Quelque chose de Noël

Bien installé-e dans ton canap’ ? Un chocolat chaud à proximité ? Un plaid (ou un chat) sur les genoux ? Allez, lance ça et tu es prêt-e pour la lecture de cet article, spécial… NOËL ! Au programme : une sélection entièrement personnelle, subjective et dépourvue d’esprit critique de recommandations de Noël. Alors aucune honte à avoir, ici, on fait dans les bons sentiments et la guimauve (littérale et figurée) et on assume tout.

Le film pour un Noël sooo romantique

Je ne ferai pas dans l’originalité et j’irai droit au but : Love Actually (Richard Curtis, 2003) ! L’une des meilleures comédies romantiques chorales – et comédies romantiques tout-court – le film de Richard Curtis est une célébration généreuse et sansomplexes des fameux “bons sentiments” décriés par les plus snobinards des cinéphiles. Pour fêter Noël, laissons aux cyniques le “privilège” des sad endings et aimons-nous gaiement avec Hugh Grant, Colin Firth, Keira Knightley, Emma Thompson ou encore Bill Nighy. On trouve difficilement meilleure compagnie.

Alors certes, Love Actually ne va pas sans imperfections, même pour l’amatrice du genre que je suis, mais il reste l’un des modèles dans la composition classique du film de Noël et de la comédie romantique : une bande originale à propos, de la neige, des sapins, des cadeaux, des grincheux, des déclarations d’amour en veux-tu en voilà… Et, quoi qu’en pensent les plus aigris, un ton qui ne fait pas dans le sucré le plus franc puisque Love Actually consolera également les déçu-e-s comme il en fera rêver d’autres. Le film de Richard Curtis fait aussi belle place à l’amour familial et écarte tout jugement des pas de travers de ses personnages. Alors, quoi d’autre qu’un film multigénérationnel, multilingue et formidablement généreux pour passer un heureux Noël ?

Autres recommandations sooo romantiques :

 “Le Soleil de Noël” ou “Amends” en VO, l’épisode 10 de la saison 3 de Buffy contre les vampires (Joss Whedon, 1997-2001)
La série nous avait plus habitués aux épisodes spéciaux de Halloween, mais Noël c’est bien aussi.

Nuits blanches à Seattle (Nora Ephron, 1993)
“Euh… Combien de temps dure votre émission ?”

La série pour un Noël sooo magique

En Grande-Bretagne, Noël c’est aussi un événement ritualisé par le programme télévisé. Chaque année, la BBC diffuse le jour de Noël le “Christmas Special” de Doctor Who pour des audiences qui tournent autour de 10 millions de spectateurs (en Grande-Bretagne). Si la série est généralement, déjà, très “esprit de Noël” en tant que divertissement familial le plus souvent feel good et hyper imaginatif, elle va encore plus loin pour ces soirées consacrées.

Doctor Who “Last Christmas” © BBC

Véritable objet culturel, Doctor Who est LA série pour fêter Noël en famille, avec petits et grands, entre ami-e-s ou même seul-e. Avec son épisode écrit spécialement pour l’occasion, la série revisite des classiques comme Un chant de Noël (Charles Dickens, 1843) ou Le Lion, La Sorcière blanche et l’Armoire magique (Clive Staples Lewis, 1950), quand elle ne se balade pas carrément au Pôle Nord (épisode de la neuvième saison “Douce Nuit” ou “Last Christmas” en VO). Cela fait maintenant quelques années que France 4 permet aux spectateurs français d’en profiter également en diffusant l’épisode à son tour. Cette année, malheureusement, l’épisode de Noël sera un épisode de Nouvel An, ce qui repousse pour nous la diffusion hors des vacances scolaires. Mais ne serait-ce pas l’occasion de revoir les précédents Christmas Specials ?

Autres recommandations sooo magiques :

La série pour un Noël sooo drôle

Décidément, les anglais savent y faire puisque je me tourne encore vers eux pour la comédie ! Cette fois-ci, je ne saurais que vous conseiller de tenter Miranda (Miranda Hart, 2009-2015), composée de trois saisons de six épisodes de 26 minutes et… de deux épisodes de Noël ! Classique de la série comique à l’anglaise, Miranda évoque les tribulations de son héroïne, propriétaire d’une petite boutique de farces et attrapes, qui jongle entre une mère invasive et son crush pour Gary (Tom Ellis). Hilarante et petit miracle de feel good à l’anglaise, cette série peut se découvrir en une soirée ou un après-midi !

Miranda © BBC

Je ne résiste pas non plus à recommander le fameux épisode “L’Incontrôlable Noël d’Abed” ou “Abed’s Uncontrollable Christmas” en VO, épisode 11 de la saison 2 de Community (Dan Harmon, 2009-2015). Certes pas seulement drôle, cet épisode réalisé en stop motion est, comme souvent dans la série, très référencé : Le Pôle Express (Robert Zemeckis, 2004) et Charlie et la Chocolaterie (Roald Dahl, 1964) y passent notamment. Il s’apprécie également pour lui-même, en variation méta des contes de Noël jusqu’à culminer dans une chanson bien nommée : “That’s What Christmas Is For”.

Autres recommandations sooo drôles : 

Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive et pourrait être complétée, pourquoi pas l’année prochaine, de séries, jeux vidéo et films sooo qui font peur, qui font passer le temps entre le fromage et le dessert ou qui font pousser la chansonnette en chœur. En attendant, les autres rédacteurs de l’Écran partagent avec vous leurs propres souvenirs de Noël. 

Légende de l’image : Noël pour Lilith, le Comte Gracula et Doc Aeryn : les dessins animés Astérix
Légende : Noël pour The Watcher : Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962) et les grands péplums
Légende : Noël pour Dolores : les jeux Pokémon Rouge et Or 
Légende : Noël pour Stella : Maman, j’ai raté l’avion (Chris Columbus, 1990)

Mission Impossible 1 : “L’espion qui me manquait”

Suite à la publication de la chronique sur Mission Impossible 6 : Rogue Nation dans notre magazine de novembre 2018, voici le dossier annoncé sur la saga Mission Impossible présenté par The Watcher et Doc Aeryn.

Redécouvrir Mission Impossible 1 vingt-deux ans après sa sortie c’est prendre une énorme claque. Déjà, parce que certains chroniqueurs de l’Écran sont nés après la sortie du film, ce qui ne rajeunit pas les auteurs de cette chronique (surtout un qui le matait en VHS enfant), et ensuite parce que, malgré l’évolution de la franchise après deux décennies, il reste encore aujourd’hui un véritable bijou d’équilibre entre grand spectacle et film d’auteur .

Si pour l’une, la romance avec la franchise avait pourtant mal commencé avec un visionnage douloureux de MI-3 et sur grand écran s’il vous plaît, pour l’autre, ce fut l’épisode de trop qui l’éloigna de la franchise.

Au milieu des années nonante, la MGM est enfermée dans un scandale financier qui bloque la production des James Bond et la fin de la guerre froide a fait perdre tout intérêt pour le genre du film d’espionnage.

Et pourtant, qu’on se le dise, MI-1 est un vrai film d’espionnage, s’inspirant à la fois de la série originale, énorme classique de la télévision américaine des années 60 de 7 saisons et un spin-off 20 ans après, mais également de classiques du genre.

Peter Graves, Peter Lupus et Greg Morris dans Mission Impossible, 1966  | © IMDB

Le scénario de David Koepp (scénariste de Jurassic Park, Le monde Perdu, La Guerre des Mondes et Indiana Jones et le crâne de Cristal pour Steven Spielberg et de L’impasse et Snake Eyes pour De Palma), retouché par Robert Towne (scénariste des derniers grands succès de Cruise à l’époque Jours de Tonnerre, La Firme mais surtout de Bonnie & Clyde, Chinatown, La dernière Corvée), convoque le cynisme et la désillusion de John Le Carré (La Taupe, 2011, Un homme très recherché, 2014…) et la froideur de Hitchcock, quasi-inventeur du film d’espionnage avec 4 films entre 1934 et 1938 et maître absolu de De Palma. Le cœur du film se joue dans la manipulation – magnifiquement mise en scène par le choix de cadre de Brian De Palma – et donc dans les dialogues, en rupture avec l’image que l’on a aujourd’hui des Mission Impossible, plutôt orientés film d’action et se détachant du côté fondamentalement humain des personnages. Ethan Hunt n’est pas encore le héros qu’il est amené à devenir mais un agent parmi d’autres sur qui tout reposera lorsque son équipe se fera descendre dans l’introduction magistrale à Prague.

Le scénario du premier opus s’ancre dans la mythologie de la série originale de 1966. Le film s’ouvre ainsi sur une opération menée par Jim Phelps, chef de l’équipe Mission Impossible – le même Phelps de la série, interprété par Jon Voight dans le film – visant à neutraliser un espion ennemi s’apprêtant à voler une liste d’agents infiltrés en Europe centrale pour la revendre au plus offrant. L’opération tourne court et l’ensemble de l’équipe d’intervention de l’IMF est tué, à l’exception d’Ethan Hunt (Tom Cruise, producteur du film et qui souhaite avoir sa franchise à lui qui lui assurera la postérité et le succès sur le long terme), désormais en chasse pour découvrir la vérité sur la mort de ses collègues. Accusé par son supérieur d’être une taupe et d’avoir causé la mort de son équipe, Hunt passe du chasseur à la proie…

La taupe est en réalité Jim Phelps lui-même qui, excédé par la vacuité de son œuvre et la perfidie du monde, se retourne contre l’IMF et tente de revendre à son profit la liste des agents, avec l’aide de sa femme Claire (Emmanuelle Béart) et de son homme de main, Franz Krieger (Jean Reno). Fun fact, c’est précisément pour cette raison que Peter Graves – le Jim Phelps original – refusa de reprendre son rôle, n’admettant pas que son personnage puisse trahir son pays. C’est pourtant un coup de maître scénaristique et commercial puisque cela permet de placer Tom Cruise comme nouvelle égérie de la marque Mission Impossible et à Brian De Palma de “tuer” l’héritage de la série et d’être libre de la direction qu’il souhaite prendre.

Quelqu’un ment dans cette scène, saurez-vous deviner lequel ? | © IMDB

C’est surtout dans ce premier opus que seront posés tous les gimmicks des films, tous repris de façon plus ou moins parodique dans les films suivants. Revoir MI-1, c’est aussi voir ce qu’est un univers cinématographique cohérent. Bien que l’on ait très vite perdu l’aspect espionnage réaliste dans les suites, beaucoup d’éléments cinématographiques font toujours partie du cahier des charges de la franchise. Fun fact 2, c’est lors de la scène du restaurant que De Palma convaincra Cruise de réaliser lui-même ses cascades, argument commercial et artistique devenu l’exigence absolue de l’acteur pour tous ses projets futurs.

Bonjour, je suis un gimmick. | © IMDB

MI-1 est à la fois un blockbuster et un film d’auteur, le genre de films qu’on a plutôt tendance à opposer, privant les amateurs de l’un du génie de l’autre, et inversement. Pourtant ce Mission Impossible n’a rien d’inaccessible malgré un scénario un peu alambiqué, surtout si l’on n’est pas habitué aux films d’espionnage. Par ailleurs, la réalisation en dit beaucoup sur la psychologie des personnages, ce qui plaira à l’œil attentif des cinéphiles et facilitera la compréhension de l’intrigue. Mais au-delà de la complexité du scénario, le film est plaisant à regarder (les fonds verts n’ont pas vieilli), rythmé et franchement jouissif dans son enchaînement. Le casting, Cruise et Voight en tête, est d’une impeccable sobriété qui manque à beaucoup de blockbusters d’aujourd’hui. On notera toutefois le guest intriguant de Vanessa Redgrave dans un rôle de trafiquant d’armes international qui lui fut offert grâce à son amitié avec Tom Cruise et l’admiration que lui vouait Brian De Palma.

Danny Elfman, dont la décennie 90 assurera la place dans les compositeurs d’importance, réinterprète avec brio le célèbre thème de Lalo Schiffrin, immense compositeur des 70’s dont Bullit, la saga des Inspecteur Harry et les séries télévisées Mission Impossible, La Planète des Singes et Starsky & Hutch constituent les travaux les plus célèbres.

Mission : Impossible est un film qui doit être revu tant par les fans de la saga et de Tom Cruise comme l’origine de la franchise que par les amateurs de suspense et thrillers d’espionnage qui n’adhèrent pas aux sempiternels enchaînements poursuite/combat/révélation/fuite des films post Jason Bourne.

Doc Aeryn & The Watcher 

Deux visions sur la religion

Deux documentaires traitant de la religion étaient présentés en compétition au 23e Festival Cinespaña de Toulouse. Lo que dirán et Hasta mañana si Dios quiere parlent, pour le premier, de la jeune génération musulmane féminine et de ses questionnements notamment sur le port du voile, tandis que le second traite de la religion catholique à travers le portrait de nonnes âgées dans un couvent.

La croyance au quotidien

Hasta mañana si Dios quiere / Lo que dirán. Crédits : See You Tomorrow / Lo que dirán website. montage personnel

Ce qui frappe en premier lieu dans ces documentaires, c’est combien la présence divine est ancrée dans le quotidien de ces personnes, au point qu’elle en deviendrait presque banale. Ces femmes semblent avoir apprivoisé Dieu et vivent avec lui comme un ami de longue date. C’est encore plus présent dans Hasta mañana si Dios quiere où la vie de ces nonnes tourne intégralement autour de Dieu, présence qu’elles n’évoquent pourtant jamais. Pour elles, cette présence est de l’ordre de l’évidence. La présence divine n’est jamais évoquée et pourtant le documentaire entier transpire la dévotion de ces femmes qui ont consacré leur vie à leur religion. Des détails discrets, une croix par ici, un voile par là, une prière discrète devant un crucifix, nous rappellent que cet endroit n’est pas une maison de retraite idéale, ni un camp de vacances pour personnes âgées mais bien un couvent.

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Une scène très émouvante montre d’ailleurs les générations de nonnes qui se sont succédées dans l’endroit lors de missions humanitaires ou de voyages religieux. À travers des photographies, les nonnes retracent leurs souvenirs avec beaucoup de pudeur avant de déchirer les photographies restantes. Une pointe nostalgique qui nous rappelle que ce couvent fermera sans doute ses portes dans peu de temps : aucune nonne de moins de 65 ans l’habite.

 Lo que dirán parle beaucoup plus frontalement du rapport à la religion, puisque les deux amies se questionnent énormément sur leur manière de vivre le rapport à la religion. Loin des clichés, les deux adolescentes prouvent leur choix éclairé et réfléchi face à leur croyance. Elles avancent dans leurs études, on les suit dans leur après-midi entre copines où le sujet de la religion vient tout naturellement dans la conversation entre le maquillage et les révisions de devoirs scolaires.

Un regard bienveillant

Les réalisateurs des deux films possèdent une même qualité : le retrait. Le grand risque de ce genre de sujets polémiques est d’adopter un ton condescendant, surplombant, voire de commenter le tout avec une voix off insupportable pour donner son avis sur les choses. Qu’il s’agisse de Mar López Zapata et Emiliano Trovati pour Lo que dirán ou de Ainara Vera pour Hasta mañana si Dios quiere, leur discrétion est tout à l’honneur du sujet qu’ils et elles servent. La voix exclusivement féminine choisie pour traiter ce sujet est aussi un point commun intéressant. Les deux documentaires sont menés par des personnages exclusivement féminins. Ce point de vue contrecarre la plus grosse critique que l’on fait aux monothéismes : son phallocentrisme. Une critique que les deux jeunes femmes de Lo que dirán abordent avec humour mais aussi beaucoup de lucidité. Il reste pour elles encore énormément de chemin à faire pour que la religion, et surtout ses représentants sur Terre, traitent les femmes et les hommes à égalité. Hasta mañana si Dios quiere est beaucoup plus discret sur le sujet, mais quelques critiques sur les textes d’Homère et sa vision stéréotypée des femmes suffisent à comprendre qu’elles ne sont pas dupes… Féministes, les religieuses ?

Des tons différents

Source photo : See You Tomorrow

Pour autant, Lo que dirán et Hasta mañana si Dios quiere ne sont pas un copier-coller scénaristique et narratif. Leur ton et leur approche diffèrent drastiquement, les rendant tous deux intéressants voire complémentaires si on a la chance de les voir ensemble. Hasta mañana si Dios quiere est un film au ton léger, joyeux, gai. Un feel good documentaire si tant est qu’un tel genre existe, qui n’est pas sans rappeler Jericó el infinito vuelo de los días critiqué par le Comte Gracula dans notre hors-série sur le festival Cinélatino 29. Les nonnes sont toutes profondément attachantes et possèdent une bienveillance profonde qui rend leur quotidien gai. Aucun apitoiement sur la vieillesse ! Elles sont dynamiques et grimpent encore quotidiennement la cinquantaine de marches qui les séparent de leur lieu de prière. On rit beaucoup dans ce documentaire, et on se sent profondément bien, presque “chez soi” parmi ces nonnes adorables.

Lo que dirán possède lui aussi sa forme de pétillance avec ces deux adolescentes qui vivent leur vie d’ado rythmée par les musiques à la mode et les essayages de fringues. Le ton est pourtant beaucoup plus grave et sérieux. Lorsqu’on les entend parler de leur rapport à la religion, on sent combien elles ont réfléchi à la question en profondeur. À l’impact que ce sujet a sur leur vie, sur le regard des gens. C’est aussi là que la comparaison s’arrête : les nonnes vivent recluses dans un couvent protégées du regard extérieur parfois blessant. En portant le voile, les jeunes femmes musulmanes sont confrontées à la violence des regards et des jugements et supportent bien plus de brimades. D’où la gravité et le sérieux qui se dégagent de leur attitude, comme si elles avaient déjà vécu bien trop d’épreuves pour leur jeune âge.

Lo que dirán et Hasta mañana si Dios quiere se présentent comme des documentaires complémentaires sur la religion. Leur actualité, la qualité des portraits présentés ainsi que la maturité de leurs propos en font un diptyque improvisé qui offre un joli portrait de la religion dans la société espagnole d’aujourd’hui. Un seul regret : tous deux sont trop courts… On espère presque un second volet, à bon entendeur !

Mauvais Genre

Si le cinéma peut se vivre comme un plaisir solitaire, il est aussi extrêmement agréable à consommer en bonne compagnie. C’est le propre des buddy movies de réunir devant l’écran.

PARTIE 1 : Leader of the Pack

Le Buddy movie est un genre de films qui affiche à l’écran ce que son spectateur pratique en le regardant : une bonne grosse marrade avec une bande de potes (qui comme le dit la chanson peut être composée d’un seul et unique membre).

En effet, le terme buddy signifie « ami » en argot américain. Le buddy movie est généralement basé sur une histoire réunissant deux personnages qui devront travailler en équipe pour se sortir de leurs problèmes. À savoir très souvent une armée de méchants armés qui souhaite les éliminer. Les caractères de nos deux compagnons se doivent également d’être opposés afin de montrer à quel point la différence peut être un bienfait (le buddy movie reste un genre essentiellement américain de la période guerre froide).

On trouve dans sa forme première des films comme Rio Bravo (1959), El Dorado (1966)  réalisés par Howard Hawks ou L’homme qui tua Liberty Valance (1962) de John Ford : trois westerns avec John Wayne associé à Ricky Nelson et Dean Martin pour Rio Bravo, James Caan et Robert Mitchum pour El Dorado et James Stewart pour Liberty. Dans les deux premiers, Hawks réutilise un canevas de stéréotypes et de situations qui annonce l’interchangeabilité des scénarios futurs du genre balbutiant ( John Carpenter fera d’ailleurs un remake/variation de Rio Bravo avec son deuxième long métrage en 1976 Assault on precinct 13, lui-même remaké en 2005 par Jean-François Richet, le réalisateur du diptyque Mesrine avec Vincent Cassel).

Des hommes, des flingues, une pin-up : what else ?

John Wayne incarne un shérif intègre qui doit lutter contre la corruption et l’impunité du plus gros propriétaire terrien de la région. Il est assisté de son meilleur ami alcoolique (Martin/Mitchum), d’un jeune pistolero habile mais arrogant (Nelson/Caan) et d’un old timer qui apporte un côté bouffon à l’ambiance qui peut parfois être pesante. Ayant arrêté le frère du propriétaire et tenant une chance de le faire tomber auprès de la justice pour escroquerie, meurtre et divers crimes, il se barricade dans la prison avec son équipe afin de survivre à l’assaut des hommes de main du rancher. Mais ces derniers réussissent à enlever un des adjoints. Il est alors obligé de procéder à un échange dans un endroit isolé qui deviendra le théâtre d’une fusillade monumentale (avec explosion de dynamite, prémices des futurs climax du cinéma d’action).

La réunion de deux stars sous la direction d’un réalisateur respecté : un argument devenu aujourd’hui courant

Dans Liberty Valance, James Stewart est un avocat idéaliste qui se retrouve confronté à la rude vie de l’ouest américain où la seule loi est celle de la force et des revolvers. Confronté à un Lee Marvin psychopathe, il se lie d’amitié avec John Wayne qui y incarne un cow-boy solide et intègre mais capable de tuer de sang froid quand il le faut. Leur amitié se construit aussi via une rivalité amoureuse envers la jeune fille qui héberge Stewart et à qui il apprend à lire (un vrai buddy partage tout, même les femmes). Outre la formidable déconstruction du mythe de l’ouest orchestré par Ford, le film est un excellent standard de l’amitié virile cinématographique. On trouve là le point de départ de bon nombre d’histoire qui, une fois passé à la moulinette des années 80 deviendront les classiques des films d’actions. 

PARTIE 2 : Macho Men

Les mâles alphas éditions 80’s

C’est véritablement avec les années 80 et l’arrivé des action heros Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger et Bruce Willis que le buddy movie explose. Après avoir incarné l’idéal masculin du « one man army » dans Rambo/First Blood (1983) de Ted Kotcheff, Commando (1985) de Mark L. Lester et Die Hard/Piège de Cristal (1988) de John McTiernan, ils vont former des équipes détonantes avec d’autres actionners (Kurt Russell avec Sly dans Tango et Cash en 1989 réalisé par Andrei Konchalovsky et Albert Magnoli), des acteurs de comédies ou de stand-up (James Belushi avec Schwarzy dans Double Détente en 1988 de Walter Hill, Damon Wayans avec Willis dans Le Dernier Samaritain en 1991 de Tony Scott).

Une des premières répliques de Stallone dans le film :  « Rambo, c’est un pédé ! »

Les deux premiers narrent une enquête menée par deux flics aussi différents qu’efficaces : Sly s’habille en Armani et porte des lunettes de premier de la classe, tire avec un revolver Smith & Wesson model 36 Chief’s Special tirant du calibre 38, soit un très petit pistolet au canon court alors que Tango est en santiags et jean usé et tire avec un Ruger GP 100  calibre 357 magnum (utilisé couramment pour la chasse à l’éléphant) équipé d’un pointeur laser LS45.

Dans le film de Hill, Schwarzy est un agent de police soviétique qui travaille avec un agent américain lors d’un échange culturel. Le Dernier Samaritain allie un ancien agent des services secrets (les gardes du corps du président des États-Unis) devenu détective privé, alcoolique et en instance de divorce, avec un champion de NFL cocaïnomane dont la fiancée (sublime Halle Berry) vient d’être assassinée alors qu’elle demandait la protection de Willis.

La naissance du buddy movie en tant que style reconnu

On oublie injustement 48h (1982) et sa suite 48h de plus (1990) réalisés par Walter Hill (encore lui !), un excellent artisan du film d’action et techniquement inventeur du buddy movie comme genre à part entière, avec Nick Nolte en flic chargé de protéger Eddie Murphy dans son premier rôle cinéma en truand devant témoigner lors d’un procès en échange d’une réduction de peine. L’alpha et l’oméga du buddy movie reste malgré tout la saga l’Arme Fatale (4 épisodes réalisés par Richard Donner en 1987, 1989, 1992 et 1998 et scénarisés pour les deux premiers volets par Shane Black également scénariste du Dernier Samaritain et réalisateur de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang qui annonçait le retour de Robert Downey Jr en 2005) et l’excellent duo Mel Gibson et Danny Glover. Leur duo, devenu un trio avec l’arrivée de Joe Pesci à partir du 2, fonctionne extrêmement bien et la réalisation est spectaculaire. À nouveau une histoire de flics coéquipiers mais différents : Mel Gibson / Martin Riggs étant suicidaire depuis la mort de sa femme et Danny Glover/  Roger Murtaugh étant au bord de la retraite et « too old for this shit ». Le cocktail est jubilatoire et l’alchimie entre les acteurs parfaite.

L’étalon des buddy movie. Tous réalisé par Richard Donner qui réalisera le premier Superman et servira de référence à Nolan pour sa trilogie Dark Knight.

Après son âge d’or des années 80/90, le buddy movie perd peu à peu en popularité, la faute à une overdose de productions et des héros vieillissants peinant à convaincre dans les scènes d’action repoussant les limites du too much. Il faut attendre la résurrection de ces idoles avec le jouissif Expandables (réunion des Anciens Acteurs de films d’Action) de et avec Sylvester Stallone pour retrouver le charme de ces années où la virilité n’était pas synonyme de “féminophobie” mais simplement de divertissement.

Partie 3 : Les Copains d’abord

Bien que le genre semble être exclusivement américain, la France a su intégrer le buddy movie dans son paysage audiovisuel par le biais de comédies avec des films comme Ne nous fâchons pas en 1966 avec Lino Ventura et Jean Lefebvre et L’Emmerdeur avec toujours Lino Ventura et Jacques Brel cette fois, La chèvre en 1981 et Les compères en 1983 ainsi que Les fugitifs en 1986 avec Gérard Depardieu et Pierre Richard . Dans ces cinq films on retrouve dans le scénario la dualité entre les deux protagonistes : Ventura est un truand respecté ou un tueur efficace qui se retrouve avec un bookmaker minable ou un représentant de commerce maladroit et suicidaire dans les pattes, Depardieu un gars costaud et courageux, amateur de bourre-pifs, qui se coltine un Richard burlesque à souhait en timide maladroit et malchanceux. Si Ne nous fâchons pas est scénarisé par Michel Audiard, formidable dialoguiste, les quatre autres les sont par Francis Veber, auteur de comédies et inventeur du personnage de François Pignon, personnification de l’élément perturbateur dans tous ses scénarios. À savoir que des équivalents d’Expandables (casting de stars, grosse production, équipe ou bande au lieu du duo) furent réalisés très tôt : Les Tontons Flingueurs de Georges Lautner (également réalisateur de Ne nous fâchons pas) et écrit par Audiard en 1963, Les Barbouze en 1964 par et avec la même équipe et le cultissime L’aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch en 1972 avec toujours Lino Ventura et Jacques Brel (le buddy movie étant décidément un genre à cercle restreint) mais également Aldo Maccione, Charles Denner et Charles Gérard (des grands habitués des seconds rôles dans le cinéma français et des vraies tronches reconnaissables).

On retrouve tous les codes promotionnels des films d’aventure/action/buddy movie dans cette affiche, les armes en moins (les substituts phalliques passent mal en France)

On notera dans la production française le film de Patrice Leconte Les Spécialistes en 1985 avec les belles gueules aventuriers Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau. Ici ce sont deux truands qui s’enfuient ensemble mais l’un d’eux se trouve être un flic infiltré. Avec des scènes d’action assez efficaces (bien que le film ait vieilli), on retiendra surtout les prestations des deux comédiens qui représentaient alors un renouveau bienvenu des acteurs stars en France alors complètement trustée par Alain Delon et Jean Paul Belmondo depuis plus de 10 ans qui eux même se sont retrouvés dans un proto buddy movie français Borsalino en 1970 par Jacques Deray.

Le Buddy movie possède son pendant féminin qui est le chick flick (le « truc de gonzesse » en argot américain). Mais ce sera pour une prochaine fois.

The Watcher
   

Carnet de bord : Fifigrot 2018

Cette année, Listener et Dolores ont parcouru la 7e édition (et oui, déjà !) du festival du film Grolandais de Toulouse. Elles vous présentent leurs avis jour par jour dans ce carnet de bord bien personnel...

Dolores : Avant même d’entamer le Fifigrot cette année, j’ai été étonnée des choix de programmation qui s’orientent beaucoup moins vers le potache, le “trashos” et la série B que d’habitude. On a certes une magnifique soirée “sacs à vomi” de prévue et une soirée “pornos bavarois”, mais j’ai l’impression que l’orientation est bien plus sérieuse et sociale que les autres années. Une conséquence de la mort du président qui rend la prog plus sérieuse ? À voir…

Samedi

Dolores : Bien occupée la veille et à peine remise de la sainte cuite du Vendredi, je me dirige à potron-minet (c’est à dire 11h30 dans mon langage) vers le Cosmo pour entamer ma première projection du Fifigrot avec Roar, un film des années 80 qui promet une expérience ‘ahurissante’. Eh bien foutre Dieu, nous y sommes en plein ! Pendant 2 heures nous assistons à la débâcle d’un projet qui partait déjà mal (faire tourner des acteurs avec des fauves non apprivoisés). Chaque personne sur le set lutte littéralement pour sa vie, et le sang sur les mains et les bras des comédiens est lui, bien réel… On a hurlé sur Cannibal Holocaust et son vrai-faux côté snuff, mais Roar en est un pur, un vrai. Bien plus inquiétant… Et aussi foutrement hilarant. Du bon vrai Fifigrot, en somme.

Changement d’ambiance ensuite pour La Tendre Indifférence du Monde, un film kazakh dont le réalisateur nous dit en introduction qu’il est “une ode à l’amour, au vrai”. Pas très Fifigrotesque dans l’esprit, et pourtant. Dans le développement et le ton, très tragi-comique et cynique, le film se démarque et sait trouver cette pointe d’originalité qui fait la caractéristique du festival. Magnifique, puissant, poétique et pourtant si drôle, La Tendre Indifférence du Monde est déjà un immense coup de cœur pour moi.

La Tendre Indifférence du Monde, source IMDB

Après une sieste bien méritée et armée de mes M&M’s je me dirige enfin à 18h au Gaumont pour découvrir L’Affaire Marvin, un mockumentaire merveilleux sur la mégalomanie d’un homme et de son chat persan qui vont, à eux deux, changer la face du monde et faire crasher des milliers d’entreprises en bourse… Un délire à la sauce “Il est revenu” drôle, frais, bien réalisé mais qui n’oublie pas pour autant de nous questionner sur les dérives des réseaux sociaux, des hoax et des “buzz” qui ont aujourd’hui plus de poids que le travail de la justice sur des affaires sensibles… Actuel et donc indispensable !

Listener : Peu disponible cette année, je me suis contrainte à un programme malheureusement restreint…Trop sensible pour subir un Lars Von Trier sur grand écran (et je remercie Dolores de s’être généreusement sacrifiée), je me concocte un programme à la GRO’zical ! En guise d’entrée en matière, je me rends au Gaumont pour l’avant-première de Leto (Kirill Serebrennikov, 2018). Visiblement, j’ai l’habitude de commencer les festivals par un coup de cœur ! Comme pour Cinélatino, je sors de cette première séance sous le charme et heureuse d’avoir pu découvrir une partie de la scène punk underground de Leningrad. 

Dimanche

Dolores : Sortir d’un film en faisant un doigt d’honneur à l’écran : prendre le boulot d’un réalisateur trop à cœur, ou preuve d’un vrai manque de respect ? C’est la question que je me pose toujours après avoir vu The House that Jack Built, une horreur cinématographique pondue par Lars Von Trier qui m’a mise hors de moi au point de partir avant la fin de la séance… J’aimerais faire plaisir à monsieur Von Trier en prétendant avoir été choquée par son film, pire, ulcérée. Il aurait ainsi réussi son pari, puisque sa seule volonté cinématographique passe par le choc. Le fait est que la seule chose révoltante est l’égo surdimensionné de ce réalisateur qui est obligé d’auto-citer des parties de ses propres films pour donner du crédit à son nouveau long métrage. Ce film est à l’image de la carrière de cet homme : du vent. Bien heureuse d’avoir eu une accréditation, car payer pour cette daube aurait encore plus décuplé ma colère !

The House that Jack Built, source IMDB

Lundi

Dolores : Ce lundi exceptionnellement ensoleillé pour un mois de septembre signe le début d’une nouvelle journée de projections toutes plus différentes les unes que les autres. Je me dirige d’abord vers Utoya, film norvégien retraçant le massacre perpétré par un criminel d’extrême droite en 2011. Intense, glaçant, le film est un long plan-séquence d’une heure et quart qui nous plonge au cœur du chaos sans nous laisser une seconde de répit. Mais je vous en dis plus dans l’article écrit à ce sujet… Sortie française prévue pour le 12 décembre 2018 à ne surtout pas manquer ! 

Ressortir d’un film aussi éprouvant ne fut pas chose aisée, aussi c’est toute chose que je me suis rendue vers la conférence sur la banalyse organisée à la Cave Poésie. De la banalyse, je ne savais pas grand chose si ce n’est que son principe était d’élever au rang d’œuvre d’art toute chose qui ne raconte rien, n’est ni belle ni prenante, bref, toute chose banale. La conférence tenue par Yves Le Pestipon ce soir-là était au-dessus de ce que nous, simples mortels, pouvons concevoir de la vie. Entre Pinelisation du monde, éloge de la banalité et concepts se tenant à la limite de la fumisterie et du génie, la banalyse a trouvé une place tout à fait appropriée au sein du Fifigrot où le décalage est une profession de foi… Merci, M. Le Pestipon !

Dernier film de ma soirée, Headbang Lullaby m’a évidemment attirée à cause de son titre. Parlez de headbang à une métalleuse, et elle foncera au galop ! Raté pourtant, car à part une vieille voiture rouillée en guise de fier destrier, rien ne vient évoquer le metal dans ce film… Et ce n’est pas bien grave, car ce qu’il a à offrir est tout aussi satisfaisant. Drôle, décalé, et très “punk” dans son esprit, Headbang Lullaby est un film qui surprend tant il s’émancipe des codes cinématographiques. Parfois hélas pour les mauvaises raisons : sa narration déconstruite, les pistes scénaristiques avortées ainsi que les scènes surréalistes quasi lynchiennes plombent le film. Dommage, car le reste de la proposition est excellent. Nous avons eu la chance de voir ce film en compagnie du réalisateur qui nous expliquait vouloir à tout prix sortir des sentiers battus, briser les codes pour ne pas se contenter de la banalité qu’il trouve “confortable mais ennuyante”. Le film est inégal, mais réussit largement son pari en ce qui concerne la surprise, et il est assez rare aujourd’hui de se dire que l’on vient de voir un film qui ne ressemble à aucun autre… Un univers cinématographique qui manque encore un poil de maturité, mais qui est définitivement à suivre !

Source : IMDB

Mercredi

Listener : GRO’zical, séance 2 ! Je traverse les festivités grolandaises qui animent la cour de l’ESAV et attends Dolores pour voir Queercore : How To Punk A Revolution (Yony Leyser, 2017). Du docu queer comme on aime, rien de tel pour conclure une longue journée de travail ! Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu… Non seulement, un grand jeune homme cache le centre de l’écran, mais en plus, les sous-titres sont décalés de vingt bonnes secondes ! C’est avec beaucoup d’énergie mentale que je m’accroche pour tout suivre, et je remercie mes années d’anglais et toutes les séries que j’ai suivies qui m’ont au moins permis de comprendre la majorité du film. Comme avec Leto, je sors de Queercore convaincue de la chance que j’ai eue de voir ce film sur grand écran. En guise d’entrée dans ce mouvement musical, ce film fait son affaire et rétablit la vérité de l’histoire du punk, dont on oublie bien souvent les intrications avec la scène queer.

Bande-annonce de Queercore

Dolores : J’étais aussi présente à cette soirée et malgré mon signalement à l’équipe technique du décalage de sous-titres, aucune rectification n’a été faite, ni une proposition de remboursement du public… Je profite d’ailleurs de cette partie pour faire un bémol général sur le festival. De nombreux soucis techniques et problèmes d’organisation ont hélas gâché mon expérience. Par exemple, je me suis rendue à des films aux horaires indiqués par le catalogue, et j’apprends une fois sur place qu’en fait tous les films sont décalés d’une demi-heure car le festival n’a pas pris en compte le temps des génériques de début et de fin des films projetés… De même pour la conférence sur la banalyse du mardi de laquelle j’ai dû partir en plein milieu car l’horaire indiqué n’était pas le bon ! Lorsque l’on prévoit plusieurs jours en avance son programme et qu’on est mis face au fait accompli, il est très ennuyeux de devoir tout reprendre à 0 pour des erreurs d’organisation internes. Et d’ailleurs, ma première séance du mercredi, Climax, était une séance imprévue car je devais voir un autre film, projeté en retard ! … Et j’ai ainsi pu assister à cet immense nanar cinématographique à gros budget. Un film ridicule et à mourir de rire, qui a au moins le panache de ne pas se prendre trop au sérieux. Et tant mieux, car il n’aurait absolument pas de quoi. Aussitôt consommé, aussitôt oublié !

Quand au documentaire sur le Queercore, si l’on excepte le souci technique qui demandait un effort de concentration supplémentaire, l’expérience était plutôt agréable. Bien fourni et complet, le documentaire nécessitait quand même une bonne connaissance préalable des mouvements punks LGBTQ+ et j’ai souvent eu le sentiment de manquer de matière pour tout comprendre. Mais un film qui remue les méninges et donne envie de faire des recherches en sortant de la séance, ça fait aussi du bien !

Vendredi

Listener : Il est 16h30 et je cours, je vole pour traverser Toulouse et rejoindre l’ESAV à 17h. Le rendez-vous du jour, ce n’est pas un film, mais une masterclass. Yann Gonzalez, le réalisateur du récent Un couteau dans le cœur (2018), sublime film queer et grande déclaration d’amour au cinéma, est en place dans la salle de projection pour évoquer son parcours et son style. Ce fut l’occasion d’en savoir plus sur son goût pour les “images interdites”, sa passion quasiment militante pour la pellicule et la manière dont il vit ses films comme des mondes utopiques pour mieux renverser une société encore hétéronormée. Alors que je comptais en rester là, voilà qu’il présente rapidement les séances de sa carte blanche à la Cinémathèque et nous persuade, Dolores et moi, d’aller voir à 19h Équation à un inconnu (Dietrich De Velsa, 1979), un film porno gay. Évidemment.

Dolores : Comme Listener, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Un couteau dans le cœur sorti cette année, à mi-chemin entre un porno gay et Phantom of the Paradise… Rencontrer Yann Gonzalez après avoir découvert ses films apparaît comme une évidence tant le discours qu’il tient sur le cinéma se ressent à l’écran : subversion, décadence et érotisme (il fera une thèse sur le cinéma érotique gay lors de ses années d’études), utilisation de la pellicule, passion pour des personnages fascinants, goût pour le thriller et la série B policière… Intriguée par les films qu’il avait à nous présenter, j’ai suivi Listener vers la Cinémathèque pour découvrir un porno gay… 

Un couteau dans le coeur – source : IMDB

Listener : Équation à un inconnu, salle 1, premier étage. Si j’avais su que je me retrouverais un jour à voir un porno gay à la Cinémathèque… Forcément, c’est à cause de Yann Gonzalez ! Sans surprise, Dolores et moi sommes en minorité féminine dans la salle. “Ce n’est pas grave d’avoir une petite érection”, prévient Gonzalez. Juste, soyez “propres”. Pendant la séance, on entend les dossiers grincer à mesure que des spectateurs font leurs allers-retours aux toilettes. Quant au film, étrangement, on reconnaît rapidement ce qui fait que Gonzalez en pense beaucoup de bien, jusqu’à le qualifier de chef-d’œuvre et confier espérer en faire un blu-ray. Outre les scènes pornographiques, la mise en scène de la drague silencieuse, de ces regards, le jeu de couleurs, certains éléments de costume (les masques et les gants en cuir) et l’étrangeté de son atmosphère onirique, presque cruelle dans son final orgiaque, en font une expérience esthétiquement mémorable.

Dolores : J’ai toujours rêvé de voir un porno au cinéma. Fantasme cinéphile accompli grâce à Yann Gonzalez ! C’est toujours un plaisir de voir des objets cinématographiques improbables sacralisés et présentés dans des hauts lieux intellectuels comme la Cinémathèque, quand ils ne sont pas du tout prévus pour cette fonction à la base… Yann Gonzalez se met à nu en nous présentant ce film qui a visiblement marqué son cinéma, et c’est une grande preuve d’humilité de sa part que de nous présenter un objet aussi intime. Dommage qu’un concert (de metal, évidemment), m’ait forcée à quitter la salle avant la scène finale que Listener n’a cessé de me décrire comme incroyable !

Dimanche

Listener : Fin de festival matinale avec Diamantino (Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt, 2018) ! Direction l’American Cosmograph pour y voir le film lusophone dont vous trouverez la critique enthousiaste sur le site. Une fois de plus, je mets fin à un festival avec un coup de cœur. Et une fois de plus, mon coup de cœur va vers un film des plus improbables et inclassables qui soient. Le genre de films qui met en scène un joueur de football international, en pleine action dans un stade de foot, entouré de “petits chiens” qui courent dans une brume rose. Il faut le voir pour y croire. Et vous savez quoi ? Moi, je suis au Fifigrot pour cette raison précise : pour y voir des films que je n’aurais jamais vus autrement. Et si ça veut dire se lever un dimanche matin, ça en vaut bien la peine. 

BERNARDO BERTOLUCCI : Ciao Berto

Bernardo Bertolucci, né le 16 mars 1941 à Casarola en Italie, s’en est allé à l’âge de 77 ans le 26 novembre 2018. Il était l’un des derniers géants du cinéma italien, lui qui amorça une nouvelle vague, avec Dario Argento, à la fin des années 60 et pendant la décennie 70.

Assistant de Pier Paolo Pasolini à ses débuts, ses premiers films, annonçant les mouvements sociaux de 1968, le font remarquer par Sergio Leone qui souhaite s’entourer de jeunes cinéphiles de talent pour écrire Il était une fois dans l’ouest qui sortira en 1969. Après une série de films adaptés de grands auteurs de la littérature mondiale (Borges, Dostoïevski…), il réalise en 1972 Le dernier tango à Paris avec Marlon Brando et Maria Schneider. Le film, histoire d’amour abusive entre un vieil américain et une jeune parisienne, est aussi sulfureux et scandaleux que son tournage : interdit en Italie pour une scène de sodomie, on apprend tardivement qu’elle est réalisée dans des conditions d’humiliation avec un quasi-viol qui tourmentera la jeune actrice toute sa vie.

L’immense succès du film lui permet de réaliser en 1976 le gigantesque 1900, œuvre-fleuve  (3h40 !) qui se veut un portrait de l’Italie du XXe siècle (le titre original Novecento signifiant Vingtième siècle et non pas 1900 comme le crurent les traducteurs). Produit par trois boîtes, le film au casting international (les débutants futures stars Robert De Niro et Gérard Depardieu en protagonistes, le confirmé Donald Sutherland en antagoniste et les vétérans Sterling Hayden et Burt Lancaster en seconds rôles) raconte la vie parallèle de deux garçons nés fin janvier 1901, l’un fils du propriétaire d’une grande exploitation (De Niro) et l’autre fils du métayer (Depardieu). Bien que grandissant ensemble, l’environnement social et l’éducation les opposent très vite. Le microcosme de la propriété se révèle être le miroir de la société italienne. Le film s’achève à la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec un procès du patronat. Un échec public et critique réhabilité depuis

Après ses années cinéma social, durant lesquelles il deviendra ami avec Jean-Luc Godard à qui il attribuera le Lion d’or pour Prénom Carmen en 1983, lors de sa présidence au jury de La Mostra de Venise, il entame un trilogie spirituelle avec son plus grand succès : Le Dernier Empereur (sur la vie du dernier empereur de chine Puyi et tourné au sein de la Cité Interdite à Pékin), qui obtient 9 oscars dont Meilleur Film et Meilleur Réalisateur en 1988. Suivront Un thé au Sahara  en 1990 et Little Buddha en 1993 avec Keanu Reeves en prince Siddhartha (futur Bouddha).

Ses derniers films, fortement teintés de nostalgie lyrique (dont le cinéphilique Innocents : The Dreamers en 2003 sur un trio de jeunes en mai 68), reçoivent un bon accueil critique sans grand succès public. Il reçoit une Palme d’or d’honneur en 2011 pour l’ensemble de son œuvre.

À l’occasion d’une rétrospective de son œuvre et de la sortie de son ultime film, Moi et Toi en 2012, il revenait sur sa carrière lors d’une interview de Télérama.

The Watcher

Astérix, Obélix et le père Noël

    Winter is coming, et avec lui Noël. Et à Noël, en plus de manger beaucoup trop, de boire beaucoup trop et de profiter des gens que j’aime beaucoup trop, je regarde des films : comédies romantiques de Noël, épisodes spéciaux de Noël, ou même films d’action de Noël. Mais il y a une saga qui n’est pas de Noël mais si un peu quand même : les dessins animés Astérix.

    Si vous êtes comme moi, vous finissez invariablement par vous échouer sur un canapé après un énième repas gargantuesque le 24 ou le 25 décembre, une télécommande à la main. C’est généralement à ce moment qu’apparaît un petit blond en braies, accompagné d’un géant roux à tresses, d’un potit chien tout mignon et d’un druide à barbe. La meilleure partie de l’après-midi commence. Images vieillottes, couleurs saturées et voix un peu criardes, Astérix is in the place. Astérix le gaulois, sorti en 1967 un peu avant Noël (j’ai toujours trouvé que Panoramix et le Grand bonhomme rouge avaient un air de famille) et réalisé par les Studios Belvision est une adaptation du premier tome du même nom de nos ancêtres gaulois, sorti en 1961. C’est un succès, alors même que les dessinateurs ont cherché à empêcher sa sortie, mécontents du projet. C’est le premier, c’est celui qui pose les codes, mais ce n’est pas le plus marquant.

Scène de la danse gauloise

Plusieurs Astérix ont traversé ma jeunesse, Mission Cléopâtre le premier. Je triche un peu avec celui-ci, car c’est plus le film que le dessin animé qui reste gravé dans ma mémoire. Sorti en 2002, réalisé par Monsieur Alain Chabat, avec tellement d’acteur.ices que je ne peux pas tous.tes les mettre (mais citons Christian Clavier, Gérard Depardieu, Jamel Debbouze, Monica Bellucci, Alain Chabat, Gérard Darmon, Édouard Baer, Marina Foïs et je m’arrête parce qu’il y en a déjà trop) et des répliques cultes par quintal. Le film fait partie des quelques DVD que possèdent mes parents, et son visionnage est obligatoire au moins une fois par vacances en famille.

Séquence de début pour vous remettre dans le bain

    Je l’aime tellement que j’en ai complètement oublié le dessin animé, pourtant bien antérieur puisque sorti en 1968. C’est le deuxième dessin animé du gaulois ayant été produit, et il contient un certain nombre de chansons désormais cultes : Le pudding à l’arsenic, Le bain de Cléopâtre et Quand l’appétit va tout va.

Une ode à la gastronomie

Passons au meilleur dessin animé Astérix. Celui qui me ramène à mes huit ans, sous un plaid après un réveil trop matinal pour ouvrir des cadeaux et un repas trop long, un chocolat chaud à la main. Parlons des Douze travaux d’Astérix. Seul scénarisé et réalisé par Uderzo et Goscinny, il est le premier (et longtemps le seul) basé sur un scénario original. La structure est inspirée des Douze travaux d’Hercule, dans lesquels les deux gaulois et le potit chien doivent affronter des épreuves, toutes plus absurdes les unes que les autres.

Big up à l’UT2J

    Cléopâtre fait d’ailleurs une apparition, en épouse dévouée de César (bien dommage vu le personnage, m’enfin). Ce film d’animation est malin, complètement loufoque et joue avec la mythologie, ce qui est toujours appréciable. Et c’est dans cette tradition que s’inscrivent les derniers films animés Astérix. Astérix et le domaine des dieux est sorti en 2014, et il est génial.

Mon opinion est en partie due à la patte d’Alexandre Astier, qui scénarise et coréalise ce long-métrage, que j’aime d’amour depuis Kaamelott. Mais il y a plus. Le passage à la 3D peut choquer au premier abord pour les vieux de la vieille, mais on s’y fait vite. Les personnages sont bien développés, même les extrêmement secondaires, les doublages sont parfaits, bref : j’aime ce film.

Prometteur non ? Une petite tristesse quand même pour la disparition de Roger Carel, qui a pris sa retraite cette année.

Et j’attends avec impatience de prendre le temps d’aller voir le dernier, qui a un scénario intégralement original écrit par Alexandre Astier et Louis Clichy (comme le précédent), en espérant qu’il sera à la hauteur de mes attentes !

Le Comte Gracula

Blockbusters : l’appât du gain

© tout droit réservé

L’origine du mot blockbuster remonte à la Seconde Guerre mondiale. Certains d’entre vous l’apprendront peut-être, mais il s’agissait d’une bombe construite par les anglais qui était capable de détruire, à elle seule, un quartier entier. Pas vraiment joyeux ni divertissant, tout ça…

Dans le milieu artistique, ce mot est apparu au théâtre lorsqu’une pièce remportait un franc succès. Cela avait pour conséquence de faire de l’ombre aux autres pièces qui se jouaient au même moment, d’où l’utilisation de cette expression pour imager le succès. Désormais, ce terme s’applique aussi bien aux comédies musicales qu’aux films ou aux jeux vidéo. Mais aussi à certains médicaments qui amènent un gros profit à la société qui les commercialise.

Mais bon, ici on ne parlera pas vraiment de théâtre, ni de guerre, et encore moins de l’industrie pharmaceutique. Ce dont il sera question, vous vous en doutez un peu, ce sera principalement de jeux vidéo et de cinéma.

Dans le septième art

Dans le milieu du septième art, ce terme qualifiait au début les gros succès au box-office. Maintenant, c’est considéré comme un cinéma de divertissement à gros budget destiné au grand public non cinéphile, principalement issu de l’industrie cinématographique américaine. La promesse d’un large public entraîne le déblocage de fonds conséquents pour les effets spéciaux, le casting, la distribution (les distributeurs, ce sont ceux qui assurent la commercialisation et la projection d’un film en salle), mais aussi pour la communication qui sera faite autour du film avant sa sortie. La différence avec l’origine de ce concept réside donc dans le fait que, maintenant, ce genre de films peut ne plus être un gros succès au box-office : ses ambitions commerciales colossales font de lui un blockbuster, indépendamment de son succès public (même s’il est évidemment pensé pour).

Plus la technologie avance et plus les coûts de production des films augmentent, principalement les films à effets spéciaux et les films d’animation qui ont vu leurs prix s’envoler à cause de la postproduction qui implique un travail pharaonique et qui prend une place grandissante d’année en année.

Le casting reste aussi un grand investissement, certaines stars du cinéma hollywoodien pouvant coûter extrêmement cher. Pour preuve, dernièrement Disney a annoncé la sortie d’un nouveau film qui doit s’ajouter à la saga Pirates des Caraïbes. Cependant, grande nouveauté qui ne sera pas au goût de tous ses fans : Johnny Depp ne fera pas partie du casting du film. Mais devinez qui s’en frotte les mains ! Les studios de Disney, parce que cela fera économiser dans les 90 millions de dollars selon un calcul du magazine Forbes.

Bien qu’il ne tienne pas toujours ses promesses – comme le dernier film produit par Peter Jackson et réalisé par Christian Rivers, Mortal Engines, qui vient de rentrer en ce début d’année 2019 dans les plus gros flops mondiaux de l’histoire du cinéma -, un blockbuster promet toujours d’être rentable. Car au-delà des recettes qui peuvent être engrangées lors de la sortie du film, et qui peuvent avoisier le milliard de dollars, voire même le dépasser – comme pour beaucoup de films de Nolan – il y a d’autres sources d’argent : les produits dérivés.

Le monde des super-héros, mais aussi de Star Wars, des Animaux Fantastiques etc. sont une énorme source d’inspiration pour des produits dérivés. Ces derniers représentent une mine d’or pour les studios qui produisent les blockbusters. En effet, leur vente peut engendrer de nouvelles entrées d’argent non négligeables. Et n’oublions pas non plus les parcs d’attractions qui peuvent aussi rapporter gros. 

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L’industrie vidéoludique

Dans le milieu du jeu vidéo, les budgets moyens d’un blockbuster se comptent aujourd’hui en dizaines de millions d’euros. Voire même, pour les plus gros, des centaines de millions ; GTA V, à son époque, avait coûté dans les 265 millions de dollars pour la production, la communication et la commercialisation. Et on connaît tous le succès qu’il a eu.

Cette industrie est en train de rattraper celle du cinéma en termes de ressources humaines. En effet, alors qu’auparavant pour produire un jeu vidéo d’envergure on faisait appel à une petite centaine de personnes, aujourd’hui, à elle seule la production d’un jeu vidéo peut demander d’employer plusieurs centaines de personnes. Et ça, pour une période qui se situe entre deux et cinq ans de travail avant la mise sur le marché. Et même au-delà. Red Dead Redemption 2 a demandé d’employer plus de 1000 personnes (selon le PDG de Take two), et avec les retards qui se sont accumulés, a mis huit ans avant d’être finalisé par le studio Rockstar Game.

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Dernièrement, ce studio a d’ailleurs été pointé du doigt à cause de ses employé.e.s soumis à une pression monstre et à des horaires inhumains. Les périodes de bouclage pouvant durer jusqu’à un an, la pression est continue, et les burn-out ainsi que les dépressions, dus aux tâches répétitives de recherche de la plus petite faille dans les jeux et dans leurs codes, ne sont pas rares.

Cela dit, il faut aussi savoir que les studios jouent leur vie lorsqu’ils sortent un jeu, ou un film. Au vu des moyens financiers mis en œuvre pour les blockbusters, ces studios, bien qu’ils aient les coudées franches, peuvent se mettre en danger de faillite en perdant leurs investisseurs si l’échec est trop cuisant.

Les mockbusters (ou rip-off)

Comment parler des blockbusters sans mentionner les mockbusters ? Ces derniers sont les cousins pauvres des grosses productions cinématographiques américaines. Ce sont des studios indépendants qui profitent du succès des grosses productions cinématographiques (ou d’un éventuel succès) pour sortir un film, généralement à petit budget (donc il ne faut pas s’en étonner, la qualité n’est pas vraiment au rendez-vous), à la limite du plagiat, qui copie en partie l’affiche mais aussi le titre. Ils font ainsi en sorte de berner les plus naïfs des spectateurs. 

Certains studios sont même spécialisés dans la production de ces films, Asylum est l’un des plus connus. Le studio a ainsi produit une fausse suite du film Titanic, un rip-off de Jurassic World (Triassic World) et j’en passe. Mais ces films-là sortent rarement en salle, ils sont généralement directement vendus en DVD ou disponibles en vidéo à la demande.

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Dans l’industrie des blockbusters une chose est sûre : ça coûte très cher, mais ça peut rapporter gros. C’est donc pas très étonnant que des petits studios sans le sou en profitent pour copier les grosses productions avec leurs petits moyens, tablant sur un effet ricochet à haute valeur ajoutée.

Lilith

Peter FONDA (1940-2019), New Ghost Rider in the Sky

Alors que l’on se remet à peine des décès de Rutger Hauer et de Billy Drago, un autre acteur mythique d’un seul rôle vient de décéder. Alors que le dernier Tarantino rend hommage à la face noire du Nouvel Hollywood, l’un de ses pères fondateurs disparaît. Peter Fonda vient de partir rejoindre son coauteur et ami Dennis Hopper sur les routes du paradis. L’interprète éternel de Wyatt dans Easy Rider s’en est allé pour une dernière virée .

Peter Fonda était le fils du légendaire Henry Fonda (Douze hommes en colère, Il était une fois dans l’Ouest…), le petit frère de Jane Fonda (Barbarella, Le Retour, Grace & Frankie…)  et le père de Bridget Fonda (Le Parrain 3, Jackie Brown…). 

Bien qu’ayant déjà une carrière bien lancée, c’est avec le mètre étalon du road movie qu’il devient une star. Sa carrière sera désormais dirigée par ce film : de la référence à la parodie, il jouera quasiment toujours les motards épris de liberté, les “anti-système”. Il est le symbole de la contre-culture pour la génération des babyboomers. Si l’échec du deuxième film du duo The Last Movie ne lui permit pas de casser cette image, il ne souffrit jamais d’y être enfermé. Que ce soit dans Larry le dingue, Mary la Garce en 1974, L’équipée du Cannonball en 1981 ou Los Angeles 2013 en 1996, il jouera toujours le même personnage. Mais l’évidence est évitée dans Ghost Rider en 2007 où, au lieu de jouer le rider originel, il interprétera le diable Méphistophélès. 

Avec son 1m89 élancé, ses cheveux blond paille, sa “coolitude” et sa moue charmeuse à faire baver de jalousie tous les Robert Pattinson du monde, il aurait pu être un sex-symbol et une superstar mais le cinéma n’était pas un but en soit. Seulement le métier le plus commun dans son entourage familial et amical. Bien plus que sa sœur qui lia habilement carrière et conviction, Peter fût un militant acharné de la cause écologique de la première heure jusqu’à sa mort : sa dernière apparition à Cannes fût en tant que producteur d’un documentaire sur la marée noire dans le Golfe du Mexique en 2011 où il qualifia Barack Obama de “putain de traître”. Ces dernières années, il luttait abondamment via Twitter contre la politique du 45e président des États-Unis Donald Trump.

Nous nous joignons à sa famille qui demande qu’en son honneur et afin de lui rendre hommage, nous portions un toast à la Liberté.

Cheers !

The Watcher

On a vu quoi cet été ?

Si vous aussi vous préférez la lumière des écrans à la lumière du soleil, cet article est pour vous. Les rédacteurs de l’Écran ont mis leurs plus belles lunettes de vue pour vous rencarder sur les petites pépites de l’été (ou du moins, les pépites qu’ils ont vues cet été). 

Doc Aeryn – Fallet, 2018 (Netflix)

Assommée par la chaleur et puis par la pluie (merci le plat pays), je naviguais sans conviction sur Netflix un dimanche vers 15h, soit l’horaire parfait pour ne rien entreprendre. Question cruciale : que regarder ? Que regarder qui ne soit ni trop prise de tête, ni que mon cher et tendre veuille regarder aussi, ni trop long, ni… tiens, un titre étrange, “Fallet” ? Un acteur à la physionomie très très british ? 20 minutes par épisode ? Say no more ! 

Fallet donc est une mini-série suédoise de 8 épisodes dans le plus pure style des dramas nordiques. Le pitch tient dans un mouchoir de poche : le pire flic britannique et la pire flic de Suède se retrouvent à devoir travailler ensemble pour résoudre une série de crimes crapuleux au fin fond de la Suède.

Alors pourquoi regarder Fallet ? Cette série mélange parfaitement série policière et humour pince-sans-rire qui caractérise à la fois les productions british et nordiques. L’intrigue, tordue mais cohérente, se tient plutôt bien le long des 8 épisodes, les personnages sont attachants, drôles et parfois franchement stupides, ce qui n’enlève rien à notre plaisir. Fallet est l’exemple de séries qui montre qu’on peut être très drôle en faisant les choses très sérieusement. En effet, à aucun moment les personnages ne sont vraiment ridicules, ils sont juste… très moyens dans leur job ? 

La série tient jusqu’à la résolution finale une ambiance poisseuse propice aux secrets et aux conjectures hasardeuses qui trouveront toutes leurs explications dans le dernier épisode. 

Aussi, prenez un thé, un plaid, bref n’importe quoi qui rentre dans le thème du hygge, et binge-watchez ce petit bonbon télévisuel en une soirée. 

Pourquoi ça vaut toujours le coup de regarder 24 aujourd’hui ?

Retour sur les saisons 1 à 3 de 24

Aaaah, l’été, coquillages et… 45 DEGRÉS AU SECOURS !!! Outre le fait que je suis morte trois fois pour cause de températures infernales, j’ai également pris le temps cet été de redécouvrir 24 (Robert Cochran, Joel Surnow, 2001-2010). C’est chez moi une tradition : pendant un ou deux mois, j’entretiens une relation exclusive avec une série. Cette année, dans un élan spontané et innocent, j’ai voulu revoir *juste le pilot* de 24. Un jour plus tard, j’enchainais compulsivement les derniers épisodes de la saison 1.

Premier constat : je suis épatée d’être encore à ce point sensible à l’efficacité de la série alors que…

1) je l’ai déjà vue !

2) je me souviens très bien des twists de la première saison !

3) elle est, soyons honnêtes, technologiquement et contextuellement datée…

Alors, pourquoi ça marche encore si bien 24 ?

Raison 1 : parce que son concept reste excellent et intemporel

S’il y en a encore qui n’ont aucune idée de quoi je parle, 24, avant d’être le récit d’agents fédéraux qui luttent contre des menaces terroristes, c’est surtout un concept. Une série écrite « en temps réel », dont une saison équivaut à une journée et un épisode à une heure. Imaginez à notre époque, alors que les services de streaming et les chaînes câblées font des saisons de 6-12 épisodes l’un des formats les plus vus, le tour de force que peut représenter une série à suspense efficace de 24 épisodes ! De 2001 !!!

Raison 2 : parce que sa première saison reste un modèle de construction

Le concept « en temps réel » impose nécessairement de s’appuyer sur une construction narrative hyper maîtrisée et pensée dans sa globalité en amont. La première saison est à ce titre une vraie prouesse d’écriture ! Constituée de deux arcs, avec intrigues et sous-intrigues interconnectées, ponctuée de twists réellement surprenants, dans une progression qui tient parfois à celle des plus grands récits conspirationnistes, bref, la recette est im-pla-ca-ble encore aujourd’hui. Bien entendu, l’énergie avec laquelle Kiefer Sutherland incarne Jack Bauer, dans cette sorte d’urgence permanence de l’action, y est également pour beaucoup.

Raison 3 : parce que Jack Bauer reste un grand personnage de série

Et oui, 24, c’est aussi Jack Bauer. LE héros de la série d’action, sans compromis et animé d’une seule motivation : empêcher la menace terroriste. À l’instar de grandes figures du cinéma d’action, Jack représente ainsi cette force vive et inarrêtable, telle qu’on le suit envers et contre tout. Soit un « type » de personnages plus rare de nos jours sur le petit écran.

Raison 4 : parce que c’est toujours intéressant de (re)voir une série 15 ans après sa diffusion

Je ne vais pas nier qu’il y a dans 24, et ce malgré toutes ses bonnes intentions, de quoi s’interroger sur sa manière d’intégrer la torture, entre autres, à son récit. Avec le recul, on prend ainsi de la distance vis-à-vis de ses compromissions avec la liberté journalistique, la transparence politique et les libertés citoyennes. De quoi repenser ces enjeux à l’aune de 2019 ! Sans compter que c’est aussi l’occasion de retracer l’impact des innovations technologiques : combien de situations dans la saison 1 auraient été différentes si les smartphones faisaient partie du quotidien ?

Bref, à l’ère de la peak tv (expression employée pour évoquer le “surnombre” de séries diffusées), j’espère vous avoir donné envie de donner sa chance à une « vieille » série, tout du moins à ses premières saisons ! Et bonne rentrée à vous ! 

THE WATCHER : L’éducation sentimentale ou Comment j’ai arrêté de m’en faire pour ma virilité et appris à aimer le féminisme via les séries de Jenji Kohan

Le calendrier des sorties Netflix a été mon principal directeur de temps de loisir pour la période estivale. Le hasard a fait qu’il m’a renvoyé mon histoire avec les femmes en pleine face. Netflix et relations sentimentales sont étroitement liés dans ma vie. Et le destin a voulu que ce soit à chaque fois avec des séries produites par Jenji Kohan, productrice spécialisée dans les séries féministes. 

J’ai découvert le site avec ma première amoureuse, une américaine snob branchée healthy food ne supportant pas les activités de geek qui voulait me faire découvrir la série Weeds dans une tentative désespérée de trouver un truc à partager en dehors du lit. Weeds raconte l’histoire d’une veuve et de ses deux fils et la mère devient dealeuse d’herbe pour gagner sa vie après le décès du père d’un infarctus impromptu. Sorte de Breaking Bad féminin humoristique, la série traite également des difficultés d’être une mère célibataire, de la société patriarcale et de ses travers (Nancy, le personnage principal incarné par la délicieuse Mary-Louise Parker, n’avait jamais prévu de devoir travailler pour subvenir au besoin de sa famille) et de la libération sexuelle (Nancy est une dévoreuse d’hommes). En 8 saisons et 102 épisodes d’une trentaine de minutes, la série démonte de nombreux a priori sur les femmes sans jamais être moraliste ni agressivement militante. Le ton dans ses moments sérieux reste léger et l’on passe un excellent moment sans s’en rendre compte. Notre relation dura le temps de binge-watcher tout ça mais ça valait le coup.

Mon premier plan cul, une hippie bipolaire, bisexuelle, bipède et bizarre était folle d’Orange is the New Black, la série phare de la plateforme avec House of Cards sur le séjour en prison d’une américaine de la classe aisée suite à une erreur de jeunesse. L’univers carcéral la forcera à rencontrer, sympathiser avec ou affronter des femmes de milieux et nationalités très divers, chacune ayant droit tout au long des 7 saisons et 91 épisodes à son histoire fouillée et une vraie évolution. Clairement orientée LGBTQI+, c’est incontestablement la réussite critique et publique la plus importante de Netflix. La série s’est achevée le 26 juillet dernier, au moment où j’ai découvert le livre dont elle est l’adaptation dans une brocante. J’ai passé plus de temps sur le livre que sur la fille et j’ai achevé les deux en une semaine. Mais OITNB reste l’une des rares séries que j’ai suivie avec attention, dévorant les saisons dans le week-end de leur sortie. 

La femme de ma vie, un mélange de perfection et d’excellence saupoudré de beauté avec des pépites de tendresse (tu peux me rendre le câble d’alimentation de la Playstation maintenant choupette ?), me suit dans pratiquement toutes mes activités et loisirs. Voulant lui faire découvrir le catch, j’ai eu la chance d’avoir la série Glow, débutée en 2017 pour lui faire appréhender l’univers chamarré du divertissement sportif. Gorgeous Lady Of Wrestling est le récit choral d’une actrice ratée, d’une ex-starlette de soap, d’un réalisateur de série Z d’horreur has-been et du fils héritier d’un empereur de l’alimentation qui vont monter une fédération féminine de catch dans les années 80 avec une bande de marginales. Plus joyeuse que Orange, la série en est la digne héritière dans sa structure (une ligne rouge pour les 12 épisodes entrecoupée de révélations sur le passée des personnages) profitant pleinement de l’excès et du too much des années Reagan et du catch pour dénoncer les injustices faites au femmes. On s’attache beaucoup à tout ce petit monde uni par les rêves brisés et le sentiment que ce n’est qu’ensemble qu’ils réussiront enfin à renverser la balance de la chance. Le duo Alison Brie, dont la voix n’est pas inconnue pour les fans de Bojack Horseman, et Marc Maron porte pour moi les meilleures séquences de ce show improbable qui DOIT avoir sa quatrième saison (la troisième sortie le 9 août se termine sur un cliffhanger insupportable).

Qu’un fanatique des films de Belmondo et Stallone comme moi ait comme séries préférées de ces 10 dernières années des séries qui parlent des problèmes des femmes, avec comme personnages masculins des bourreaux, des geôliers ou des loosers abusifs et des femmes en protagonistes doit vous donner une idée de la qualité d’écriture de ces productions. Alors jetez-vous dessus, parlez-en, tweetez-les, hashtaguez-les et faites-en sorte que ça continue.