Abracadabra de Pablo Berger, 2017

Quel film étrange qu’Abracadabra ! Le pitch de ce film de Pablo Berger, présenté dans la section Panorama de Cinespaña, est pourtant est assez banal : un mari macho se voit transformé du jour au lendemain en mari modèle à la suite du spectacle d’hypnose d’un magicien. Si telle est la promesse de la bande-annonce, rien ne me préparait à ce qui allait se passer ensuite…

Source : Telerama

Je ne dévoilerai pas grand-chose de l’intrigue, qui serait de toute manière trop foutraque à raconter. Il vaut mieux voir par soi-même la cascade de rebondissements qui s’enchaînent de manière totalement imprévisible et incroyable. Au cours du visionnage, le film prend des teintes très différentes, si bien que l’on obtient un genre d’œuvre hybride qu’il est impossible de rentrer dans une case.

On est jamais trop sûrs d’être dans une comédie. Le machisme, déjà, est un sujet qui dans le film fait rire autant qu’il glace. Carlos, le mari est une caricature du beauf qui ne vit que pour regarder le foot une bière à la main. La déception grandissante de sa femme et de sa fille, ses crises de rage, ses jalousies, tout est ici raconté de façon extrêmement burlesque, si bien que l’on se croirait presque dans du théâtre filmé. Puis arrive le moment du spectacle de magie, au cours duquel Carlos se porte volontaire comme cobaye, trop enthousiaste de prouver au public la bêtise des tours du magicien, auxquels il ne croit pas une seconde. A la grande surprise de sa femme, Carlos semble alors se faire envoûter pour de vrai. Mais il éclate soudain de rire et quitte la scène, tout fier d’avoir fait croire que tout cela était sérieux. Nous, les spectateurs, nous sommes fait avoir au même titre que le public. Tout au long du film, on se fera ainsi berner par des personnages qui jouent avec nous, sans jamais savoir si on est dans la farce ou le sérieux.

Tout droit réservé

Le film se dévoile petit à petit à mesure qu’il traverse les genres cinématographiques, nous rendant toujours un peu plus confus sur ce qui est drôle ou affreux, vrai ou faux. De la satire sociale, le film passe au fantastique, puis prend carrément un virage film d’horreur pour enfin flirter du côté du drame sentimental.

La mise en scène est un peu inégale. Elle comporte des moments admirables, dont quelques magnifiques scènes d’horreur qui rappellent Shining de Kubrick  (l’hallucination d’un singe, notamment, ne vous laissera pas indifférents). D’autres séquences, en revanche, sont beaucoup moins maîtrisées : mes yeux se rappellent encore des flashs aveuglants de lumière blanche lors d’une séquence de spiritisme très pénible…

Malgré cela, Abracadabra est une excellente découverte, une pépite absurde qui rappelle un peu le mélange de comique et de glauque de Dans la peau de John Malkovich, de Spike Jonze. À découvrir pour ceux qui aiment être troublés et surpris au cinéma.

Stella

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