses capacités. Ji-hye (Lee Sung-Kyung), sa belle-soeur, est une jeune inspectrice fougueuse et bagarreuse, dans une brigade d’investigation. Suite à une énième bavure, elle est temporairement rétrogradée au bureau des plaintes avec Mi-young. Confrontée à la tentative de suicide d’une jeune fille venue porter plainte, les deux femmes se mettent à mener l’enquête, contre l’avis de leur hiérarchie.  

Film d’ouverture du Festival, Miss & Mrs Cops nous met dans l’ambiance dès les premières minutes. Le thème de cette année, 100 ans de Cinéma Coréen, est aussi une façon de nous montrer 100 ans de diversité dans le cinéma coréen. Le buddy movie est le genre de film que nous avons davantage l’habitude de voir en Occident que dans des productions asiatiques. Entre la trilogie de la Vengeance de Park Chan-wook et les acerbes critiques sociales de Bong Joon-ho, Miss & Mrs Cops nous donne à voir une autre facette de cinéma coréen, drôle et léger, plus proche des dramas coréens que du grand cinéma à la Park Chan Wook auquel le public européen est habitué. 

De la comédie, oui, mais à la sauce coréenne

Le film fait place à une myriade de personnages tous très caricaturaux (la cheffe tyrannique, la nerd, le mari inutile, les policiers couards) rappelant les stéréotypes des sitcoms, mention spéciale au personnage de Yang Jang-Mi (IT crowd du bureau des plaintes et étrangement douée dans le hacking, jouée par Sooyoung), qui offre avec Mi-young et Ji-hye les meilleurs moments de comédie du film. Mais attention à ne pas laisser notre culture occidentale préjuger du déroulement de l’histoire. Ainsi, même si les deux protagonistes ont bel et bien des personnalités très différentes, elles ont tout de même des moments ridicules, des instants de bravoures sans que cela deviennent un trait de caractère spécifique. On est loin des tandem Jackie Chan/Chris Tucker, Mel Gibson/Danny Glover ou Arnold Schwarzzeneger/James Belushi. 

La réalisation suit cette ligne, zigzaguant habilement entre des plans-type de films d’action de diverses époques (de la caméra de travers très 70’s aux caméras à l’épaule d’aujourd’hui) ou de divers réalisateurs (des split screens très Brian de Palma notamment) tout en conservant son originalité avec des ressorts propres à la comédie asiatique (les bruitages soulignant l’étonnement ou la surprise). 

Est-ce un film féministe ? 

Premièrement, le film est un remake version féminine du film Two Cops de 1993, buddy movie coréen on ne peut plus classique. En faire un remake 100% féminin n’est pas sans rappeler les polémiques qui ont secoué le cinéma occidental ces dernières années. 

La place des femmes dans le cinéma coréen est devenu une thématique récurrente des productions actuelles (et il n’y a qu’à regarder des dramas pour s’en rendre compte). 

Si le film ne se présente pas directement comme un film féministe, force est de constater qu’un de ses enjeu se situe bien dans une sorte de célébration de la sororité où ce sont des femmes qui vont sauver d’autres femmes, luttant contre un système qui les met de côté. Cette sororité s’exprime clairement lorsque les collègues de travail de Ji-hye lui expliquent que son affaire de trafic de sex cam sur fond de viols de jeunes filles n’est pas une priorité de la police. Cet échange est entrecoupé de morceaux du journal télévisé, énumérant les cas de suicide de jeunes filles. La scène pourrait encore une fois être particulièrement glaçante, si le film n’avait pas recours aux ressorts de la comédie. 

Autre aspect féministe du film et qui fait également écho à la vie plus ordinaire des coréennes : l’impossibilité de conjuguer vie de famille et carrière. En effet, hormis le coût de la vie exorbitant à Séoul, le personnage principal Mi-young a délibérément laissé de côté sa carrière pour permettre à son mari de mener la sienne et de fonder une famille : car c’est bien de sa responsabilité que d’élever leur enfant. Mais rien ne se passe comme prévu, Mi-young doit retourner travailler, sans pour autant retrouver son ancienne carrière. Même sur le ton de la comédie, la scène entre Mi-young et sa responsable au bureau des plaintes est sinistre, si tant est qu’on la regarde dans son aspect social. Mi-young n’est pas par ailleurs le seul personnage féminin à avoir renoncé à une carrière pour fonder une famille. Une ligne de démarcation se fait entre les personnages féminins : soit elles mènent leur carrière et sont célibataires, soit elles fondent une famille et sont contraintes de travailler au bas de l’échelle. 

Miss & Mrs. Cops est une excellente découverte et une excellente mise en bouche pour la suite du festival ! 

Doc Aeryn & The Watcher