Angoisse de Bigas Luna, sorti en 1987, avec Àngel Jové, Zelda Rubinstein, Talia Paul.

Angoisse. Brrr. Quel titre prometteur pour tout amateur de films d’horreur qui se respecte. Je ne savais pourtant rien de ce film avant d’aller en salle pour le festival Extrême Cinéma (linker le carnet de bord quand il sera en ligne), ce froid vendredi soir d’un mois de février. Déçue de ma séance précédente, à deux doigts de rentrer chez moi, j’ai décidé de faire confiance à mon instinct et de profiter encore un peu des confortables fauteuils de La Cinémathèque de Toulouse. Jamais ma flemme n’a aussi bien été récompensée. Car Angoisse, ami-e-s lecteur-trice-s, est une petite pépite.

Au moins, le ton est donné ! Source : Horror-fanzine

Angoisse, c’est l’histoire de John Pressman, un ophtalmologue pas très doué qui perd peu à peu la vue à cause de son diabète. Mal considéré par tout le monde, sauf par sa mère possessive, il se venge de la vie en arrachant les yeux de victimes innocentes…. Eeeet je peux difficilement vous en raconter plus sans risquer de gâcher la première prouesse du film : son scénario. Des années avant Inception, nous sommes déjà face à une histoire alambiquée où plusieurs réalités se mêlent, histoire que n’aurait pas renié Christopher Nolan. Je vous conseille de ne pas regarder de bande-annonce avant de découvrir ce film pour vous laisser l’entièreté de la surprise, qui participe grandement au charme qu’inspire cette production.

Et bon appétit, bien sûr. Source : Tortillapolis

Mais une grande histoire sans grands personnages ne serait rien. Et si on se retrouve confronté ici à des archétypes des films d’horreur (le psychopathe coincé dans les jupes de sa mère, la final girl badass et dégourdie, la mère étouffante et tarée…), les acteurs excellents brisent le carcan trop classique des personnages qu’ils interprètent. J’ai été particulièrement soufflée par la performance de Michael Lerner, qui est glacial et pourtant profondément touchant dans son rôle d’enfant soumis à sa mère despotique. C’est un acteur habitué aux seconds rôles, que l’on retrouve dans énormément de productions comme Godzilla, A Serious Man ou encore Days of the Future Past, mais c’est dans Angoisse qu’il signe son rôle le plus marquant au cinéma.

Un fils et sa mère aussi angoissants l’un que l’autre. Source : IMDB

Zelda Rubinstein vous sera sans doute plus familière : elle est particulièrement connue pour son rôle de la medium dans les films Poltergeist, pour lesquels elle a remporté un Saturn Award en 1983. Elle aurait largement mérité une récompense pour sa performance dans Angoisse, et particulièrement sur son travail vocal : sa diction hypnotique, ses mots susurrés d’une voix suave et aigue, l’accent mis sur ses mouvements de bouche volontairement exagérés rendent ce personnage profondément malsain.

Source : horror-fanzine

Enfin, last but not least, la réalisation aussi est ultra-soignée ! Le film tourne autour du thème de la spirale, du cercle, de l’ellipse, et ces symboles récurrents sont distillés dans le film : Une oreille en grand plan qui devient un symbole graphique de spirale, mouvement de caméra en cercle, personnages enfermés dans des cercles de lumière au sol… C’est Junji Ito qui serait content ! Ce motif symbolise bien la boucle perpétuelle dans laquelle sont enfermés les personnages, et la folie dans laquelle nous plongeons en tant que spectateurs. Ajoutons à cela des clairs-obscurs magnifiques, des couleurs contrastées sublimes (le bleu et le rouge ressortent particulièrement dans le film) et le charme indéniable de la pellicule, et on obtient un des films les plus marquants visuellement qu’il m’ait été donné de voir et qui n’a rien à envier à un Carpenter. 

En bref, je ne peux que vous conseiller chaudement l’expérience de ce film. L’angoisse promise par le titre est moins celle que ressentent les spectateurs face à la boucherie du collectionneur d’yeux que celle de la manipulation psychologique du réalisateur. Il joue avec nos attentes, entre rêves, fantasmes et réalités, et nous mène de tableaux en tableaux comme un enfant sadique satisfait de sa prochaine blague. Et la fin, magistrale, fait cet effet “coup de poing” qui signe si bien les grands films. 

Dolores

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