The Lighthouse, un nouveau chef d’oeuvre

The Lighthouse réalisé par Robert Eggers – Avec Robert Pattinson et Willem Dafoe – Production : A24 & New Regency Pictures – Distribution : A 24 et Universal Pictures France

J’attendais ce film avec une appréhension particulière. Une appréhension tout d’abord parce que j’avais adoré The Witch, son précédent (et premier) long métrage, et qu’après avoir signé un tel chef d’oeuvre je me demandais s’il serait capable de renouveler l’exploit. Appréhension ensuite, car au vu de son format long (près de deux heures) et de sa palette d’acteurs réduits, je me demandais si le film n’allait pas virer très vite à la chiantise absolue.

Appréhensions vite neutralisées dès les premières minutes du film. Ce film est sublime et chaque plan respire la précision. Là où The Witch, déjà magnifique, visitait les forêts et travaillait les couleurs, The Ligthouse explore le territoire de la mer dans un magnifique noir et blanc contrasté, tourné en pellicule, excusez du peu. On ausculte dans ce film la relation tendue entre deux gardiens de phare, un ancien (Willem Dafoe) qui doit former un nouveau (Robert Pattinson) et qui vont devoir apprendre à cohabiter dans un environnement hostile pendant un mois avant la prochaine relève.  Allez, confidence pour confidence : The Ligthhouse m’a fait pleurer d’admiration devant tant de perfection visuelle. On est donc loin du film auteuriste chiant que je craignais !

Regardez ça comme c’est beau ! © Universal Pictures France

Ces appréhensions premières ont très vite été remplacées par une nouvelle crainte :  la tension viscérale du film. Si The Lighhouse n’est pas à proprement parler un film d’horreur, l’ambiance pesante, l’angoisse qui ne fait que gagner en ampleur et le noir et blanc contrasté qui intensifie chaque ombre, font que le film se rapproche d’un film d’épouvante. La corne de brume du phare, affreusement flippante, rythme tout le film de manière régulière et ne laisse jamais notre esprit au repos. Les sirènes au cri glaçant sont aussi très réussies, à la fois séduisantes et mortifères, telles que décrites dans les contes de marins. Mention spéciale au jeux terrifiants de Dafoe et Pattinson, qui sombrent petit à petit dans la folie et nous entraînent avec eux. Leurs expressions faciales amplifiées par des noirs et blancs déformant leur faciès leur donnent des mimiques absolument terrifiantes. On est pas loin d’un film d’horreur expressionniste allemand ici ! Les références aux grands noms sont d’ailleurs légion : on passe du Faust à un M le Maudit avec des clin d’œils qui feront plaisir aux plus cinéphiles d’entre vous. 

The Lighthouse ne manque en effet pas de niveaux de lecture, et nécessitera sans doute plusieurs visionnage pour trouver toutes les symboliques convoquées par Robert Eggers. Parmi les lectures évidentes, on retrouvera des références au mythe d’Icare, avec un Pattinson qui se brûle les ailes à la lumière d’un soleil – lanterne de phare, à Prométhée dont le foie est condamné à être mangé par des corbeaux-mouettes, des lectures mythologiques avec un Dafoe hybride, mi Poséidon mi Chronos, et l’indispensable présence des sirènes qui remplacent ici les sorcières de The Witch.

Mais le film possède aussi d’étranges sous entendus homosexuels entre Robert Pattinson et Willem Dafoe, ainsi que tout un rapport au caché, au mensonge et au non dit, qui nous fait nous demander si les personnages ne sombrent pas dans la folie à cause d’une homophobie ambiante et qu’à force de ne pouvoir exprimer qui ils sont réellement, ils se transforment en monstres.. Et je n’ai fait là qu’effleurer la surface de tout ce que le film a à dire, entre ses références visuelles, ses sous entendus, ses références textuelles (de nombreux poèmes viennent rythmer le film)… Quelle richesse et quelle complexité ! Il est bon de voir des films aborder autant de choses et ne pas se révéler entièrement au premier visionnage. J’irais d’ailleurs revoir The Lighthouse avec plaisir lors de sa sortie en salle, et espère être surprise par de nouveaux messages à décoder.

© Universal Pictures France

The Lighthouse est une incontestable réussite. Un film si beau et si profond, porté par des acteurs qui n’ont jamais été aussi bons, et qui réussit en 2019 à dire des choses nouvelles dans un quasi huis clos en noir et blanc, tout en renouvelant les codes du cinéma fantastique auquel il est rattaché, ça tient franchement de l’exploit. Et s’il y a bien un film qui mérite qu’on le qualifie de chef d’œuvre, c’est celui ci. 

Dolores

Climax, le nanar à la française


À chaque nouveau film de Gaspar Noé, le critique game français s’enflamme plus facilement qu’une polémique Twitter. Génie pour certains, gros fumiste pour d’autres, Gaspar Noé bouleverse, choque, bref, il suscite suffisamment d’intérêt pour créer une tornade sur son passage. Des scandales qui ne font que conforter son image d’artiste controversé et qui font consensus : qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Gaspar Noé compte. En parler en bien ou en mal, c’est le légitimer dans son statut d’auteur. 

Un statut qui pourrait être totalement remis en question avec Climax. Dans ce film fatigant, Gaspar Noé passe 2 heures à enfiler tous les poncifs de la misanthropie contemporaine sur fond de stroboscopes hallucinés. Climax nous plonge au cœur d’une troupe de danseurs qui, après une répétition, organise une petite sauterie agrémentée de drogues hallucinogènes qui font basculer la soirée dans le cauchemar. Sang, viol, meurtre, et matières fécales sont au rendez vous dans cette fresque qui se veut dissidente. Gaspar Noé essaie de créer une ambiance angoissante avec cette histoire de boisson maudite. Le scénario réduit à sa plus simple essence aurait pu devenir une expérience viscérale et angoissante du Huis Clos de Sartre version 2018 où l’angoisse corporelle vient rejoindre l’angoisse verbale. Et sans doute que ce grand message méta très claustrophobe était le dessein premier de Gaspar Noé. Mais voilà, le but est magistralement raté tant le film prête à rire plus qu’à se questionner. 


Il y a un soin incontestable dans Climax au niveau de l’image, des décors, des lumières. L’une des premières scènes est un plan-séquence de près de 30 minutes au milieu de danseurs en transe, une scène d’une rigueur technique irréprochable. Cependant, c’est justement en reconnaissant ces qualités que l’aspect nanardesque est d’autant plus présent. Autant d’efforts, de rigueur, de temps, d’énergie et d’argent insufflés dans un résultat aussi risible ? Les acteurs, tous non professionnels, miment plus qu’ils ne jouent. La douleur ? Ils tentent de l’imiter à grands renforts de miaulements plaintifs. L’inconscience ? On continue à les voir bouger, petit sourire aux lèvres en arrière-plan. Et même les fausses larmes n’arrivent pas à susciter une quelconque empathie tant les pleurs qui les accompagnent semblent tout droit sortis du pire soap opera possible. À leur décharge, les dialogues sont si mauvais qu’il serait difficile même pour des comédiens professionnels d’en tirer quelque chose de convenable. Le sérieux avec lequel ils jouent aux acteurs vient agrémenter le film d’une touche prétentieuse qui ne rend ses ratés qu’encore plus délicieux.


Gaspar Noé est connu pour son aspect “subversif”, son goût du choquant. Tel un Lars Von Trier sous coke, Gaspar Noé aime la surenchère. Quand il ne se gargarise pas du viol de Monica Bellucci dans Irréversible, il exploite le trope de la drogue jusqu’à plus soif dans Climax. Cette drogue semble révéler les travers des personnages, et reste une idée simple et efficace pour susciter le malaise. Mais l’angoisse est ici bien loin tant les mimiques exagérées des acteurs, les effets visuels éculés (fisheye, déformation d’image, couleurs flashy), le son déformé et la musique insupportables cochent tous les clichés nécessaires. Le film n’est pas choquant, il est grotesque. Ni dégoût, ni subversion ici. Juste une profonde lassitude. Allons Gaspar, le sexisme outrancier, la violence et le sang, cela fait belle lurette que ce n’est plus vendeur ! Aujourd’hui, voir une femme enceinte tabassée, assister à une scène de viol ou d’automutilation ne choquent plus personne. Au mieux ça fait rire, au pire ça lasse. Choisissez votre camp. 


Et si, finalement, tous ces dérapages, ce rire nerveux et incontrôlable qui surgit de cette immense farce n’étaient pas juste le reflet jouissif d’un artiste qui dit “merde” à tous ceux qui le cataloguent trop vite ? N’est-ce pas justement une manière pour Gaspar Noé de revendiquer son appartenance à la série Z, de remettre le mauvais goût sur le devant de la scène en déconstruisant son statut d’auteur pour emmerder ces critiques qui surintellectualisent ses films ? J’en veux pour preuve son intermède étrange au milieu du film, où le générique résolument pop arrive sur fond de musique kitschissime agrémentée de typographies de très mauvais goût. Dans ma grande naïveté, j’ose espérer que ce nanar est en fait un dérapage contrôlé, un grand doigt d’honneur adressé aux critiques qui le rangent déjà au rang des auteurs classiques. Et vous savez quoi ? Que ce dérapage soit volontaire ou non, que l’on tienne la grosse plantade d’un artiste surcoté ou la profession de foi d’un dissident qui clame sa liberté, le résultat est le même : j’ai passé un excellent moment devant Climax. Et se payer une bonne tranche de rire sincère au cinéma, c’est franchement déjà pas mal en terme d’expérience, non ? 

Dolores

Critique en duo – Matar a Dios

MATAR A DIOS

Dolores : Quel film surprenant, atypique et original que voilà ! Matar a Dios nous a beaucoup surprises dans ses exigences tant scénaristiques que graphiques. Tourné avec un budget dérisoire, le film est superbe, avec une introduction à la plastique lynchienne irréprochable. Pour des soucis d’économie, le film est un quasi huis clos (à l’exception de la scène d’introduction) où chaque détail est soigné, léché, pour offrir le meilleur résultat possible au niveau de l’ambiance avec les contraintes budgétaires imposées. Pari réussi ! Quand on sait que le tournage s’est déroulé en deux semaines, il y a de quoi être fortement impressionné !

Stella : J’ai été très étonnée d’apprendre qu’il s’agit du tout premier long métrage de Caye Casas comme d’Albert Pintó. Leur rigueur technique est bluffante, tant au niveau des mouvements de caméra que des décors ou de la direction d’acteurs. Chose rare pour un premier long, le film parvient à être original tout en restant cohérent : on a affaire à un mélange de film noir et de drame qui, pour moi, a très bien fonctionné à l’écran.


Dolores : Caye Casas nous a dit que le film faisait actuellement la tournée des festivals, et qu’il n’avait pas de distributeur en France. Ce qui signifie probablement aucune sortie en salle de prévue pour 2018… C’est bien dommage, et je sais pas ce que tu en penses, mais j’espère qu’une société de distribution le repérera quelque part autour du globe même pour une sortie DVD car c’est un film que j’aimerais posséder dans ma collection ! 

Stella : Tout à fait, il ne faut pas que les gens passent à côté de ce film ! Je pense que le côté satirique pourrait vraiment plaire, ainsi qu’une dimension assez inattendue qui se dévoile au cours du film et qu’on ne soupçonne pas dans la bande-annonce… Une de mes meilleures soirées de ce festival !

Dolores : La rencontre avec Caye Casas était d’ailleurs très agréable. Drôle et naturel, il donnait vraiment envie d’en savoir plus sur le film, et avait l’air d’attiser notre curiosité avec énormément d’anecdotes, de détails… C’est agréable de rencontrer l’auteur derrière une œuvre qui nous a plu, et de voir combien il a pensé lui-même tous les détails qui nous ont charmées. On dirait que rien n’a été laissé au hasard dans Matar a Dios, et cette sensation de maîtrise totale est vraiment agréable. Il était tellement à l’aise lors de la rencontre qu’on aurait presque dit que c’était lui qui était en demande de nous rencontrer, et qu’on lui rendait presque une faveur ! 

Stella : À un moment, il a même fait un petit sondage dans la salle pour connaître notre personnage préféré ! C’est rare, un tel échange à double sens entre le public et le réalisateur. S’il était assez évasif quand on lui posait des questions sur les dernières minutes du film, qui donnent à réfléchir, je pense qu’effectivement il avait sa propre réponse en tête. Simplement, il était très curieux de notre ressenti à nous, le public, et ne voulait pas nous “fermer des portes” en nous expliquant trop de choses…


Dolores : Au-delà de son esthétique irréprochable, Matar a Dios est aussi un film avec un déroulement très surprenant. Les espagnols sont excellents en général dans le mélange des genres, surtout dans le tragi-comique. Ce film ne fait pas exception, dans son humour absurde qui n’est pas sans rappeler les Frères Coen ou Terry Gilliam dont Caye Casas reconnaît d’ailleurs volontiers l’influence… On rit très franchement des blagues lourdingues de Carlos, ou de l’absurdité de la situation dans laquelle sont enfermés les quatre personnages. Et cinq minutes après, on a une scène d’une violence inouïe, ou d’une tristesse incroyable, qui reste elle aussi extrêmement bien réalisée ! Une jolie prouesse dans le ton d’écriture qui arrive très progressivement dans le film, il me semble que tu as d’ailleurs beaucoup aimé cet aspect du film… 

Stella : C’est vrai ! Je t’avoue qu’au début j’étais un peu sceptique quant à l’aspect burlesque du film. Les acteurs ont un jeu très théâtral auquel je suis peu habituée au cinéma. La mise en scène en elle-même fait très “parodie”, et peut paraître un peu lourde. Il y a d’abord cette maison, plus sinistre tu meurs… C’est une vieille demeure de campagne mal éclairée, avec des animaux empaillés dans tous les coins et des peluches dignes de Chucky. Le personnage de Dieu, qui est censé être un être impitoyable, est aussi un alcoolique en jogging assez ridicule (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Benoît Poelvoorde dans Le Tout Nouveau Testament…). Mais cette lourdeur se transforme vite en hilarité, au fur et à mesure que la parodie s’assume, et je me suis vraiment prise au jeu. Et puis, comme tu l’as dit, le film développe en parallèle des questionnements plus sérieux, et on sort petit à petit du burlesque pour aller vers une dimension beaucoup plus émotionnelle, à laquelle je ne m’attendais pas, et qui tient grandement à la finesse d’écriture des personnages, qui ont plus en eux que ce que l’on s’imagine. Le film évoque avec justesse des sujets tels que la religion, les relations conjugales, le suicide…

Dolores : Pour finir sur une note un peu plus joyeuse, j’aimerais souligner un dernier aspect réussi dans le film : le jeu d’acteur. Chaque personnage du film est en effet très touchant car profondément humain dans ses bassesses, ses faiblesses et aussi ses moments de grâce. Cette réussite ne serait pas possible sans l’interprétation excellente de chaque acteur. Eduardo Antuña incarne Carlos, un gros beauf macho profondément gentil, amoureux et tendre dans le fond. David Pareja incarne le rôle d’un jeune homme profondément dépressif mais aussi lucide, intelligent et calme. Boris Ruiz, dans le rôle du grand-père malade est touchant et sympathique mais se révèle profondément égoïste dans ses choix. Même Ana, incarnée par Itziar Castro, que l’on pourrait croire parfaite, est en fait infidèle et lâche… Caye Casas nous a révélé être un grand fan de ces acteurs, qui sont souvent relégués dans des seconds rôles en Espagne. Il voulait ici leur donner l’occasion de prouver ce dont ils étaient capables, et ils ont été à la hauteur de l’exercice !


Dans un autre registre aussi, quel plaisir de voir enfin une femme ronde à l’écran qui n’est jamais réduite à son physique ou moquée à cause de son surpoids. Vu que le film est une comédie, on aurait pourtant pu s’y attendre. L’actrice elle-même a été surprise car en 20 ans de carrière jamais elle ne s’est vue proposer un rôle où son physique n’était pas évoqué. Un aspect que Caye Casas  a expliqué très simplement à Toulouse : “ les gens gros existent dans la vie, il en faut sur les écrans, et Itziar Castro est une actrice excellente qui mérite une meilleure visibilité.” Le simple fait que l’on pose une question sur ce personnage prouve qu’il y a, selon lui, un gros problème de diversité et de représentation au cinéma… Si les créateurs eux-mêmes s’en rendent compte, on ne peut que dire Amen ! 

Stella : Une raison de plus pour souhaiter à ce film toute la reconnaissance qu’il mérite. 

Une discussion entre Dolores et Stella 

Carnet de bord du TGS 2017

Samedi 2 décembre – Jour 1

Arrivée et cérémonie d’inauguration

Arrivées à 10h pétantes, c’est avec grand plaisir que nous empruntons le chemin réservé à la presse face à toute cette foule magnifiquement déguisée qui attend dans le froid de ce samedi 02 décembre. Un petit café à l’espace presse et c’est parti pour la cérémonie d’inauguration à 10h30 ! Ici sont présentés tous les invités de cette édition du Toulouse Game Show : des comédiens et doubleurs français, notamment Bô Gaultier de Kermoal (interprète du garde du corps d’Attila dans Kaamelott et en parodie de Bruce Lee dans La Tour Montparnasse Infernale, 2001), Guillaume Briat (le Roi Burgonde dans Kaamelott), Patrick Borg (doublage français de l’acteur David Boreanaz qui interprète Angel dans la série Buffy contre les vampires), Patrick Poivey (connu pour son doublage français de Bruce Willis), des acteurs d’envergure internationale que sont, entre autres, James Marsters (Spike dans Buffy contre les vampires), Adam Brown (Ori dans la trilogie Le Hobbit), Peter Weller (acteur qui campe Robocop dans les versions de 1987 et 1990 et a joué dans plusieurs films de la saga Star Trek) et bien sûr Frankie Muniz que l’on connaît de la série Malcolm in the middle, et bien d’autres invités venus du monde de YouTube, des web-séries et des jeux vidéo.

Cette cérémonie commencera malheureusement avec vingt minutes de retard, présageant un manque de temps à récupérer sur la journée qui a fort heureusement réussi à être compensé. La cérémonie était sympathique, mais peu exceptionnelle : les invités sont venus présenter leurs stands respectifs et leurs conférences, puis sont repartis sous les vivats de la foule. Une séance type “défilé de mode” en somme qui manquait un peu d’âme et nous a laissé sur notre faim. À la suite de cette cérémonie forte en applaudissements, nous avons déambulé dans les allées du TGS… hautes en couleur ! Que de cosplays, de paillettes, de stands et de régal pour les yeux… Armées de nos appareils photos, nous avons commencé notre digne travail de photographes, mais aussi de groupies comme le prouvent ces petites photographies glanées au passage… Allier travail et plaisir, il n’y a rien de mieux ! 

Premières rencontres en chair et en os

Un peu déçues de ne pas pouvoir rencontrer Simon Astier, nous étions ravies de croiser Bô Gaultier de Kermoal, également acteur dans la génialissime série Kaamelott. Il se baladait tranquillement parmi la foule, s’arrêtait aux stands et c’est avec plaisir qu’il a accepté de faire une petite photo ! Nous avions un peu l’espoir que James Marsters en fasse de même dans le week-end mais il semblerait qu’il n’ait pas pu se mêler à la foule. Quel dommage !

Petit arrêt sur le stand d’Omake Books, aka la meilleure maison d’édition DU MONDE ENTIER ! Grandes adeptes de la plume de Florent Gorges depuis des années, nous étions heureuses de pouvoir échanger quelques mots avec le fondateur historique de cette maison d’édition. Leur fond de commerce : le jeu vidéo, et rétro s’il vous plaît ! Omake Books est aussi la maison d’édition connue pour ses compilations DVD du Joueur du Grenier, et Florent Gorges est le créateur de l’excellente série “ Les Oubliés de la Playhistoire”, qui présente de manière ludique et simplifiée de grands noms oubliés du jeu vidéo. Une fois la collection complète sous les bras, nous voilà reparties à l’assaut des stands du TGS, direction… Poudlard ! 

Entrée dans l’univers super-réaliste des cosplays et de la reproduction des décors

L’univers de Harry Potter était bien représenté, notamment à travers un premier stand dont les animateurs en cosplay étaient superbement déguisés, (pas besoin d’être la vraie Bellatrix Lestrange pour filer la chair de poule !) jusqu’au stand customisé en passant par la simulation du cadre de la prison d’Azkaban (dont Dolores est apparemment une prisonnière !),  tout y passe ! Quel plaisir de passer autour des baguettes iconiques, de pouvoir admirer le diadème de Rowena Serdaigle ou encore piocher les potions colorées aux noms évocateurs. Chapeau bas pour le fameux mur où se trouvent les règles absurdes de Dolores Ombrage !

À quelques pas de ce stand, nous admirons avec plaisir les voitures de séries et films célèbres. Une queue incroyable pour rentrer dans la Delorean et la Ford Anglia, moins de succès du côté de la voiture de Supernatural (mais superbe mise en scène avec le titre “Carry on my wayward son” de Kansas). À l’image de sa série, en quelque sorte (sérieusement, qui regarde encore Supernatural ? Si tu en fais partie, NOUS TE JUGEONS TRÈS FORT !). Les détails sur les différentes voitures sont vraiment impressionnants dans leur réalisme. Tout y est pensé dans le moindre détail, et le temps d’une séance photo on se croirait vraiment parties au volant de la voiture mythique. Certains, comme Marcus, ont d’ailleurs eu la chance de pouvoir faire un petit tour réel avec la Delorean ! Il était tout aussi sympathique de voir que le souci du détail jusqu’à adopter les tenues mythiques des films y était : blouson rouge et jean pour Retour vers le Futur, robes de sorciers et même un Hagrid plus vrai que nature pour Harry Potter ! Et enfin, le panneau de signalisation “Speed Limit : 88mph” de Retour vers le Futur, super détail qui fait toute la force de la mise en scène.

Comment ne pas mentionner les nombreux cosplayers de l’univers Star Wars ? Dark Vador était en force, accompagné d’un grand nombre de stormtroopers et beaucoup de Sith étaient de la partie. Quelques Leïa, Luke et Rey apparaissaient de temps en temps mais le côté obscur avait clairement le pouvoir ce week-end ! De quoi rappeler à tout le monde que le prochain volet était tout proche et que la guerre entre le côté obscur et la lumière continue ! 

C’est l’heure de déjeuner

Toutes ces aventures, ça creuse ! Direction l’espace presse pour un petit repas sur le pouce. À ce propos, nous devons parler de la répartition des stands de nourriture : il y en avait bien trop peu pour le nombre de personnes présentes et ils étaient assez mal répartis dans les différents halls. Résultat : des queues interminables qui bouchaient l’accès d’allées entières, ainsi que pratiquement aucun espace pour s’asseoir et manger tranquillement. Les sorties de secours et voies d’accès étaient pleines de personnes qui, faute de mieux, s’asseyaient par terre et gênaient les voies pour les personnes handicapées, ce qui pouvait causer des soucis de sécurité. De notre côté, nous avons eu la chance de pouvoir manger dans un coin au calme prévu pour la presse. D’autant plus qu’en ce 2 décembre, il faisait froid, très, très froid et malgré la foule présente, le chauffage n’a pas suffi à réchauffer l’atmosphère… En revanche, bien que nous n’ayons pas pu tester ces stands de nourriture, il y avait plein de choses différentes à goûter en allant du hot-dog au ramen ! 

Conférences et interviews

Mais trêve de bavardages, nous voilà reparties pour notre première conférence du festival intitulée “Paranormal: Histoires secrètes des maisons hantées Toulousaines” en compagnie de Yves Lignon, grand nom des recherches parapsychologiques et paranormales. Et oui, des études scientifiques sur ces sujets-là, ça existe ! Mathématicien de formation, Yves Lignon, s’est intéressé pendant de nombreuses années aux phénomènes paranormaux. À l’occasion du TGS, il nous a présenté quelques histoires de maisons hantées à Toulouse-même. Il commence par des petites histoires étranges et finit par évidemment débouter les théories des charlatans. Il a su nous garder en haleine pendant une heure, nous faire marrer et attiser notre curiosité lorsqu’il disait “bon par contre je ne peux pas vous dire où se trouve cette maison !”. Ce bonhomme, vraiment attendrissant, nous a donné envie de lire ses livres !

Nous avons d’ailleurs, durant cette conférence, fait la rencontre des sympathiques membres de l’association Star Wars Universe. Cette association passionnée a un site dédié uniquement à … Star Wars, merci à ceux qui suivent. Des dernières sorties jusqu’aux goodies et théories de fans en passant par des critiques et analyses poussées de scènes précises, rien n’est laissé au hasard pour la fanbase de la saga. Nous vous conseillons d’y jeter un oeil, et leur passons le bonjour ! 😉

Direction la conférence “Rencontre avec les acteurs Frankie Muniz, Peter Weller et James Marsters” pour Fox : 

Grande fan de Buffy contre les vampires et surtout de James Marsters (il est la raison pour laquelle j’ai tout revu d’un trait) qui interprète Spike dans la série, personnage génial qui évolue d’une superbe façon tout au long des épisodes, j’étais ravie de pouvoir le voir de mes propres yeux. La conférence consistait tout simplement en un jeu de questions / réponses entre le public et les invités, avec l’aide d’un traducteur très à l’aise sur scène ! La salle était remplie, le public enjoué et les acteurs très sympathiques. Frankie Muniz (Malcolm) avait l’air d’une incroyable gentillesse. Peter Weller (Robocop) est excellent : il joue la provocation, il a l’air d’un gros dur qui taquine beaucoup et avec une sacrée personnalité ! Et James Marsters, ah, James (vu qu’on était à moins de dix mètres l’un de l’autre, je me dis que je peux l’appeler par son prénom maintenant), il adore ses fans et ça se voit ! Durant ses interventions, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’il y avait probablement beaucoup de sa propre personne dans le personnage de Spike et surtout dans son évolution au cours des dernières saisons. Ils étaient tous les trois vraiment marrants et avaient l’air contents d’être au TGS ! Ils ont chacun leur tour fait part d’anecdotes comiques concernant Malcolm, Buffy et Robocop, sont revenus sur d’anciennes productions et ont parlé de nouveaux projets. La conférence durait une heure et s’est passée beaucoup trop vite. Même James Marsters a été surpris de voir qu’il était déjà l’heure de se quitter. Trois grands acteurs pendant une heure, c’est clair que c’est loin d’être suffisant pour répondre à toutes les questions de l’immense public présent ! Petit clin d’oeil à l’équipe de OnRembobine que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de cette conférence. 

Pendant que Fox faisait les yeux doux à James Marsters – mais peut-on la blâmer pour ça ? – Dolores se dirigeait avec frénésie vers sa première interview de la journée : 

Olivier Derivière, aka le compositeur des géniales BO de Obscure, Alone in the Dark, Assassin’s Creed IV : Black Flag, Remember Me, ou encore Get Eve, rien que ça ! Une interview réalisée avec beaucoup de précipitation et peu de temps : bien qu’arrivée en avance, mon temps d’interview a été amputé et les conditions dans lesquelles nous l’avons réalisée n’étaient pas formidables : lumière vraiment cradingue pour les photos, son horrible… Heureusement que nous sommes un magazine papier et non vidéo, sinon je ne sais pas comment nous aurions pu sauver le naufrage ! Mais Olivier Derivière était un invité charmant et à l’aise lors des questions, qui n’a pas hésité à rentrer en profondeur dans les sujets abordés. Et nous sommes tout de même ravis pour un petit magazine comme le nôtre d’avoir affaire à des invités aussi prestigieux !  

En attendant Fox, j’ai jeté un coup d’oeil au championnat de France de flippers. J’étais étonnée de voir combien les tables attirent encore énormément de monde (et de tous les âges) ! Le jeu de flipper a beaucoup évolué avec son temps et constitue une catégorie de jeux à part entière. Des tables qui racontent des histoires aux missions variées, une incrustation de petites cinématiques dans un écran, des tables inspirées de licenses récentes… Tout est fait pour renouveler efficacement le genre. Et ça marche : le stand était bondé et attirant. Ces tables sont magnifiques et chacune d’entre elles constitue presque une oeuvre d’art qu’on hésite à toucher tant tout semble délicat. Pourtant, elles résistent sans encombre aux assauts des joueurs. Certaines des tables présentées au stand avaient plus de trente ans !

Mais pas l’temps d’niaiser, comme diraient nos amis d’outre-Atlantique : direction la seconde interview de la journée avec l’immense (en notoriété, bien sûr) Davy Mourier, qui a eu la gentillesse d’accepter de répondre à nos questions ! Davy nous a parlé avec passion de sa nouvelle série animée, La Petite Mort, mais a aussi fait un retour sur son amitié avec Brigitte Lecordier, sa carrière d’acteur et ses envies pour le futur… Parler avec Davy c’est presque comme parler à un ami de longue date tant il est naturel, à l’aise et sympathique. Pas surprenant que ce roi de la culture-démerde artistique ait conquis tout Internet avec sa sympathie et son talent légendaires…  Interview à retrouver dans son intégralité ici

Pieds en compote et manteaux bien fermés : la fin de la journée approche

La fin de la journée commence à se pointer et la fatigue se fait ressentir. C’est donc armées de délicieux churros au Nutella que nous continuons à déambuler dans les allées.

Au détour de notre errance, nous entendons une chorale enthousiaste s’élever d’un stand… Mais… Serait-ce le générique de Code Lyoko ? Eh bien oui, car sur le stand de Coucoucircus, un karaoké libre de génériques de dessins animés était proposé toute la journée. Le site est mythique pour tous les fans de dessins animés et propose les génériques de toutes les séries possibles et imaginables, ainsi que leurs équivalents en anglais, allemand.. Ou tchèque et hébreu ! Présent chaque année au TGS, Coucoucircus n’a pas dérogé à la règle de sa convivialité, sa bonne humeur et son partage de ces musiques mythiques qui ont fait notre enfance. Et nous n’avons pas résisté à donner un peu de la voix aussi (n’insistez pas, aucune vidéo de ce carnage musical n’a été faite). 

Nous nous sommes arrêtées deux petites minutes au stand d’Imagin’ères, boutique de produits dérivés de tout type d’univers très fréquentée tant au TGS qu’à Toulouse même ! Achat de deux figurines Funko Pop (Rogue et Saroumane, yeaaaah!) et on repart ! Non loin de là se tenait le stand des Voxmakers, célèbre collectif de Youtubers qui parle jeux vidéo, séries et cinéma. Nous avons donc pris le temps d’échanger quelques mots avec eux et de récolter leurs impressions sur les derniers films du moment, avant de reprendre notre route.

Enfin, nous avons pris le temps de regarder un dernier stand qui semblait de bon augure au vu du froid ambiant : un stand Game of Thrones avec le célèbre Trône de Fer reconstitué par des passionnés (en présence d’un White Walker tellement bien fait que croiser son regard donnait des frissons dans le dos) et où, contre quelques euros, nous pouvions l’espace d’un instant être à la tête de Westeros… Indispensable pour les fans ! 

Mais Winter is coming, and Fatigue is too ! C’est donc éreintées mais heureuses que nous finissons cette première journée du TGS. Notre journée du lendemain s’annonce chargée, aussi ne nous attardons pas plus ! 

Dimanche 3 décembre – Jour 2

Interview et balade dans les stands

Levées à 8h30 tapantes, un record pour un dimanche matin, Dolores se dirige, bougonnante et frigorifiée, vers l’espace presse du TGS. Une perspective réjouissante l’attendait cependant au bout du périple : une interview du merveilleux, sensationnel (romantique petit oasis, si tu as la référence cher lecteur tu es un bon !) Marcus, une des grandes références françaises  du jeu vidéo ! En attendant que l’espace se libère, j’ai encore pris le temps de papoter avec l’équipe de Onrembobine.fr, anxieux à l’idée d’interviewer le célèbre Frankie Muniz, alias Malcolm pour les intimes… Quelques cafés et BN avalés ensemble, et nous voilà lancés !

Marcus s’est révélé être une personne charmante, à l’écoute et très modeste pour quelqu’un de son envergure. Sa première question lorsque j’arrive : “Bon, pendant que tu t’installes, parle-moi un peu de votre asso ! Vous vous appelez l’Écran, c’est bien ça ?“. C’est touchant de voir qu’une personne aussi célèbre prenne le temps de s’intéresser réellement à qui il a en face de lui avant de démarrer l’interview. Interview qui s’est déroulée avec beaucoup de naturel : blagueur, Marcus possède une bonne humeur communicative et nous espérons pouvoir le rencontrer à nouveau lors de ses prochains passages sur Toulouse tant il reste de choses à dire sur lui ! 

Il me reste un peu de temps avant d’enchaîner sur ma prochaine conférence, alors je me balade un peu dans les allées. J’en profite pour glaner quelques photos de cosplayers par-ci, quelques cartes de visite par-là … Quand soudain, le Saint Graal. 

Grande fan d’Anubis que je suis, je n’ai pas pu résister à l’essayage de ce casque réalisé par Fantastic’Arts Creations. Ils sont spécialisés dans la reproduction d’objets dérivés de jeux vidéo, dans les armes customisées, les casques et autres joyeusetés en latex. Leur stand était un régal pour les yeux… Et le porte-monnaie : leurs objets sont relativement peu chers par rapport à ce qui se fait sur le marché, et non moins qualitatifs pour autant ! Les artistes de cet atelier basé à Mazamet travaillent pour les particuliers, surtout les cosplayers, mais aussi pour le cinéma, les associations ou même les mairies lors de reproductions d’événements historiques, par exemple. Des créateurs que nous serions ravis de revoir, et qui sait, peut-être d’interviewer un jour dans ces pages… 

C’est aussi dans ces allées que j’ai pu retrouver le stand de Vert Potam, une association sympathique que je suis depuis des années ! Ils éditent un fanzine d’illustrations et de BD vendu à petit prix et promeuvent la diffusion des oeuvres des dessinateurs indépendants de la région. Leurs BD sont toujours très drôles et d’une grande qualité. Toujours aussi passionnés après les années, l’association cherche à recruter de nouveaux.elles dessinateur.trices, donc avis aux amateurs ! 

En ce dimanche matin, il y a beaucoup moins de monde qu’hier. Les stands sont plus accessibles et les allées beaucoup plus dégagées. J’en profite pour faire un tour au Festival Français de la Websérie, où toutes les futures webséries de demain venaient présenter des épisodes exclusifs, tenir des rencontres entre artistes et publics, ainsi qu’animer des conférences pour le grand public. C’est dans cet espace dédié à la websérie que j’ai découvert SaturdayMan, une série dont Marcus m’a beaucoup parlé lors de son interview (il y incarne un des personnages). Le principe est simple : lorsque ta soirée du samedi soir part en live, la SaturdayTeam est là ! SaturdayMan ainsi que Force Sex, Force Drunk, Force Joke ou encore Force Dance livrent un combat acharné à leur pire ennemi : le Grand Sommeil, qui projette de faire dormir le monde entier à 22 h… Vous l’aurez compris, c’est déjanté, barré, très drôle, mais surtout extrêmement bien réalisé. La qualité d’image, très “eighties” dans son approche, ne fait pas du tout amateur. Pour leur lancement ils se sont entourés d’invités prestigieux : Marcus, le JDG, l’actrice Audrey Lamy… Un casting de choix qui ne s’est pas trompé sur LA nouvelle série à suivre. Et qui pourrait bien, à vous aussi, vous sauver vos samedis soir… 

Un petit détour à l’Indie Game Zone pour découvrir une session live test de Paralights, un jeu de plateforme en voxel qui promet d’être appétissant. Les premiers niveaux sont jouables et nous mettent dans la peau d’un aventurier envoyé pour reconstituer le Dieu Prisme dans diverses époques temporelles. Nous avons pu apercevoir le futur et les ruines d’anciennes civilisations, et les développeurs promettent un jeu à twist retentissant … Au niveau du gameplay, le jeu est un mix entre un jeu de plate-forme assez classique et un jeu de réflexion, avec différentes énigmes et puzzles à résoudre. Un éditeur de niveau viendra enfin compléter l’offre et promet des customisations de l’enfer. Les premiers niveaux présentés avaient déjà l’air de proposer un challenge corsé, et à l’heure de la casualisation totale des jeux vidéo, il est bon de voir des éditeurs qui n’ont pas froid aux yeux en ce qui concerne la difficulté de leur jeux !

À 11 h 15, direction l’espace Agora du Hall 4 pour une conférence passionnante sur les comics LGBT. Cette conférence présentait un historique complet des personnages LGBT dans les comics, une petite liste non exhaustive des comics qui ont apporté un souffle nouveau dans le genre ainsi qu’une séance de questions / réponses avec le public. Restons dans le comics si vous le voulez bien, puisque j’ai profité de la pause repas pour aller admirer l’exposition sur les comics francophones en Hall 4. Très complète et intéressante, l’exposition proposait une reproduction couleur de qualité de couvertures de comics réalisés par des français, mais aussi des comics made in France. L’espace prévu pour l’exposition était légèrement insonorisé, plus calme et une personne veillait à ce qu’il n’y ait pas trop de personnes à la fois, nous permettant de mieux profiter des oeuvres présentées. Dommage que certains reflets intempestifs viennent parfois gâcher certains tableaux. Les panneaux explicatifs, détaillés mais très clairs, étaient un vrai “plus” pour cette exposition qui n’aurait pas eu à rougir dans un musée plus classique. C’était intéressant, pertinent, et j’espère avoir l’occasion un jour d’en voir une “version longue” totalement exhaustive !

À 13h15, j’ai retrouvé Olivier Derivière en compagnie de Christophe Heral, un autre compositeur célèbre de musique de jeux vidéo, pour une conférence “La musique dans le jeu vidéo”. Si j’avais déjà abordé certaines choses avec Olivier Derivière la veille, la conférence n’en restait pas moins passionnante et rentrait vraiment dans les détails techniques de la composition du jeu vidéo. Au point que certains passages étaient un peu ardus à suivre pour les néophytes que nous sommes ! Très détendus, les deux invités partageaient la même vision de leur métier et il était intéressant de les entendre comparer la relation entre musique et jeux vidéo il y a dix ans et ce qu’elle est devenue maintenant. 

Déjeuner et coupe de France de Cosplay

Après avoir pris quelques minutes pour déjeuner dans l’espace presse, comparer nos photos et avoir vu passer Adam Brown, Frankie Muniz, Jerome St John Blake et Peter Weller de près, direction la Coupe de France de Cosplay, une première pour nous : nous n’en connaissions que la passion des gens pour le déguisement. Nous étions loin de nous douter qu’il y avait en fait toute une mise en scène à réaliser en face d’une foule de fans !

Nous avons pu nous glisser derrière la scène et voir de près certains cosplays dont les déguisements étaient impressionnants et très minutieusement confectionnés (c’est fini, on ne ressort plus nos déguisements d’Halloween maintenant…). Malheureusement, nous n’avons pas pu être placées intelligemment près de la scène pour faire de belles photos… On a donc fait force d’épaules et de genoux pliés pour s’en sortir comme on pouvait ! L’enchaînement des performances était parfait et s’est très bien déroulé. Bien que je n’ai reconnu aucun des personnages interprétés par les cosplayers (trop d’inspiration jeux vidéo pour moi qui n’y connais rien !), c’était un moment très chouette et que j’ai adoré découvrir. Je ne m’attendais pas à un tel dévouement de la part des participants et du public !

Après quelques temps entourées de personnages de toute forme et tout univers, retour au milieu des stands à la recherche de déguisements à photographier! 

À la rencontre du public et des participants

Premier arrêt au stand de la maison d’édition Etherval dont l’équipe était d’une gentillesse incroyable ! Etherval, c’est une revue de nouvelles de science-fiction, horreur, fantasy et fantastique. Leurs points forts: la multiplicité de leurs supports, leurs concours d’écriture ouverts à tous mais, surtout, leur combat militant pour le papier, l’auteur par dessus tout et l’absence d’encarts publicitaires en guise de revenus. Plein de bons conseils et très à l’écoute, nous avons quitté leur stand avec une multitude d’informations en tête pour une édition et une mise en page les meilleurs possibles ! Une maison d’édition à suivre pour les amateurs d’écriture qui veulent montrer au monde leurs talents !

On continue de se balader dans les stands et on y croise Harley Quinn et le Joker, Luna Lovegood et Hermione Granger, Rick Sanchez (de Rick et Morty, le seul de tout le festival, merci de ta présence !!!), Fiona, ou encore le clown Pennywise (deux fois, et tout aussi flippants l’un que l’autre !). Vous pouvez d’ailleurs retrouver l’intégralité de nos photographies sur notre page facebook ( lien de la page ) 

Un dernier mot pour la fin : nous étions très heureuses de pouvoir participer au TGS ! L’ambiance y était chaleureuse (malgré le froid) et vraiment bon enfant. C’est avec plaisir que notre équipe y retournera, mieux vêtue ! 

Propos recueillis lors des conférences de la TGS 2017 !

Rencontre avec les acteurs Peter Weller, Frankie Muniz et James Marsters, le samedi 2 décembre à 15h15. 

Cette conférence consistait en un jeu de questions/réponses entre le public et les invités. En voici les propos recueillis que l’on peut utiliser sous forme de “le saviez-vous?”

Frankie Muniz 

  • Il adorerait qu’une réunion Malcolm se fasse mais pour l’instant il n’y a eu que des discussions informelles entre les membres de la série.
  • L’acteur confirme qu’il n’a que très peu de souvenirs de ses années Malcolm suite à de nombreux problèmes de santé mais se rappelle du tournage de la scène finale comme très émouvant : « c’était très triste de se rendre compte que c’était la fin mais nous étions aussi très fiers et heureux de ce que nous avions accompli ». https://www.youtube.com/watch?v=u0Pvak-Vu9o (vidéo en VO, Malcolm président)
  • L’acteur n’a regardé la série, pour la première fois, que cet été.
  • Concernant ses projets à venir, il va jouer dans le thriller psychologique The Black String, réalisé par Brian Hanson et co-écrit pas Richard Handley, où il campera un personnage qu’il dit avoir adoré jouer : http://variety.com/2016/film/news/frankie-muniz-drama-black-string-1201902551/ (article en anglais).
  • Malgré son amnésie partielle, Frankie Muniz se rappelle clairement de sa rencontre avec Bryan Cranston, le jour du tournage de l’épisode pilote. Cranston était totalement nu et en train de se faire raser le dos quand il lui a dit « Salut ! Je suis ton père ! » https://www.youtube.com/watch?v=VD228Ly37GA (vidéo en VO moments les plus drôles avec scène d’ouverture)

Peter Weller 

  • L’acteur parle français ! Il a mené la conférence en alternant anglais et français ! https://www.youtube.com/watch?v=5uxLRxZ_tMI (vidéo 8 celebrities who speak French) 
  • Lorsqu’il lui a été demandé avec quel réalisateur il a préféré travailler, Peter Weller a expliqué que la préparation d’un rôle et d’un film reste la même mais que l’énergie d’un réalisateur varie. Il parle de Verhoeven « [dont] l’énergie vient de Mars, c’est quelqu’un qui crie et qui parle très fort » qu’il compare à Cronenberg « qui est calme, réservé et au côté précieux ». Le rôle de réalisateur lui plaît plus que celui d’acteur, comme c’est le cas pour la plupart des acteurs qui ont pu passer de l’autre côté de la caméra. 
  • Lorsqu’un membre de l’audience lui demande de faire la danse du robot, en référence à son rôle de Robocop, Peter Weller répond qu’il peut tout jouer en tant que robot mais ne le fait que contre une grosse somme d’argent, créant l’hilarité dans le public.  https://www.youtube.com/watch?v=LWlCtS8q9PQ (extrait du film Robocop, 1987)

James Marsters 

  • L’acteur explique qu’à tourner 8 à 12 heures par jour pendant plusieurs années, les acteurs finissent par oublier certains passages de leur passé dans une série. Il raconte que les acteurs de Buffy contre les vampires avaient pour jeu d’essayer de se rappeler ce qu’ils avaient tourné le matin même.  
  • Dans la saison 3 de Buffy, Spike est dans sa voiture et est réveillé par le soleil qui brûle sa peau. James Marsters tenait à faire la scène lui-même, sans doublure, contre les indications de son équipe. Le feu que l’on voit dans les films et séries est tout à fait réel et les cascadeurs et doublures ont quatre secondes maximum pour l’éteindre. À l’époque, il s’agissait de sa dernière scène et il n’était pas encore prévu qu’il reprenne son rôle par la suite. Il a donc insisté pour faire la scène mais a gardé le feu sur le bras pendant 8 secondes et était tellement embarrassé qu’il a caché son bras couvert de cloques et s’est rendu lui-même à l’hôpital.  
  • L’acteur a présenté ses plus plates excuses au public pour son rôle dans le film très détesté Dragonball : Evolution. Il explique qu’un budget quatre fois plus gros avait été annoncé et qu’il était trop tard pour sortir de son contrat lorsqu’il a appris les réelles conditions de tournage. Il en est encore plus désolé qu’il considère Dragonball comme un très bon modèle de masculinité, notamment à travers le personnage très humble de Goku. https://www.youtube.com/watch?v=4jn6ZVO_Tg0 (bande-annonce Dragonball : Evolution)
  • La scène de Buffy qui lui a le plus plu était celle où il récupère son âme alors qu’il brûle sur une croix. Scène qu’il considère très importante. D’ailleurs, alors qu’il était persuadé d’avoir très bien mené sa performance, Joss Whedon, très loin de cet avis, a choisi de la tourner une nouvelle fois.  https://www.youtube.com/watch?v=gE86XBVj110 (scène de l’église, saison 7)
  • L’acteur continue de nous montrer l’envers du décor et parle d’une scène entre Buffy et Spike, dans la saison 6 : la scène commence par une bagarre et Spike s’accroche à un chandelier accroché au plafond pour donner un coup à Buffy. Une nouvelle fois, James Marsters a voulu faire la cascade lui-même, mais après s’être brûlé le bras en voulant lui-même prendre feu pour une scène de la saison 3, c’est bien sûr un cascadeur qui a réalisé la cascade. Malheureusement, le chandelier s’est détaché du plafond et est tombé sur le visage du cascadeur qui, après quelques temps à l’hôpital, a récupéré et retrouvé toute sa forme. Tout ça pour dire que James Marsters a fini par arrêter de vouloir faire les cascades lui-même ! https://www.youtube.com/watch?v=sjruixPe0f8 (scène du chandelier)

LES MAISONS HANTÉES TOULOUSAINES

  • Apparitions dans les télés, fantômes qui parlent au téléphone, ombres mouvantes et inquiétantes… Tout ça vous effraie ? Et il y a de quoi ! Tout cet imaginaire autour des fantômes et de la possession est directement hérité du cinéma, qui a beaucoup marqué notre vision de la chose. Pourtant, rassurez-vous : selon Yves Lignon, spécialiste scientifique du paranormal, tout ça est totalement faux ! 
  • Faux au point que Steven Spielberg, durant le tournage de son filmPoltergeist, aurait demandé à avoir de vrais dossiers sur les apparitions de fantômes recensées par des instances scientifiques. Il aurait trouvé les phénomènes décrits si ennuyeux qu’il aurait décidé de tout inventer pour les rendre plus impressionnants pour le cinéma ! 
  • Car oui, le paranormal est un phénomène scientifique reconnu, mais il est souvent bien plat dans la réalité : les seuls cas concrets et légitimes recensés par Yves Lignon durant sa carrière furent des déplacements d’objets… Rien de bien impressionnant donc ! Nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, et nous remettre un petit Paranormal Activity avant d’aller nous coucher.. 

LES COMICS LGBT : SOMEWHERE OVER THE RAINBOW 

  • Mais saviez-vous que Batman choquait aussi ? Eh oui, dans la prime jeunesse de notre héros chauve-souris, il s’avère qu’il partageait la couche de Robin… En tout bien tout honneur selon les créateurs de la série, mais cela a suffit à faire interdire plusieurs comics de Batman ! Ces scandales seront à l’origine de la publication du livreSeduction of the innocence, qui accuse les comics de pervertir la jeunesse. Un livre qui aura des répercussions si puissantes que les comics vont s’autocensurer durant des années ! 
  • Le premier auteur mainstream à tenter de mettre des personnages LGBT dans ses comics fut Alan Moore, avec son Watchmen dans les années 80. Une première qui a marqué, et dont les X-MEN se sont inspirés en mettant énormément de sous-textes homoérotiques dans les dialogues. La métaphore des mutants rejetés par la société et contraints de se cacher… Toute ressemblance avec des faits existants serait bien sûr fortuite !
  • Après le massacre d’Orlando en juin 2016, les grands noms américains du comics se sont regroupés en un collectif et ont édité le comics Love is Love, dont la totalité des fonds a été reversée aux familles des victimes.  

Interview de Marcus

Est-il encore utile de présenter Marcus ? Que vous le connaissiez pour ses “Chez Marcus” sur Nolife, ses “Retro Game One” sur Game One, pour ses articles et livres sur le jeu vidéo ou même ses caméos chez divers Youtubers, Marcus est partout. Journaliste passionné de jeux vidéo, il a été pionnier en la matière en étant l’un des premiers à défendre le jeu vidéo dans les années 90 alors que le genre avait mauvaise presse auprès du grand public. Le papa du journalisme vidéoludique nous fait l’honneur de répondre à quelques questions lors du TGS 2017 ! 

Dolores : Marcus, bonjour ! Nous sommes enchantés de te recevoir dans notre magazine, parce que tu es devenu un peu LA référence française du jeu vidéo. Tu fais surtout énormément de vulgarisation pour le grand public ou les néophytes, ce partage de ta passion est quelque chose qui te tient à coeur ? 

Marcus : Oui, clairement mon but c’est l’évangélisation du monde par les jeux vidéo ! *rires* Plus sérieusement, le jeu vidéo a une mauvaise image pour les gens qui ne le connaissent pas : c’est violent, ça rend idiot, ça ne sert à rien… Il n’y a qu’à voir comment la télé “mainstream” traite le jeu vidéo, c’est absolument affligeant ! Il y a quelques semaines Squeezie est passé chez Ardisson et c’était effrayant. Quand ils reçoivent un réalisateur ou un acteur, ils parlent de son film, de ses implications, de ses ressentis… Avec Squeezie, ils ne se sont pas du tout intéressés à ce qu’il fait ! On n’a pas eu un seul extrait de ses vidéos, ni un avis sur l’écriture de ses vannes ou sur ses derniers coups de coeur en jeux vidéo… Non, ils lui ont plutôt demandé combien il gagne et si c’était pas un peu bizarre de gagner de l’argent en jouant aux jeux vidéo.

Ça m’a rappelé l’époque des reportages sur GTA (Grand Theft Auto) où le jeu était traité sous deux angles uniques : soit on parlait de l’aspect financier du jeu et de ce qu’il avait rapporté à Rockstar, soit on le traitait sous l’angle sensationnaliste de “Oh regardez, on tue des vieilles à coups de batte de baseball !“ Pas une seule fois sur la télé généraliste j’ai entendu un journaliste parler du scénario incroyable de ce jeu qui est digne des Affranchis, du fait que GTA était un jeu génial avec un monde ouvert absolument dingue où tu peux faire ce que tu veux : t’as des avions, des voitures, des bateaux…C’est un jeu fascinant mais la télé traditionnelle est totalement à côté de la plaque sur ce qui en fait son intérêt. C’est pour ça que je trouve que c’est bien qu’il y ait des gens pour défendre le jeu vidéo, qui expliquent que ce n’est pas un truc de crétins mais qu’il faut au contraire beaucoup de créativité pour les créer et d’intelligence pour y jouer. Je suis très fier d’avoir réussi à le vulgariser un peu, d’avoir réussi à faire comprendre qu’il y en a pour tous les goûts, tous les âges, et que tout le monde peut s’éclater avec les jeux vidéo !

Dolores : Quand on pense “jeux vidéo”, on pense Marcus, que ce soit pour préfacer un livre, intervenir à la télévision ou donner des conférences sur le sujet… Ça fait quoi d’être devenu une telle icône ? 

Marcus : Je suis vieux et ça aide ! *rires* Les “Retro Youtubers” qui font des émissions sur les vieux jeux fantasment une époque, mais moi j’ai vécu cette époque. Quand j’étais enfant, j’ai attendu Noël et l’Atari 2600, je sais ce que ça faisait d’avoir que trois jeux à faire en boucle avec, soyons francs, trois pixels tous moches. Mais ça suffisait à nous faire rêver ! Je sais le choc que ça fait d’entendre dans Pitfall, pour la première fois, deux notes qui imitent le cri de Tarzan. Aujourd’hui il y a des voix digitalisées partout. Les gens se rendent pas compte de la révolution que ça a pu être pour un gamin de 10 ans d’entendre ce cri à travers l’écran.

Ce genre d’anecdotes, c’est du vécu. C’est pas des chiffres, tu trouves pas ça sur Wikipédia, tu trouves ça dans le cerveau des gens de ma génération et je pense que c’est pour ça aussi que les gens viennent me chercher. Je représente la génération qui a connu la plus grande évolution dans les jeux vidéo et je pense que notre témoignage est important à transmettre. J’ai tout vu, de Pong à la Réalité Virtuelle aujourd’hui. Donc je peux comparer, je peux expliquer les évolutions. Je pense que ça peut être une première piste pour expliquer le fait que je sois devenu “LA” référence, mais y a surtout autre chose : c’est que vous n’aviez pas le choix mes pauvres  ! *rires* Il n’y avait pas Internet, donc si tu voulais voir du jeu vidéo t’avais pas le choix. Une seule chaîne en parlait et c’était pas TF1 ou France 2, c’était Game One.

Game One a été la première chaîne de jeux vidéo au monde, même aux USA ou au Japon il n’y avait pas eu ça. J’ai donc été le premier crétin qui a eu l’idée de se filmer en train de jouer à des jeux vidéo et d’expliquer ce qu’il faisait ! Les gens qui avaient 10 ans dans les années 2000, ils allumaient Game One, et sur Game One ben… Il n’y avait quasiment que moi ! Comme c’était une petite chaîne en plus, les émissions étaient diffusées en boucle, donc les gens ont grandi avec moi qu’ils le veuillent ou non. Quand t’es geek, t’as pas le choix, t’es obligé de connaître Marcus c’est horrible ! *rires* Aujourd’hui heureusement on est à une époque où tout le monde peut faire sa chaîne Youtube et parmi les milliers de gens qui font ça, il y a un petit millier qui arrivent à en vivre. Aujourd’hui on voit des Youtubers avec des files d’attente de dédicaces absolument monstrueuses, autant que des acteurs ou des réalisateurs et je trouve ça formidable car le jeu vidéo est enfin devenu un truc un peu mainstream. Et je suis très fier d’avoir un peu contribué à ça.

La foule devant l’espace dédicaces des Youtubers au TGS 2017 ! 

Dolores : T’avais une phrase que j’avais bien aimé dans un magazine où tu disais que le jeu vidéo était juste le prolongement du jeu de société et qu’il fallait qu’il arrête d’être diabolisé comme c’est le cas actuellement… 

Marcus : Exactement. Moi je suis un joueur “tout terrain”, j’aime autant les jeux de société que les jeux vidéo. Je fais partie du jury du festival des Jeux à Cannes, où on remet chaque année “L’As d’Or”, c’est l’Oscar du jeu de société. J’adore découvrir de nouveaux jeux de société, parce que plus le jeu vidéo se dématérialise, plus j’ai envie de me tourner vers des jeux de société. Il y a de moins en moins de boutiques, on joue en ligne avec des potes mais on les voit pas… Heureusement qu’il y a les salons, ça me permet de rencontrer des gens avec qui je joue en ligne ! La dématérialisation me plaît pas trop, moi je suis pour un Mario Kart avec un canapé, des pizzas et des potes.

Le jeu de société reste dans cet esprit-là, t’es obligé d’être autour d’une table, ensemble… Ça me parle dans l’esprit. En plus, il ne faut pas croire, les jeux de société sont aussi très stéréotypés dans l’esprit des gens ! Quand tu dis “jeux de société”, ils pensent “Scrabble” ou “Monopoly”, au mieux “ Trivial Pursuit”. Ils savent pas que depuis 10 ans toutes les thématiques du jeu vidéo ont été reprises dans le jeu de société. Ça va du martien au zombie en passant par les enquêtes policières… Dans le jeu y a tout un éventail de plaisirs et il faut se priver d’aucun plaisir. Jouez à tout !

Dolores : Il y a une autre évolution majeure que tu as connue en plus de l’évolution du jeu vidéo, c’est l’évolution du journalisme autour du jeu vidéo. Je pense notamment à l’effondrement des grands noms des magazines des années 90 comme Joypad, Tilt… Aujourd’hui, de nouveaux magazines fleurissent depuis 2-3 ans : JV Mag, Retro Gamer Collection, The Game … Tu te reconnais dans cette presse-là ? 

Marcus : Je me reconnais complètement dans ces mouvances-là. Y a même un crowdfunding qui a été fait pour ressusciter Player One comme dans les années 90, avec de la mauvaise foi, des conneries et beaucoup d’infos sympas ! *rires*Je risque d’y collaborer d’ailleurs. Je pense que ça manque à tout le monde en fait, pas qu’à moi. Moi je suis très content de voir tout ça revenir; je suis fan de JV Mag et de Canard PC et pourtant ils ont lancé leur magazine à l’époque où c’était vraiment le creux de la vague et plus personne ne lisait de magazines. C’était un choix courageux, et leur ton très acide a su trouver un public fidèle. Ils ont tellement de talent qu’ils méritent le succès. Après, c’est le cours normal de l’évolution : Internet a remplacé pratiquement tout, y compris les boutiques. C’était normal que la presse y passe aussi. Mais moi j’ai fait mes armes dans la presse. J’aime écrire, j’ai de moins en moins de temps pour le faire et je dois avouer que ça me manque. Quand je rédige un “vrai” texte, pas un script de vidéo, c’est un véritable plaisir ! Dès que je le peux, j’essaie de rédiger quelques articles parce que c’est aussi ma manière d’encourager ce milieu-là. Ça m’a fait beaucoup de peine de voir disparaître la presse. Ça a été relayé un temps par la presse sur Internet, mais ça reste de la presse gratuite avec des statuts de pigistes très précaires. C’est inquiétant de voir que les postes de journalistes en CDI avec le statut de journaliste sont en train de disparaître. D’un côté, c’est très bien ce foisonnement de talents et de passions et de l’autre je regrette un peu l’ancien temps où les journalistes défendaient un vrai savoir-faire, avec une plume, une bonne orthographe et grammaire. Quand je vois des gamins qui écrivent en langage texto ou que je reçois des mails où en quatre lignes on arrive à aligner 20 fautes, je suis atterré. J’vais passer pour un vieux con mais ils passent pour des débiles alors que je suis persuadé qu’ils ne le sont pas. Et surtout, je trouve qu’à l’époque avec tous ces magazines, on lisait bien plus et mine de rien c’est important. La presse écrite était importante pour ça : elle donnait envie de lire à des gens. Mais après je dénigre pas du tout les supports vidéo ou radios, j’adore ça et j’en consomme beaucoup ! Le plus important c’est de diffuser l’amour et la passion du jeu vidéo, peu importe le support ! 

Dolores : Justement, quel serait le support de communication que tu n’as pas encore testé et que tu aimerais tester ? Tu as fait de la télé, de la radio, de l’acting, du journalisme écrit… 

Marcus : Ouais, j’ai même eu un petit groupe de musique dans les années 90 ! J’aime tout ! Mais j’adorerais me lancer plus dans l’acting. J’ai fait pas mal de courts métrages, de caméos par-ci, par-là, et c’est un truc qui me fascine. Je pense pas être très bon acteur mais j’aime franchement bien. Dans Retro Game One, on fait plein de petits sketches, des saynètes et j’aime beaucoup m’amuser à créer des personnalités ultra loufoques à des personnages qui interviennent. Au fil des ans, quand on me propose un court métrage en général j’y vais, ça me permet d’essayer un peu de voir dans quels domaines je me sens plus à l’aise. Là je joue dans SaturdayMan, un truc absolument génial !

C’est le héros qui sauve ton samedi soir quand la soirée part un peu en couilles. On envoie Force Sex, Force Drunk, Force Dance, Force Joke et ils vont revitaliser la soirée face au grand méchant qui s’appelle le Grand Sommeil et qui veut que tout le monde se couche à 22 h ! Moi je joue le Dr. Doyobi, le mentor de SaturdayMan, qui va repérer les endroits où il faut intervenir et qui envoie les super-héros. Alors franchement, si j’ai une petite demande pour les lecteurs de l’Écran, allez voir cette série s’il vous plaît ! On fait un peu le Téléthon pour SaturdayMan ! *rires* C’est génial, c’est très pro, c’est fait avec le coeur. Ils ont besoin de 100 000 vues sur Youtube pour pouvoir continuer à faire de nouveaux épisodes, alors aidez-les ! Ils le méritent ! Il faut qu’on les aide à continuer cette aventure qui est géniale !

Propos recueillis par Dolores – Merci beaucoup à Marcus pour sa bonne humeur communicative ! 

Interview de Davy Mourier

“Acteur, scénariste, réalisateur, graphiste, parolier, animateur de télévision et auteur de bandes dessinées français.” C’est ainsi que Wikipédia définit Davy Mourier. Touche à tout artistique issu d’une génération débrouillarde qui faisait tout de A à Z, Davy est devenu avec sa BD “La Petite Mort” le visage du renouveau de la BD française. Petit portrait exhaustif de cet artiste accompli qui a bien voulu, lors du TGS 2017, répondre à nos questions, malgré son manque de sommeil, sa petite barbe de trois jours qu’il “n’assume pas trop” et son emploi du temps aussi foisonnant et chargé que sa carrière. 

Dolores : Bonjour Davy ! La dernière fois que tu es venu sur Toulouse, c’était pour l’édition Springbreak du TGS   qui a eu lieu en avril dernier. Tu y présentais pour la première fois la série animée de La Petite Mort adaptée de ta BD. Tu étais un peu stressé par cette première projection publique. Quels ont été les retours après la projection ? 

Davy Mourier : Déjà,La Petite Mort” en bande dessinée ça a été une très grosse surprise. C’était ma première BD chez un gros éditeur (Delcourt). Et Delcourt y croyait, mais pas plus que ça à vrai dire ! *rires*. Et en une semaine on a vendu les 8500 BD qu’on avait imprimées, et surtout on a pas arrêté de rééditer encore et encore par la suite ! Donc La Petite Mort, en BD, ça a déjà été un succès qu’on attendait franchement pas. Je pensais pas que le dessin animé aurait à nouveau un tel succès, eh ben si !

Je suis super fier du dessin animé, les gens qui ont travaillé avec moi sont bourrés de talent  et ont fait un super boulot. Et pourtant, qu’est ce que j’ai été relou, parce que j’ai fait le scénario et j’étais présent à toutes les étapes de la création ! Mais malgré tout ça, je m’attendais pas à un tel succès sur Internet. Le premier épisode est à 450 000 vues (NDLR : un peu plus maintenant !) alors que ça fait un mois qu’il est diffusé. La conférence qu’on a fait ce matin au TGS sur La Petite Mort était symptomatique : la salle était remplie de gens qui n’avaient pas lu la BD, mais qui étaient là juste pour voir la série animée. Le personnage de La Petite Mort me dépasse et c’est juste trop bien ! Je suis pressé de voir ce que ça va devenir, car finalement c’est tout nouveau, et je suis curieux de voir ce que ça va amener de plus dans cet univers. 

Dolores : Surtout que dans cet univers, il y a aussi La Petite Morte, Les Petites Morts, qui sont d’autres tomes de la série… 

Davy Mourier : Oui, j’ai sorti il y a un mois Les Petites Morts, qui est le 5e tome de la série. Ça continue, mais rien n’égale le succès du premier tome, le La Petite Mort originel. C’est marrant, parce que c’est une trilogie La Petite Mort, et chaque fois que je vais quelque part je ne vends que le tome 1 ! Peut-être que c’est devenu culte d’une certaine manière, mais aussi l’histoire se conclut à la fin du tome 1 donc je pense que les gens ne ressentent pas forcément le besoin d’aller plus loin, narrativement parlant. 

Dolores : Dans ta série animée de La Petite Mort, tu as de sacrés doubleurs vedettes ! Et surtout l’inénarrable Brigitte Lecordier, que tu avais d’ailleurs rencontrée pour la première fois au TGS… Y a toujours cette entente aussi cordiale entre vous après le lancement de la série ?

Davy Mourier : Avec Brigitte, c’est fou parce que on se connaissait pas, je l’ai croisée au TGS et je lui ai dit en coup de vent “j’aimerais faire un dessin animé avec toi” et elle a tout de suite dit “Oui, oui, oui !“. Ça se passe tellement bien avec elle que je l’ai aussi intégrée à la saison 2 de Reboot dans laquelle elle va faire des voix, et elle est venue m’engueuler ce matin car elle m’a dit “mais tu m’as payée ?“. Je lui ai dit “ ben oui, bien sûr, tu as eu un cachet, tu as travaillé pour la série”. Et en fait elle voulait le faire gratuitement, comme ça, juste pour me faire plaisir ! Quand j’étais en dédicace pour La Petite Mort, elle est venue avec moi, alors qu’elle était pas obligée de le faire. Elle fait tout pour que le projet de la série animée grandisse. Elle y met toute son énergie, du temps, de la passion… Y a énormément de gens qui sont fans de Brigitte et qui se mettent au dessin animé juste pour elle, elle a une aura énorme dans la communauté geek et elle s’en sert pour soutenir à fond le projet parce qu’elle l’adore. Je crois qu’elle s’éclate en fait ! C’est tellement génial, et Brigitte est une personne adorable et admirable. 

Dolores : Tu as aussi un nouveau projet en tant que comédien, qui est la série The Cell dans laquelle tu joues un gardien de prison. Je me demandais ce que ce projet ajoutait comme corde à ton arc déjà énormément fourni au niveau de l’acting ? 

Davy Mourier : Dans The Cell, ce qui est rigolo, c’est que Guillaume Lubrano qui est le créateur de la série m’a demandé de venir faire un gardien de prison, mais je devais juste être quelqu’un de cynique. Et en fait, je sais pas le jouer. Je sais jouer les imbéciles, je sais jouer les connards, mais les cyniques décomplexés c’est vraiment pas mon truc. À la base, il m’a pris pour ma taille, parce que je suis gardien de prison et je suis forcément entouré de molosses géants bodybuildés, et moi j’suis au milieu avec ma carrure toute petite, forcément le contraste est rigolo. Mais je voulais apporter un truc en plus à ce personnage, et du coup j’ai dit que mon personnage est en fait un gay refoulé. Parce que dans mon rôle, à la base, j’avais juste des répliques du genre “Aaaah, vous allez vous toucher sous la douche hein ?” et ça devait être dit méchamment. J’ai transformé ça pour qu’on sente qu’il avait envie d’être avec avec les prisonniers sous la douche en fait. J’ai presque “adouci” le personnage pour parler aussi de cette homophobie ambiante tellement oppressante qu’elle conduit des personnes à devenir méchantes juste parce qu’elles n’arrivent pas à exprimer leur sexualité.  Finalement je lui ai apporté un côté tendre… Mais chelou quand même ! *rires*. Et j’ai l’impression que ça a bien marché, parce que je dois mourrir à un moment dans la série, mais Guillaume m’a dit “Ok, t’es pas mort”, et y a une histoire de voyage dans le temps où mon personnage continue à exister dans le passé. Et je pense que c’est parce que j’ai amené ce ‘petit truc en plus’ qui justifie que mon personnage ait le droit de continuer à être dans la saison 2 ! 

Dolores : Pendant qu’on est un peu sur le registre de ta boulimie de travail justement, t’es quelqu’un qui touche à tout, dans tous les univers ( dessin, acting, réalisation, scénario… ), quel est le domaine que tu n’as pas encore exploré et qui te stimulerait ? 

Davy Mourier :  Alors… J’ai fait une série sans faire exprès, j’ai fait un dessin animé sans faire exprès… Peut-être un film ? Mais c’est pas une envie “absolue”. Je me dis pas “avant de mourir il faut absolument que je fasse un long métrage !“. Mais c’est un truc que j’aimerais bien avoir sur mon CV et que je pense être capable de faire relativement bien. Parce que bon, j’te dirais bien chanter, mais ce serait vraiment pas possible ! Je l’ai fait de temps en temps avec M.Poulpe, mais je chante très très mal, je suis très mal à l’aise. Ça m’angoisse à mort ! Mon oreille, elle fonctionne pas, j’sais pas, doit y avoir un truc cassé à l’intérieur… *rires* Il faut savoir ce qu’on sait faire ou non, et chanter je sais pas faire. Pareil pour la danse, je suis nul. Mais ouais, un long métrage ça pourrait me tenter. J’avais écrit un scénario d’ailleurs, mais c’est tellement dur comme milieu, tellement long au niveau des procédures, que j’en ai eu marre et j’ai vendu le scénario à Delcourt pour en faire une BD. Et je me suis dit que si la BD marche, des gens viendront peut-être me démarcher pour faire le film, et pof, j’aurais déjà le scénario prêt ! *rires* Mais au moins, c’est pas moi qui me tape les V14 de films, les procédures, les démarches… Tout ça non merci. 

Dolores : Toi qui as toujours été dans un esprit un peu “DIY” au niveau de la création, tu as connu toutes les évolutions du milieu en particulier avec l’explosion d’Internet et la possibilité pour tout le monde de créer du contenu. Comment tu as vécu ces évolutions, et le regard porté par les gens sur ces créations-là ? 

Davy Mourier : Je t’avoue, je suis perdu maintenant. Quand on a commencé à travailler sur le web, y avait rien, pas de pognon, pas de pub, et on faisait des vidéos au milieu de nulle part. Et on était sur le Web pas parce qu’on se disait “oui, le web, c’est le futur !“. On était surtout là parce que la télé voulait pas de nous ! On avait des choses à dire, et là où les gens pouvaient nous écouter, c’était sur le web. Ma génération, celle de François Descraques aussi, s’est emparé du web, littéralement. Après François Descraques, y a eu Studio Bagel, Golden Moustache et compagnie, et là ça a commencé à se professionnaliser, avec aussi des gens tous seuls comme Norman, Cyprien…

Et la pub est arrivée, et c’est là que j’ai commencé à lâcher le truc. J’ai été habitué à faire mes bêtises seul, sans contraintes, et même si je gagnais pas beaucoup de pognon, ben j’étais libre. À partir du moment où le web s’est professionnalisé, il y a commencé à avoir des mecs qui venaient en réunion avec des costards cravates, qui nous parlaient de performance et de statistiques… Donc j’ai commencé à m’éloigner un petit peu et maintenant qu’on est à la génération 4 ou 5 de Youtube, j’avoue que je connais plus les gens qui sont connus. Je comprends plus le fonctionnement, parce que les gens disent “Moi je regarde pas la télé parce que la télé c’est formaté” mais ils vont sur Youtube pour regarder des chaînes hyper précises sur du contenu hyper précis ! En plus maintenant si t’as pas le fric de t’acheter du super matos dès le départ, que ton son et ton image sont un peu pourris, les gamins ils font “ton image elle est nulle, j’me désabonne !“. Mais le web c’est pas ça putain, le web c’est quelqu’un qui a envie de s’exprimer, qui a des compétences et qui les montre ! Et peut-être qu’il va être nul sur le son, mais il va écrire super bien ses dialogues, ou être un super monteur ! C’est pour ça que je pense que je comprends plus rien, et que je fais moins de choses sur Youtube. Quand tu vois Norman et Cyprien qui ont des milliers d’euros pour faire un sketch (et je les critique pas du tout, ils ont bossé pour en arriver là ! Et ils le méritent !), mais qu’un gamin à côté commence dans sa chambre et que les gens commentent pour dire “Norman il l’a mieux fait”, je me dis que le public ne comprend plus cette cassure entre le Youtube pro et le Youtube amateur. Peut-être qu’il faudrait créer deux plates-formes distinctes, je sais pas… En tous cas ça ne fonctionne pas actuellement. 

Dolores : Et sur ton rapport à la télé justement, parlons-en ! Tu es encore à la télé sur Nolife notamment. Qu’est ce que t’apporte encore la télé qu’il n’y a pas sur Internet ? 

Davy Mourier : J’adore animer, j’adore les débats, les interviews… Sur Nolife, la liberté c’est d’interviewer quelqu’un durant le temps qu’on veut, de faire les émissions qu’on veut avec la durée qu’on veut. Sur les autres chaînes il n’y a pas ça, et sur Youtube le public a peur des vidéos trop longues. Sur Nolife (NDLR : dans l’émission en Mode Normal)  j’ai un invité qui a envie de parler, je le laisse parler. Et j’aime ça ! Je regardais “Nulle part ailleurs” quand j’étais gamin, j’adore les talk shows, le live j’adore, et animer une émission en live c’est usant mais tellement riche ! C’est une émission par semaine en direct sur Nolife, c’est fatigant, en plus y a pas beaucoup de gens à Nolife donc faut faire beaucoup de choses parallèles, comme s’occuper des invités, lire leurs créations, faire les questions, préparer les sketchs… ça fait beaucoup mais c’est tellement cool qu’ils donnent les moyens de faire ça ! La télé, faut aussi savoir que c’est un rêve de gosse. Moi j’ai pas grandi avec Youtube, et mine de rien je pense que ça joue aussi beaucoup sur l’image que j’ai de la télévision. Là par exemple on m’a proposé de faire une mini pastille dans l’émission d’Antoine de Caunes sur Canal+ , ben ça me fait super plaisir d’être reconnu par des grands noms de la télé ! En plus Antoine de Caunes j’adore ce qu’il fait, et on me propose de faire une pastille où je dessine et j’écris des sketchs donc ils ont vraiment pris le temps de s’intéresser à mon univers et à ce que je fais… Ils vont me donner les moyens de faire ce que je sais faire, ce que hélas Internet ne fait pas, sauf si j’accepte de marquer Fanta ou Coca Cola au début de mes vidéos. La pub, ça me gène, et à la télé il y a de la pub entre les émissions, mais au milieu j’ai l’impression d’être libre. Ce qui est faux bien sûr ! *rires* Mais j’ai plus cette sensation de liberté sur la télé que sur Internet… C’est paradoxal hein? 

Dolores : Petite question bonus pour finir, parce que Toulouse oblige ! Tu collabores sur la BD des As de la Jungle de TAT Prod : comment se passe la collaboration ?


Davy Mourier : C’est trop bien ! Ils sont partants pour tout, on s’est envoyé un mail, on s’est rencontrés et c’était lancé ! Au milieu d’un repas qu’on a fait ensemble, ils m’ont balancé “Au fait, ça te dirait d’écrire des épisodes pour la saison 3 ?“, ce que je me suis empressé de faire. Bref, c’est franchement génial, je crois qu’on partage la même vision de la création, et on est en train de travailler sur le T2 de la BD Les As de la Jungle !

Propos recueillis par Dolores – Merci beaucoup à Davy Mourier et sa casquette Adventure Time ! 

Interview de Olivier Derivière

Alone in the Dark, Raiponce, Remember Me ou encore Assassin’s Creed IV : Black Flag. Ces noms vous font rêver ? Nous aussi ! Et nous avons eu l’immense privilège de rencontrer le compositeur de génie qui se cache derrière ces OST qui ont toutes ce “petit quelque chose” en plus. Pas étonnant si le compositeur nous parle de ses choix d’avant-garde et de sa vision d’auteur sur la composition de musique de jeux vidéo comme d’un engagement artistique avant tout… Place à l’interview, maestro, musique ! 

Dolores: Bonjour Olivier ! Vous avez commencé votre carrière dans les jeux de survival horror plutôt sombres comme Alone in the Dark ou encore l’excellente série des Obscure. Ces jeux sont quand même très différents dans leur manière d’aborder la peur : l’un est plus axé monstres et modernité, l’autre lieux hantés et possessions. Comment gérez-vous ce challenge d’une musique immersive réussie et angoissante dans deux genres si différents ?

Olivier Derivière : Y a plusieurs types d’horreur, de peur même. Y a la peur “jumpscare”, qui est celle qui va faire sursauter. Elle est très pratiquée dans le cinéma actuellement, et est efficace pour créer un effet de surprise sur le moment. On baisse le volume et d’un coup on fait quelque chose de très fort, souvent avec un effet visuel en plus.

Étonnamment, ça marche beaucoup moins bien sur un écran quand on joue à un jeu vidéo parce que il n’y a pas ce gros son avec cette sensation de peur comme dans une salle de cinéma. Ensuite, y a des sensations de peur plus pérennes, qui sont par exemple le type d’ambiance qui a inspiré des jeux comme Silent Hill et qui a été longtemps le fer de lance en matière de bande son d’ambiance de jeux vidéo. C’est quelque chose qui vient vous chercher viscéralement, qui ne va pas fondamentalement surprendre mais qui va plus chercher à déranger. Le but est de mettre mal à l’aise et de déranger en profondeur. Après, il y a énormément de spectres de peur : il y a la peur-angoisse, la peur-oppression, la peur-sursaut… Obscure joue sur un registre un peu différent, c’est plus les peurs durant l’adolescence, les peurs intériorisées. Il y a peu de jumpscares dans le jeu. Les gens ne l’ont pas remarqué à l’époque et c’était assez marrant, le vrai sujet du jeu et ce qui en fait sa force, c’était la transformation du corps durant l’adolescence. Par exemple, les monstres dans Obscure 2 étaient tous basés sur des peurs de la transformation du corps. Y avait un monstre qui ressemblait à une femme enceinte, dont le gros ventre s’ouvrait et qui lançait un cordon ombilical vers le joueur pour le dévorer et l’attraper. On avait des harpies qui volaient, qui attrapaient des joueurs avec leurs jambes et dont les jambes étaient recouvertes de dents. On avait des pénis géants qui attaquaient les gens aussi ! *rires*. 

Obscure n’était pas qu’un bête jeu d’horreur où tu zigouilles du monstre, et les gens n’ont pas du tout remarqué cette profondeur. La musique racontait ça : ces peurs profondes adolescentes. Après la manière de faire peur en musique, elle va être propre à chacun. Moi j’aime le côté dérangé des choses, pas les choses propres. J’écris souvent des choses qui vont chercher “dedans” plutôt qu’en superficie. C’était au final assez facile pour moi, parce que j’aime créer des choses viscérales et prenantes.

https://soundcloud.com/olivier-deriviere/edward-carnby

Dolores: Dans vos compositions, on remarque souvent la présence de voix, beaucoup de choeurs même dans Assassin’s Creed IV : Black Flagvous avez travaillé avec un groupe haïtien pour obtenir un timbre de voix encore plus particulier sur The Root par exemple. Est-ce que ça pourrait être votre marque de fabrique, cette présence obsessionnelle de la voix ? 

Olivier Derivière : Oui et non. C’est à dire que les gens aiment bien mettre des étiquettes partout, et moi ça m’énerve. Donc c’est sûr que quand on regarde mon travail on va se dire qu’il y a beaucoup de voix, mais pas que. Si j’utilise la voix, c’est parce que c’est un instrument que j’aime beaucoup. Je trouve que c’est le plus bel instrument qu’on ait, le plus simple car il ne nécessite pas d’autre outil que notre corps et le plus complexe à la fois car le maîtriser entièrement demande un travail considérable. En plus, c’est un instrument unique à chacun, et ça c’est très beau. Il faut savoir que je déteste les voix qui ne disent rien. La voix peut dire quelque chose, au sens langagier du terme. On peut mettre des mots en musique, et c’est une force supplémentaire par rapport à un instrument qui ne va rien dire. Enfin, il y a quelques jeux où j’ai pas mis de voix quand même ! Remember Me par exemple, je n’ai pas mis de voix… Enfin, si, j’en ai mis un peu… Ouais, t’as raison, en fait je peux pas résister, j’en mets un peu partout ! *rires* 

 Mais ce sont les jeux qui exigent cette présence de la voix, c’est pas moi qui me dis qu’il faut absolument que je crée quelque chose avec de la voix. Quand j’ai créé la bande son de  Raiponce pour Disney, y a pas de voix, c’est juste un instrumental par exemple ! Je m’oblige pas du tout à mettre de la voix, la voix est là parce que le travail l’exige c’est tout. 

Dolores : Justement, quelle serait la différence fondamentale de composition entre le jeu vidéo et le cinéma au sens large ? 

Olivier Derivière : La différence est énorme. La composante “musique” est identique, dans le sens où ça reste un travail de composition similaire : on pose des notes, on écrit notre partition, nos harmonies et nos mélodies… Mais ça c’est la base. Ce serait comme demander à un auteur : est-ce que c’est la même chose d’écrire un roman ou une pièce de théâtre ? On a beaucoup tendance à croire que la musique de jeux vidéo et la musique de films c’est pareil. Je considère que les personnes qui disent ça n’ont pas saisi la véritable substance du jeu vidéo. Beaucoup de gens pensent “quand je suis en combat, je mets de la musique de combat, et quand je fais de l’exploration je mets de la musique d’exploration, et donc je fais de la musique interactive pour le jeu vidéo”, mais pour moi c’est pas ça. Faire ce genre de travail revient à faire de la musique illustrative, et on se rapproche du coup beaucoup plus du rôle de la musique au cinéma. 95 pourcents des jeux font de la musique uniquement illustrative à l’heure actuelle, faut pas se leurrer, c’est ce qui marche. Certaines personnes qui adorent les musiques de jeux vidéo ne se rendent pas compte à quel point le langage musical de ce qu’ils écoutent est basique. Je parle pas en termes artistique ou de composition, mais vraiment en terme réflexif sur l’interaction entre la musique et le jeu vidéo. La musique de jeux vidéo a une particularité, qui n’est pas son interactivité, mais sa fonctionnalité. Au cinéma, la fonction première et unique de la musique c’est l’illustration émotionnelle. On peut être en contraste bien sûr, sur des images très violentes mettre de la musique très émotionnelle par exemple, mais ça reste de l’illustration. Dans le jeu vidéo, la musique a une fonction. Il y a une composante de base qui s’appelle le gameplay et c’est cette composante qu’il faut identifier quand on compose la musique pour un JV. Exactement que de la même manière dans le cinéma y a le script d’ailleurs !  Autour de ce gameplay vous pouvez raconter n’importe quelle histoire, coller n’importe quel univers, si le gameplay est bon ça marchera. Après ça se vendra plus ou moins, si vous faites le gameplay de Dark Souls dans le monde des Bisounours, bon, y a des chances que ça se plante ! *rires* Et cette composante du gameplay, cet aspect “fonctionnel” de la musique, c’est quelque chose qui est très sous-estimé dans la musique de jeux vidéo aujourd’hui.

Dolores : Y a t’il d’autres spécificités à la musique de jeu vidéo ? 

Olivier Derivière : Oui, il y aussi une deuxième composante dans la musique de jeux vidéo, c’est qu’à l’inverse du cinéma qui est passif et linéaire, le jeu vidéo lui se passe en temps réel. Et là on va parler un peu dans le futur, mais la musique de jeux vidéo dans le futur se fera en temps réel. À l’heure actuelle, la musique de jeux vidéos est dépendante d’événements scriptés et varie en fonction de ces événements-là, mais elle n’est pas générée en temps réel. Le son que l’on entend lorsque l’on joue, il a été enregistré et il est joué à un moment précis parce qu’une ligne de commande lui ordonne de le faire. On va arriver à une époque où la musique va se générer elle-même. À l’époque de Mario par exemple, la musique était générée en temps réel puisque c’était la machine qui produisait le son.

Dans 10-15 ans, on pourra reproduire n’importe quel instrument directement au coeur même de la machine. J’dis pas du tout que c’est une bonne chose pour les musiciens ou la musique en général, par contre pour le jeu vidéo c’est toucher un peu plus à ce qu’est le jeu vidéo en substance. Les lumières sont en temps réel dans le jeu vidéo, mais avant elles étaient précalculées. Pareil pour l’IA, la physique d’un jeu (quand je prends un objet par exemple, et son interaction avec son environnement), tout ça, ça fait longtemps que ce n’est plus précalculé à l’avance ! Le but du jeu vidéo, au fur et à mesure des années, c’est de tout générer en temps réel. Il faut donc que la musique suive cette voie-là. Et ça va révolutionner toute l’approche musicale des compositeurs. 

Dolores : Vous vous sentez prêt à franchir le pas ? Vous avez déjà testé des choses dans cet esprit-là ? 

Olivier Derivière : Oui, en fait c’est fait, c’est aussi pour ça que j’en parle ! *rires* En fait y a un jeu aussi obscur que Obscure, qui l’a été en son temps, qui est sorti en juin dernier produit par Bandai Namco qui s’appelle Get Even et qui est sorti dans une indifférence générale monumentale ! *rires*

Et j’ai travaillé sur la bande son, et la musique y est générée en temps réel. La machine ne pouvait pas tout faire, donc il y a quand même quelques parties pré-enregistrées, mais le gros de la bande son est faite en temps réel. Je pense que c’est vraiment les prémices de ce qui va se faire sous peu. De plus en plus de jeux commencent à faire ça, mais là je suis allé très loin dans l’expérimentation. Un peu comme dans Remember Me où j’avais un peu repoussé les limites de la musique interactive et la manière dont elle réagissait avec les choix du joueur. 

Dolores : Ce qui vous a valu un award d’ailleurs ! 

Olivier Derivière : Oui, et ce qui est assez paradoxal c’est que j’ai eu l’award pour la musique du film, mais pas pour le jeu ! Alors que le monde du jeu vidéo aurait dû saluer la performance de la musique interactive, ils ont totalement ignoré ça et c’est le monde du cinéma qui m’a récompensé. J’ai eu énormément de prix pour un travail beaucoup moins audacieux et où la musique retombe dans ses fonctions illustratives dont je parlais plus tôt. Donc bien sûr, j’étais très content qu’on reconnaisse mon travail, mais y a un vrai complexe d’infériorité du jeu vidéo envers le cinéma, et c’est aussi quelque chose contre lequel je me bats. C’est très dommageable pour les joueurs, car finalement ça leur brise leur expérience de jeu. Que les gens du jeu vidéo fassent du cinéma un exemple en termes narratif et esthétique je le comprends, mais qu’ils en fassent un idéal à atteindre c’est vraiment incompréhensible pour moi. Ce sont deux types de création qui n’ont pas le même but ni les mêmes ressources à leur disposition, alors arrêtons de comparer l’incomparable. 

Dolores : C’est marrant, parce que j’ai de plus en plus tendance à penser que les mentalités sont en train de s’inverser, c’est à dire que le cinéma puise son inspiration dans le jeu vidéo. Je pense notamment à It Follows de David Robert Mitchell sorti en 2015 qui fait appel à un compositeur de jeu vidéo pour sa bande son car il voulait une expérience la plus immersive possible : Disasterpeace, connu notamment pour sa superbe OST de Fez….

Olivier Derivière : Je remarque effectivement cette tendance à mêler musique de JV et musique de films, ou en tous cas à entremêler leurs compositeurs, mais pas du tout en ces termes-là. Disasterpeace, ce qu’il a fait sur Fez était phénoménal en terme de musique fonctionnelle. Ce qu’il a fait sur It Follows est un hommage intéressant aux années 80 et à la musique dans les films de Carpenter surtout, avec les synthés et tout. Mais je ne vois pas quelque chose de nouveau là-dedans. J’y vois un hommage et pour moi ce n’est pas ça qui va changer la manière dont on conçoit la relation entre la musique de jeux et la musique de films. 

Mais je ne pense pas que les univers soient aussi tranchés les uns que les autres, c’est à dire que je ne crois pas que tous les compositeurs de musiques de films fassent de l’illustration et tous les compositeurs de jeux vidéos feraient des expériences plus immersives. Beaucoup de compositeurs font aujourd’hui du sound design, qui n’est plus de la musique seulement quand on l’entend mais qui est un vrai travail d’ambiances. Ils font des choses intéressantes et je pense que c’est dans ce genre d’expériences que l’on pourra en retirer des nouveautés intéressantes. La musique au cinéma stagne en ce moment, et c’est vraiment dommage, alors que dans le jeu vidéo on est en train de connaître d’énormes bonds en avant… 

Propos recueillis par Dolores – Merci à Olivier Derivière d’avoir répondu si précisément à nos questions ! 

La Douleur d’Emmanuel Finkiel

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Une adaptation ratée

Emmanuel Finkiel signe l’adaptation du roman éponyme de Marguerite Duras, femme de lettres très importante durant toute la seconde moitié du XXe siècle et dont les oeuvres à la fois romanesques et cinématographiques suscitent encore aujourd’hui un intérêt particulier. Alors quoi de mieux pour découvrir ou redécouvrir cette personnalité notable que de courir voir ce nouveau film, plutôt alléchant à vision des premières images de la bande-annonce. Duras est ici incarnée par Mélanie Thierry qui sort un peu de l’ombre avec ce premier rôle prestigieux. Verdict ?

Marguerite Duras – tous droits réservés
Mélanie Thierry – tous droits réservés

Énorme déception. La Douleur est un film qui manque cruellement de poésie et d’émotions, un broyage de mots qui veulent se la jouer “intellos” mais qui sonnent creux, tout cela recouvert par un jeu d’acteurs médiocre. 

On montrerait ce film à une classe de lycéens qui étudient Marguerite Duras pour le Bac, ils en feraient une crise de découragement. Nombreux sont pourtant les éléments intéressants à aborder dans une perspective pédagogique. Tout d’abord le rapport à l’Histoire, le contexte d’après-guerre, Paris sous la libération, les déportés juifs qui reviennent des camps, puis ce personnage, cette figure de femme dans l’attente de son mari qui ne lui a pas encore été rendu. Cette femme, semblable à tant d’autres, toutes ayant ce sentiment de désolation partagé, cette incertitude et cet espoir face à une réunion avec l’être aimé qui n’aura peut-être jamais lieu. La confusion de tous ces français de 1945, pris entre le soulagement de la guerre qui prend fin et la peur de ne jamais revoir certains proches. Des personnages forts, une époque riche en mémoire, un livre, des mots, une figure féministe. Tout est matière pour faire une adaptation à  ranger sur l’étagère des petits chefs-d’œuvre du cinéma français.

Mais Emmanuel Finkiel échoue lamentablement. Mélanie Thierry porte à bout de bras frêles ce personnage trop grand pour elle, pas aidée par les rôles masculins qui l’entourent avec un Benoît Magimel grassouillet (snif, il était si beau dans Les Petits Mouchoirs) et un Benjamin Biolay fidèle à lui-même dans sa mélancolie accablante. 

Ce n’est plus un film sur l’attente, ni même sur l’absence, mais uniquement sur l’ennui.

Confusion grossière entre “l’attente” et “l’ennui”

Nous avons conscience que la narration durassienne a plutôt tendance à être dramatique qu’épique. C’est ainsi que les dialogues l’emportent, abstraits, absurdes, métaphoriques, emplis de suggestions implicites, une sorte de “prose moderne”. Ils cherchent à prendre la place que l’action abandonne. Marguerite Duras souhaite avant tout souligner les aléas de la condition humaine dans des romans où “rien ne se passe”. La mise en scène de Finkiel peine à retranscrire cette volonté même, ce style rhétorique de l’écrivain et c’est en grande partie à cause de cela que le film s’écroule. Ne se réduisant plus qu’à l’aspect littéraire du roman, le réalisateur manque cruellement d’originalité quant à l’esthétique même de son film, faisant des choix de mise en scène qui fonctionnent mal et sont parfois aberrants (comme cette lampe qui s’allume toute seule en plein milieu d’une conversation entre deux personnages).

L’attente, ce n’est pas du vide, ce ne sont pas deux tasses posées sur le rebord d’une table, cadrées pendant de longues secondes, ce n’est pas regarder par une fenêtre pendant des heures à attendre que les saisons passent, on préfère lire Madame Bovary dans ce cas-là, œuvre prodigieuse du grand Flaubert sur une femme qui s’ennuie.

L’attente, ce n’est pas du flou, tout le temps, partout, qui étouffe les personnages, ce n’est pas des dialogues incompréhensibles (les acteurs pourraient au moins faire l’effort d’articuler) autour de quelques verres de vins et de cigarettes entassées dans un cendrier crasseux, ce n’est pas faire du vélo seule dans les rues désertées de Paris sous la menace de la bombe pour se sentir soi-disant “vivante dans la mort”. Le texte durassien perd tout son charme et sa force tellement il est mal mis en avant (en étant récité par l’actrice principale), envoyé par interstices à la figure du spectateur qui n’en saisit plus le sens et en fait une overdose.

L’attente n’est pas synonyme d’ennui. L’absence ne doit pas être uniquement un trou béant dans l’existence, elle n’est pas nécessairement solliciteuse de larmes à n’en plus pouvoir pisser, ce n’est pas s’affamer comme le fait Marguerite pour ressentir le vide à l’intérieur au même niveau qu’à l’extérieur. 

L’absence, c’est aussi parvenir à la combler, c’est aussi un combat mené pour trouver la vérité. C’est la détermination plutôt que l’apitoiement sur soi. La victimisation permanente du personnage est insoutenable pour le spectateur qui n’a qu’une envie : traverser l’écran pour aller la secouer un bon coup. L’image d’une femme forte passe automatiquement au rang de petite fille capricieuse. Elle se contemple dans sa solitude, l’action arrive ou n’arrive pas, on dirait qu’elle s’en moque après tout. Son double apparaît devant elle, mais lui est égal en tous points. Même ce parti pris du réalisateur d’établir une légère schizophrénie chez le personnage est maladroite et n’a dès lors aucun intérêt, si ce n’est de rajouter encore et toujours des plans longs, larges, d’une fadeur excessive.   

La musique du film est à la limite du supportable. Ce qu’on en retiendra ce sont des violons qui grincent dans tous les sens tandis que notre héroïne descend péniblement un escalier. On se mord le poing devant un tel manque de subtilité pour créer une quelconque tension . On entend Mélanie Thierry en voix off, beaucoup trop présente d’ailleurs qui récite le texte de Marguerite Duras. Elle dit que “la guerre n’en finissait pas de finir”. Oui, et bien, le film non plus n’en finit pas de finir. Le titre est bien choisi. Un tel visionnage sur une durée de 2h06 est en effet une expérience douloureuse. 

Sur ce, comme “la parole ne sait plus dire ce que les yeux ont vu” (tellement ils se sont ennuyés durant cette séance), je conclurai sur ceci. Réduire Marguerite Duras à ce “navet” cinématographique serait une erreur. Il y a de nombreuses autres façons d’en apprendre sur cette écrivain de génie et même si ce film a plutôt tendance à décourager tout individu d’aller feuilleter un livre de Duras, je vous invite quand même à le faire. Qui sait ? Vous pourriez être agréablement surpris.

Marilou Perreau

The Florida Project, la misère est moins pénible au soleil

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Présenté au Festival de Cannes 2017, The Florida Project, 6ème film réalisé par l’américain Sean Baker, met en scène le quotidien de Moonee, 6 ans. Ses amis, sa mère Halley : tous vivent dans un motel coloré, en Floride, dans la banlieue très pauvre du parc d’attraction Disney World. Ayant très bien été reçu lors de la quinzaine des réalisateurs, The Florida Project est, à mon humble avis, le vrai grand gagnant du Festival de Cannes 2017.

Il s’agit, pour être touché par The Florida Project, d’aimer les films qui vont dépeindre le naturel, la vie telle qu’elle est. Le réalisateur nous invite tout le long du film à partager une tranche de vie d’un ensemble de personnages, mettant ainsi en avant une réelle intention réaliste. Sans être un documentaire, le film dépeint un cadre de vie, s’appuyant sur un réel contraste entre les décors féeriques en carton-pâte et les conditions de vie qui se cachent derrière.

Ce contraste me rappelle énormément la seule œuvre de Baker que j’ai pu voir auparavant, Tangerine (2015), tournée à l’iPhone. Ce film lui aussi mettait en avant des couleurs criardes bien loin de l’univers dépeint, qui montrait l’escapade de prostituées transgenres dans le quartier de Tinseltown à Los Angeles.

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Sean Baker filme les lieux comme un microcosme empli d’histoires. Il y a les enfants, toujours au premier plan, mais leur monde est forcément altéré par des problèmes d’adultes. L’évolution de la relation entre Moonee et sa jeune mère, immature et rebelle, en est le parfait exemple. Halley tente par tous les moyens de subvenir aux besoins de sa fille mais sa fougue indomptable se heurte irrémédiablement à un environnement plus ancré dans le système. Son attitude pourrait être perçue comme irresponsable aux yeux de certains mais c’est sans compter sur l’amour que porte Sean Baker à ses personnages. Il n’y a ici aucun jugement moral, juste l’évocation d’un train de vie différent qui engendre une autre vision de la relation mère-fille. Le réalisateur garde ainsi la bonne distance dans sa manière d’aborder une situation délicate.

Et c’est finalement de cette empathie pour les personnages que naissent les scènes les plus émouvantes. Les acteurs, pour la plupart non-professionnels et recrutés directement dans les banlieues de Floride, ajoutent du réalisme et de la profondeur : le naturel désarmant de la petite Brooklynn Prince, boule d’énergie qui domine un casting de jeunes acteurs tous incroyables, et de Bria Vinaite, la jeune mère de Moonee, donne au film son caractère terriblement attachant. Et il y a aussi Willem Dafoe (son plus beau rôle vu depuis longtemps sur grand écran), le propriétaire du motel, à la fois ange gardien qui veille sur les âmes perdues et figure paternelle de substitution. Un personnage catalyseur qui centralise toute l’humanité du cinéma de Sean Baker.

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Rares sont les films traitant de ce sujet à ne pas tomber dans le misérabilisme. Et c’est bien là le tour de force de The Florida Project : l’objectivité présente tout le long du film permet la chronique de la vie, la vraie, sans concession et sans faux sentiments : quelque chose qui sied très bien à la littérature mais qui est rarement réussi au cinéma. Le film évite les pièges qui l’attendaient les bras grands ouverts.

Narrativement, il réussit à nous étonner à chaque instant jusqu’à cette fin inattendue qui vous laissera, je suis sûre, comme moi, profondément émus.

Abbey

Quelque chose de Noël

Bien installé-e dans ton canap’ ? Un chocolat chaud à proximité ? Un plaid (ou un chat) sur les genoux ? Allez, lance ça et tu es prêt-e pour la lecture de cet article, spécial… NOËL ! Au programme : une sélection entièrement personnelle, subjective et dépourvue d’esprit critique de recommandations de Noël. Alors aucune honte à avoir, ici, on fait dans les bons sentiments et la guimauve (littérale et figurée) et on assume tout.

Le film pour un Noël sooo romantique

Je ne ferai pas dans l’originalité et j’irai droit au but : Love Actually (Richard Curtis, 2003) ! L’une des meilleures comédies romantiques chorales – et comédies romantiques tout-court – le film de Richard Curtis est une célébration généreuse et sansomplexes des fameux “bons sentiments” décriés par les plus snobinards des cinéphiles. Pour fêter Noël, laissons aux cyniques le “privilège” des sad endings et aimons-nous gaiement avec Hugh Grant, Colin Firth, Keira Knightley, Emma Thompson ou encore Bill Nighy. On trouve difficilement meilleure compagnie.

Alors certes, Love Actually ne va pas sans imperfections, même pour l’amatrice du genre que je suis, mais il reste l’un des modèles dans la composition classique du film de Noël et de la comédie romantique : une bande originale à propos, de la neige, des sapins, des cadeaux, des grincheux, des déclarations d’amour en veux-tu en voilà… Et, quoi qu’en pensent les plus aigris, un ton qui ne fait pas dans le sucré le plus franc puisque Love Actually consolera également les déçu-e-s comme il en fera rêver d’autres. Le film de Richard Curtis fait aussi belle place à l’amour familial et écarte tout jugement des pas de travers de ses personnages. Alors, quoi d’autre qu’un film multigénérationnel, multilingue et formidablement généreux pour passer un heureux Noël ?

Autres recommandations sooo romantiques :

 “Le Soleil de Noël” ou “Amends” en VO, l’épisode 10 de la saison 3 de Buffy contre les vampires (Joss Whedon, 1997-2001)
La série nous avait plus habitués aux épisodes spéciaux de Halloween, mais Noël c’est bien aussi.

Nuits blanches à Seattle (Nora Ephron, 1993)
“Euh… Combien de temps dure votre émission ?”

La série pour un Noël sooo magique

En Grande-Bretagne, Noël c’est aussi un événement ritualisé par le programme télévisé. Chaque année, la BBC diffuse le jour de Noël le “Christmas Special” de Doctor Who pour des audiences qui tournent autour de 10 millions de spectateurs (en Grande-Bretagne). Si la série est généralement, déjà, très “esprit de Noël” en tant que divertissement familial le plus souvent feel good et hyper imaginatif, elle va encore plus loin pour ces soirées consacrées.

Doctor Who “Last Christmas” © BBC

Véritable objet culturel, Doctor Who est LA série pour fêter Noël en famille, avec petits et grands, entre ami-e-s ou même seul-e. Avec son épisode écrit spécialement pour l’occasion, la série revisite des classiques comme Un chant de Noël (Charles Dickens, 1843) ou Le Lion, La Sorcière blanche et l’Armoire magique (Clive Staples Lewis, 1950), quand elle ne se balade pas carrément au Pôle Nord (épisode de la neuvième saison “Douce Nuit” ou “Last Christmas” en VO). Cela fait maintenant quelques années que France 4 permet aux spectateurs français d’en profiter également en diffusant l’épisode à son tour. Cette année, malheureusement, l’épisode de Noël sera un épisode de Nouvel An, ce qui repousse pour nous la diffusion hors des vacances scolaires. Mais ne serait-ce pas l’occasion de revoir les précédents Christmas Specials ?

Autres recommandations sooo magiques :

La série pour un Noël sooo drôle

Décidément, les anglais savent y faire puisque je me tourne encore vers eux pour la comédie ! Cette fois-ci, je ne saurais que vous conseiller de tenter Miranda (Miranda Hart, 2009-2015), composée de trois saisons de six épisodes de 26 minutes et… de deux épisodes de Noël ! Classique de la série comique à l’anglaise, Miranda évoque les tribulations de son héroïne, propriétaire d’une petite boutique de farces et attrapes, qui jongle entre une mère invasive et son crush pour Gary (Tom Ellis). Hilarante et petit miracle de feel good à l’anglaise, cette série peut se découvrir en une soirée ou un après-midi !

Miranda © BBC

Je ne résiste pas non plus à recommander le fameux épisode “L’Incontrôlable Noël d’Abed” ou “Abed’s Uncontrollable Christmas” en VO, épisode 11 de la saison 2 de Community (Dan Harmon, 2009-2015). Certes pas seulement drôle, cet épisode réalisé en stop motion est, comme souvent dans la série, très référencé : Le Pôle Express (Robert Zemeckis, 2004) et Charlie et la Chocolaterie (Roald Dahl, 1964) y passent notamment. Il s’apprécie également pour lui-même, en variation méta des contes de Noël jusqu’à culminer dans une chanson bien nommée : “That’s What Christmas Is For”.

Autres recommandations sooo drôles : 

Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive et pourrait être complétée, pourquoi pas l’année prochaine, de séries, jeux vidéo et films sooo qui font peur, qui font passer le temps entre le fromage et le dessert ou qui font pousser la chansonnette en chœur. En attendant, les autres rédacteurs de l’Écran partagent avec vous leurs propres souvenirs de Noël. 

Légende de l’image : Noël pour Lilith, le Comte Gracula et Doc Aeryn : les dessins animés Astérix
Légende : Noël pour The Watcher : Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962) et les grands péplums
Légende : Noël pour Dolores : les jeux Pokémon Rouge et Or 
Légende : Noël pour Stella : Maman, j’ai raté l’avion (Chris Columbus, 1990)